Première: McConnell lance un accélérateur de finance de solutions

Publié le 18/07/2019 à 07:00

Première: McConnell lance un accélérateur de finance de solutions

Publié le 18/07/2019 à 07:00

(Photo: 123rf)

Cette semaine, la Fondation McConnell a lancé le premier accélérateur de finance de solutions au Canada.

Celui-ci bénéficie d’un financement initial de 2,5M$. Cette somme sera attribuée sous forme de subventions. Les candidats bénéficieront aussi de mentorat et d’un accès privilégié à des experts, tels des avocats et des comptables, pour les aider à structurer leur projet. L’appel à candidatures se poursuit jusqu’au 30 août.

Pour être admissible, il faut être un intermédiaire en finance de solutions. C’est-à-dire une organisation (les individus ne sont pas admissibles) qui agrège du capital provenant de différentes sources (investisseurs institutionnels, investisseurs individuels, fondations, gouvernements, institutions financières, entreprises) et qui le déploie vers des projets qui font progresser le changement social et environnemental de manière innovante, et avec des visées de massification. Ces intermédiaires peuvent être des institutions financières, des fonds, des fiducies, des plateformes, des OBNL, des coopératives, des entreprises sociales ou toute autre institution financière reconnue par la loi canadienne.

Le contexte qui a mené à la création du premier accélérateur de finance de solutions canadien

En 2015, les pays membres des Nations Unies ont adopté le Programme de développement durable à l’horizon 2030 et ses 17 objectifs de développement durable (ODD). Avec ceux-ci, les signataires reconnaissent que «l’élimination de la pauvreté doit s’accompagner de stratégies qui renforcent la croissance économique et répondent à un éventail de besoins sociaux, parmi lesquels l’éducation, la santé, la protection sociale et les possibilités d’emploi, tout en luttant contre les changements climatiques et en protégeant l’environnement.»

Atteindre les ODD exigera 6 trillions de dollars US, estiment les Nations Unies. Ni l’argent gouvernemental ni l’argent philanthropique ne suffira. Il faut mobiliser le capital privé. D’où l’émergence du terme «finance de solutions», soit le capital investi pour résoudre des enjeux économiques, sociaux ou environnementaux. Le secteur de la finance de solutions est à bâtir. Il faut des produits, des intermédiaires et une structure de distribution.

À l’automne 2018, le ministre des Finances du Canada a annoncé un fonds de finance sociale de 755M$. Cette somme sera consacrée à des prêts, à un taux préférentiel et à long terme, destinés à des projets à impact social explicite. Cela signifie que les organisations qui recevront ces prêts doivent avoir une mission qui inclut l’impact social.

Le fédéral a aussi annoncé une enveloppe de 50M$, sous forme de subventions, pour permettre aux organisations qui se qualifient pour le fonds de finance sociale de se structurer pour accueillir cet argent et en faire bon usage. Au Québec, une partie de ce 50M$ sera administré par le Chantier de l’économie sociale.

Le fédéral a posé une condition pour bénéficier d’un prêt de ce nouveau fonds: l’organisation doit recueillir de sources extérieures au moins deux fois la somme qui lui sera accordée. «Notre accélérateur complète le travail du fédéral, explique Stephen Huddart, PDG de la fondation. Plusieurs organisations qui contribuent au changement social, économique et environnemental n’ont pas l’habitude de travailler avec le capital privé. Pour doubler la mise du fédéral et profiter d’un prêt, ces organisations ont besoin d’un coup de pouce. Il faut des intermédiaires capables de mobiliser ce capital privé, en l’additionnant à d’autres formes de capital, et de le déployer vers le terrain.» Il poursuit, «Notre accélérateur permettra à ces intermédiaires de se développer plus rapidement.»

Parlons un peu de ces intermédiaires

«Nous souhaitons être surpris, souligne Erica Barbosa Vargas, directrice de la finance sociale à la Fondation McConnell. Nous cherchons des solutions innovantes auxquelles nous n’avons jamais pensé. Nous ne voulons pas nécessairement financer un autre fonds qui vient s’ajouter aux nombreux fonds qui existent déjà. Le secteur de la finance de solutions a besoin d’une offre plus sophistiquée, comparable à celle qui existe sur le marché privé.» Stephen Huddart cite le cas des rachats d’entreprises par les employés comme un secteur de la finance sociale à développer. «Les retombées de ce type de financement pourraient être importantes pour plusieurs communautés. Et elles rejoindraient plusieurs ODD», souligne-t-il. Un autre exemple serait un regroupement d’églises, comme la Trinity Centres Foundation, qui met en valeur des bâtiments religieux historiques. Ce type de regroupement pourrait postuler à l’accélérateur de finance de solutions avec un projet de conversion de bâtiments en espaces communautaires. L’accélérateur cherche aussi des organisations désireuses de créer de nouveaux outils financiers, comme les obligations communautaires et la garantie solidaire.

En matière de structure légale, l’accélérateur de finance de solutions est agnostique. «Les organisations peuvent être à but lucratif ou pas, cela n’influencera pas notre choix. Ce qui compte c’est leur mission. À quoi sert l’argent qu’ils mobilisent? », dit Erica Barbosa Vargas.

Et le secteur financier traditionnel?

«Nous avons besoin de lui, répond Stephen Huddart. Sa contribution est essentielle pour passer à travers la crise climatique et migrer vers une économie centrée sur les solutions. Il est question d’un développement économique qui permet de résoudre les grands enjeux sociétaux. Les 2,5M$ que nous consacrons au lancement de cet accélérateur ne constituent qu’un début. Nous souhaitons accueillir des partenaires pour étendre notre portée et bâtir une offre solide d’intermédiaires en finance de solutions.»

Quelques détails techniques

À quelle étape de développement un intermédiaire doit-il se trouver pour être admissible?

1-À l’étape de l’étude de faisabilité: l’organisation n’est pas encore prête à mettre son modèle en œuvre et à en accroître la portée. Elle a réuni des gens possédant une expertise complémentaire qui, ensemble, ont imaginé et conçu les modèles financiers durables et novateurs. L’argent pourrait être utilisé pour une étude de marché, le développement du modèle financier, la structure légale, le développement du pipeline de projets à financer, la sollicitation de parties prenantes, etc.

2-À l’étape d’envol : ce groupe inclut des intermédiaires qui ont réussi l’étape de faisabilité et qui sont presque prêts à opérationnaliser leur projet. Ils pourraient avoir besoin d’aide pour tester leurs modèles, accroître l’ampleur de leurs systèmes opérationnels, embaucher d’autres talents, mettre en place un bon modèle de gouvernance et, plus important encore, attirer des capitaux privés à long terme. L’argent pourrait servir à recruter, élaborer la structure opérationnelle ainsi que le modèle de gouvernance, réaliser des activités de communications et de marketing, etc.

Les récipiendaires devront recueillir une fois la somme qui leur sera accordée par McConnell.

Quelles sont les étapes à suivre?

Il faut postuler en ligne. Remplir le questionnaire exigera plusieurs heures. La date limite est le 30 août. En septembre, certains candidats seront invités à répondre à un second questionnaire. Ils auront jusqu’en novembre pour le faire. L’annonce des membres de la première cohorte de l’accélérateur de finance de solutions devrait avoir lieu en décembre.

Quels sont les critères d'admissibilité?

Légal: seules les organisations dûment constituées sont éligibles, pas les individus.

Géographique: les organisations doivent démontrer que leur impact principal se déroule au Canada.

Portée: elles doivent démontrer que leur impact est arrimé avec au moins un des 17 objectifs de développement durable (ODD) des Nations-Unies.

Les candidats qui se trouvent à l’étape de l’étude de faisabilité seront évalués selon leur proposition de valeur. Ceux qui se trouvent à l’étape d’envol le seront selon leurs capacités organisationnelles.

À propos de ce blogue

Diane Bérard est chroniqueur et journaliste de solutions pour la marque Les Affaires. Elle contribue à l’édition papier, au contenu web et à l’animation des événements. Elle pratique le journalisme de solutions qui consiste à présenter, avec un regard critique, des initiatives qui tentent de résoudre des problèmes sociétaux. Ses champs d’intérêt sont le nouveau capitalisme, l’innovation sociale, l’éthique, la gouvernance et la finance socialement responsable. Elle est régulièrement invitée à commenter ces enjeux dans les médias. Elle a coécrit quatre best-sellers (Deux filles le mercredi soir, Les fous du roi, J’ai perdu ma montre au fond du lac, La chaise rouge devant le fleuve). Son blogue, «Le fil de Diane» aide le lecteur à trouver le chemin vers une économie à impact sociétal positif.

Diane Bérard

Blogues similaires

Vaut-il mieux un manager contrôlant ou bienveillant?

10/10/2019 | Olivier Schmouker

BLOGUE. La question est de savoir jusqu'où peut aller l'empowerment des employés...