Pourquoi la Chine n'a pas de bidonvilles

Publié le 03/02/2014 à 16:44

Pourquoi la Chine n'a pas de bidonvilles

Publié le 03/02/2014 à 16:44

Les Chinois les plus démunis s'Installent dans les sous-sols des édifices des centres-villes

Du 31 janvier au 6 février se tiennent les célébrations du Nouvel An chinois. Des milliers de travailleurs traversent une, parfois plusieurs, provinces pour retourner dans leur famille. Ce sont les migrants (près de 300 M de Chinois) venus des campagnes pour travailler dans les usines de Guangdong. Cette année, le Nouvel An prend une autre allure. Certains employeurs, comme Crystal Group, ont défrayé le coût du billet de train aller-retour de leurs employés. La direction de Crystal a acheté 9000 billets de train. Elle a même fourni l’allocation nécessaire aux collations de ses employés lors de leur long voyage.

Pourquoi Crystal Group finance-t-elle les vacances de ses employés?

Pour qu’ils reviennent, tout simplement! Il s’agit d’une mesure incitative parmi d’autres que les employeurs chinois doivent désormais mettre de l’avant pour éviter que leurs employés aillent voir ailleurs. Au retour du congé du Nouvel An, certaines usines perdent jusqu’au tiers de leur main-d’œuvre.

Cette histoire de billet de train dépasse l’anecdote. La main-d’œuvre chinoise s’émancipe. Ses conditions de travail font les manchettes depuis deux ans déjà. Les salaires horaires augmentent d'année en année (14% en 2012). Le dossier des ressources humaines constitue un enjeu majeur pour les organisations chinoises. Si elles désirent relever le défi de la productivité, elles doivent, entre autres, passer d’initiatives tape-à-l’oeil à une véritable stratégie de mobilisation.

« Les migrants pèsent lourd dans l’économie chinoise. Et leur exclusion sociale nuit à la croissance de l'économie du pays. »

Que faire des sans-abris chinois?

Tout comme les entreprises, le gouvernement central son propre enjeu humain. En début d'année, le PM s’est engagé à implanter des programmes sociaux universels. Il doit aussi trouver une solution au dossier du logement. Pékin ne veut pas de « pauvreté visible ». Ce qui signifie qu’il refuse les bidonvilles. Pas question de laisser les démunis ériger des habitations de fortune sous les ponts ou dans les terrains vagues, comme c’est toléré en Amérique latine et en Inde. Mais où donc vont les sans-abris et les pauvres chinois? Ils trouvent refuge dans les sous-sols des gratte-ciel. Il y a quelques semaines, des reportages ont levé le voile sur les logements microscopiques aménagés dans les salles de fournaise et autres locaux souterrains des grandes cités chinoises. Le gouvernement a réagi en condamnant les entrées de ces sous-sols.

Des allocations de logement sont pourtant disponibles pour les Chinois les plus démunis. Mais celles-ci sont liées au permis de résidence. En Chine, on vous accorde un permis de résidence pour le lieu où vous êtes né (hukou). Si vous déménagez, comme le font les migrants, votre hukou ne suit pas. Cette loi, créée en 1958, a permis à Pékin de contrôler les mouvements de population entre la campagne et les villes. On autorisait les déplacements uniquement pour combler les besoins de main-d’œuvre des sociétés d'État chinoises.

Mais les temps changent. Il y a moins de sociétés d'État alors que les sociétés privées, elles, se multiplient. Et, alors qu'on désinvestit dans l'agriculture pour miser la fabrication, les migrants jouent un rôle essentiel dans l’économie. On a cru pouvoir se contenter de leurs bras et les exclure socialement. On réalise aujourd'hui le coût de cette exclusion sociale des migrants.

Depuis 2012, le gouvernement central incite donc les provinces à réformer le hukou pour permettre aux migrants d’avoir accès au logement, au système de santé et d’éducation. Car, la nouvelle stratégie économique de la Chine repose sur la croissance de la demande intérieure. Elle a besoin de consommateurs, beaucoup de consommateurs.

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À propos de ce blogue

Diane Bérard est chroniqueur et journaliste de solutions pour la marque Les Affaires. Elle contribue à l’édition papier, au contenu web et à l’animation des événements. Elle pratique le journalisme de solutions qui consiste à présenter, avec un regard critique, des initiatives qui tentent de résoudre des problèmes sociétaux. Ses champs d’intérêt sont le nouveau capitalisme, l’innovation sociale, l’éthique, la gouvernance et la finance socialement responsable. Elle est régulièrement invitée à commenter ces enjeux dans les médias. Elle a coécrit quatre best-sellers (Deux filles le mercredi soir, Les fous du roi, J’ai perdu ma montre au fond du lac, La chaise rouge devant le fleuve). Son blogue, «Le fil de Diane» aide le lecteur à trouver le chemin vers une économie à impact sociétal positif.

Diane Bérard

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