Pourquoi les bons pdg ne jouent pas au golf

Publié le 15/07/2014 à 11:18

Pourquoi les bons pdg ne jouent pas au golf

Publié le 15/07/2014 à 11:18

Les firmes dont le pdg remporte un prix voient le cours de leur action, leur rendement et leur capacité à rencontrer les attentes du marché décliner au cours de trois années suivant la remise de ce prix (étude d’Ulrike Malmendier et Geoffrey Tate). Pourquoi ? « Vanité, vanité, tout n’est que vanité… », répondrait Victor Hugo. Le pdg couronné commence à s’éparpiller. Il a, entre autres, deux fois plus de chances d’écrire un livre.

Adam Grant, le plus jeune professeur de la célèbre Wharton School of Business et l’auteur du « Triomphe des généreux », s’est penché sur le «piège du pdg couronné». Pour l’éviter, il propose de travailler en amont. Adam Grant propose six règles de conduite que tout pdg, surtout s’il travaille pour une grande entreprise exposée aux médias, devrait adopter dès son entrée en poste. Histoire de se protéger contre le chant des sirènes de la vanité…

« La performance d'un pdg au golf est inversement proportionnelle à celle au travail. Plus la première augmente, plus la seconde diminue. »

1- Ne pas jouer au golf

Plus un pdg joue au golf, plus élevé sera son salaire. Mais… sa performance au golf serait inversement proportionnelle à sa performance dans l’entreprise. Plus la première augmente, plus la seconde diminue. (étude de Robin Hogarth et Guerogui Kolev)

2- Ne pas utiliser le jet privé pour son usage personnel

Plus un pdg emploie le jet privé pour son usage personnel, plus cela affecte la performance de l’entreprise (étude de David Yermack). Les pdg qui utilisent le plus souvent le jet privé de leur entreprise sont ceux qui possèdent un membership dans un club de golf loin de chez eux.

3-Ne pas acheter une résidence pharanonique

Pourquoi? Le pdg qui achète une résidence extravagante se sent un peu trop sûr de lui. Il se repose, en quelque sorte, sur ses lauriers. Sa fortune est acquise. Sans compter qu’il risque fort de réclamer un salaire plus élevé pour financer son style de vie.

S’il paie sa résidence en encaissant des actions de son entreprise, cela pourrait indiquer qu’il a perdu confiance dans son entreprise, qu’il estime que le titre ne peut plus grimper. De plus, une résidence vraiment pharaonique peut pointer vers un glissement des valeurs du pdg. Glissement qui pourrait se manifester dans son comportement au travail et entraîner des dérives coûteuses pour l’entreprise. (étude de Yermack et Crocker Liu)

4-Ne pas gagner de prix

La plupart des pdg performent moins bien après avoir reçu un prix. Le rendement de l’action chute, en moyenne de 8%. Et les firmes dirigées par des pdg qui n’ont jamais reçu de prix affichent une meilleure performance que celles dirigées par des pdg couronnés. Pourquoi? L’attention qu’ils reçoivent, et les distractions que cela entraîne. L’excès de confiance qui rend moins ouvert aux idées d’autrui. Le désir de protéger sa réputation, qui pousse à moins prendre de risque, à moins innover. Ou, au contraire, à se lancer dans un projet, une acquisition ou une diversification mal calculés.

Il est difficile de rester insensible aux honneurs. Et puis, les prix ont leur utilité. Ils nous donnent des modèles. Sans modèle, plusieurs d’entre nous n’auraient jamais suivi leur voie. Ce sont souvent les réalisations de ceux qui nous ont précédé, et de nos contemporains, qui nous ont donné le goût et le courage de foncer, d'oser. Mais nous ne rendons pas toujours service aux dirigeants que nous couronnons ni à leur entreprise. Il faut être très solide et très équilibré pour conserver la tête froide alors que tout le monde vous encense. en fait, ces prix testent souvent la force intérieure des leaders. Ils révèlent leur nature profonde.

5- Ne pas écrire un livre pendant que vous êtes en poste

6- Ne pas multiplier les conseils d’administration

Les pdg qui ont remporté des prix ont deux fois plus de chances de siéger à cinq CA ou plus. C’est beaucoup. Et, comme le dit Adam Grant, avec chaque nouveau CA, vous ajoutez des invitations pour le golf… Distractions, distractions…

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À propos de ce blogue

Diane Bérard est chroniqueur et journaliste de solutions pour la marque Les Affaires. Elle contribue à l’édition papier, au contenu web et à l’animation des événements. Elle pratique le journalisme de solutions qui consiste à présenter, avec un regard critique, des initiatives qui tentent de résoudre des problèmes sociétaux. Ses champs d’intérêt sont le nouveau capitalisme, l’innovation sociale, l’éthique, la gouvernance et la finance socialement responsable. Elle est régulièrement invitée à commenter ces enjeux dans les médias. Elle a coécrit quatre best-sellers (Deux filles le mercredi soir, Les fous du roi, J’ai perdu ma montre au fond du lac, La chaise rouge devant le fleuve). Son blogue, «Le fil de Diane» aide le lecteur à trouver le chemin vers une économie à impact sociétal positif.

Diane Bérard

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