Parlons de courage: celui de ces jeunes et celui des entreprises

Publié le 09/07/2018 à 13:30

Parlons de courage: celui de ces jeunes et celui des entreprises

Publié le 09/07/2018 à 13:30

Les 12 joueurs de soccer thaïlandais, et leur coach, prisonniers dans une cave depuis le 23 juin. Huit ont été rescapés. (Crédit: NBC News, capture d'écran)

Ils étaient 13: 12 enfants et leur coach de soccer, prisonniers au fond d’une cave en Thaïlande, à cause de pluies aussi soudaines que violentes. Depuis le 23 juin, le monde entier est suspendu à leur sort. Pour s’en tirer, les petits et leur coach doivent parcourir plusieurs kilomètres, dont certaines sections sous l'eau dans des passages atrocement étroits. La plupart de ces enfants ne savent pas nager. Ils ont faim. Ils ont froid. Ils ont peur.


Au moment d’écrire ce billet, huit enfants ont été rescapés. Ils ont nagé vers la sortie, chacun accompagné de deux plongeurs professionnels. Il leur a fallu du courage pour franchir ces kilomètres.


Quel rôle le courage joue-t-il dans nos vies et dans celles des entreprises?


Pour ces jeunes garçons, le courage est une question de vie ou de mort. Pour la plupart d’entre nous, c’est «ce qui nous manque souvent pour vivre la vie à laquelle nous sommes destinés», estime Marie-Josée Gagnon, présidente et fondatrice de la firme de communications et de relations publiques Casacom. Marie-Josée a exploré le courage à travers huit rencontres avec des entrepreneures/dirigeantes. La série «Brave» s'est déroulée entre octobre et juin 2018 (braveinspiration.com pour écouter les balados).


Depuis 17 ans, Marie-Josée accompagne des dirigeants dans leur plan de communication, quand le soleil brille autant que lorsque la tempête fait rage.


Devant les journalistes comme moi, ces dirigeants se présentent toujours sous leur meilleur jour. «Never let them see you sweat…», dit-on.


Marie-Josée, elle, voit derrière leur masque. J’ai voulu savoir ce qu’elle voit auquel je n’ai pas accès. Voici le résultat de notre discussion sur le courage.


Pourquoi le courage t’intéresse-t-il?


Je croise trop de gens insatisfaits. Leur vie est correcte, mais sans plus. Ce n’est pas exactement ce à quoi ils aspirent. Je me suis demandée pourquoi je ne me sens pas ainsi. J’en suis venue à la conclusion que je le dois à des gestes courageux que j’ai posé qui m’ont amené ailleurs, sur mon « X ».



Pourquoi la série «Brave » ne met-elle en vedette que des femmes? Trouves-tu les femmes plus courageuses que les hommes?


Ça, ce fut un geste de courage de ma part! La décision d’exclure les hommes de cette tribune fut difficile. Ils sont les bienvenus dans la salle, mais je crois que les femmes ont encore tant de chemin à parcourir avant d’être «là», il faut leur donner un coup de pouce. Le courage c’est aussi se lancer quand tout n’est pas parfait, quand on ne contrôle pas tout. Or le perfectionnisme est un trait plus féminin que masculin. Et puis, je crois que si je veux influencer les femmes à activer leur courage, il faut leur donner des histoires de femmes qui l’ont fait.


Les individus peuvent être courageux, les entreprises aussi. De quoi une entreprise non courageuse se prive-t-elle?


Elle passe à côté de son destin. Prenez le cas d’Aliments Ultima qui a perdu la marque Yoplait en décembre 2010. En quelques mois, ils ont lancé une nouvelle marque, Iögo. J’ai vu cette équipe puiser dans tout ce qu’elle avait d’audace et aller chercher toutes ses réserves d’énergie. L'entrepreneuriat était déjà dans son ADN, mais, pour ce projet, la marche était très haute.


Comment fais-tu pour activer la fibre du courage chez tes clients?


C’est toujours plus facile lorsque j’ai devant moi un dirigeant insatisfait. Si je travaille avec un dirigeant qui se sent confortable, c’est un défi de taille. Dans les deux cas, j’explique le pire qui peut arriver. «Si tu ne fais pas ça, voici ce qui pourrait arriver.» On conseille et le client dispose. C’est la réalité de la consultation.


Quel est le geste de courage de base pour une entreprise?


Se regarder en face et trouver ce qui nous rend, vraiment, unique. C’est un exercice d’authenticité. Certains clients le débutent, mais ils abandonnent. C’est exigeant. Il faut rencontrer ses parties prenantes. Poser de vraies questions. Être prêt à accueillir les réponses. Les entreprises qui vont jusqu’au bout en tirent une boussole. Lorsqu’elles ont touché à leur essence, elles peuvent trancher plus facilement en présence de doute. Devant une décision importante ou difficile, elles disent, «Est-ce moi? Est-ce nous?».


Ta firme de communications/relations publiques existe depuis 17 ans, comment a évolué le courage des entreprises et de leurs dirigeants?


Ils n’aiment pas plus parler aux journalistes qu’il y a 17 ans! Par contre, j’observe davantage de transparence. Et les rencontres avec les parties prenantes sont plus fréquentes qu’avant. Je pense à cette grande société américaine venue explorer le marché québécois. Les dirigeants étaient terrorisés par notre «Police de la langue française » (Office de la langue française)...Je leur ai proposé une rencontre pour départager leurs craintes de la réalité. Ils étaient super nerveux. Ils en sont sortis soulagés et satisfaits.


Quelle est pour toi l’ultime forme de courage pour un entrepreneur/dirigeant?


Celui de bâtir une entreprise reposant sur tes valeurs alors que la société n’est pas prête à te suivre. Je pense à Anie Rouleau, qui a fondé la firme de produits nettoyants écologiques Baléco, et à Nathalie Tremblay, qui a fondé la firme de solutions géothermiques Marmott Énergies. Ces femmes-là se battent tous les jours parce que les valeurs qu’elles défendent ne sont pas encore imprégnées dans la société. Chaque journée est un défi, un test de leur endurance et de leur détermination. Les occasions d’abandonner, de faire des compromis, sont nombreuses.


Et de manque de courage?


Les membres de CA qui ne posent pas les vraies questions parce qu’ils ont peur qu’on ne les aime plus, qu’on les rejette, qu’ils ne fassent plus partie du groupe.


«Nous sommes tous responsables de l’intégrité des nouvelles», dis-tu. Quel est le rôle des dirigeants dans ce dossier?


Nous devons tous nous battre contre les fausses nouvelles. Les dirigeants, quant à eux, doivent accepter de composer avec ce qui inconfortable. Ils doivent faire face à ce qui se passe dans leur organisation et le communiquer de façon claire, avec humanité et empathie. Il faut dire les choses, reste ensuite la manière de structurer le message, bien sûr.


Tu dis que 10% des dirigeants que vous accompagnez choisissent de ne pas communiquer. Leur entreprise s’en tire-t-elle nécessairement plus mal?


Je dois reconnaître que certaines entreprises s’en tirent sans pratiquer la transparence. Pourquoi? On dit de certains individus qu’ils retombent toujours sur leurs pattes. Les entreprises, elles, ont des dizaines de pattes, en comptant tous leurs employés. Alors, le potentiel de rebondir est plus grand. Cela étant dit, je demeure convaincue que l’entreprise qui n’a pas le courage de communiquer rate une occasion de devenir une meilleure version d’elle-même. Ne pas communiquer c’est ne pas connecter. On en revient au début de notre conversation: tout comme l’individu, l’entreprise qui manque de courage a une vie correcte, au lieu du destin extraordinaire auquel elle pourrait toucher.

À propos de ce blogue

Diane Bérard est chroniqueuse au journal Les Affaires et a dirigé le magazine Commerce pendant sept ans. Elle est régulièrement invitée à commenter l'actualité économique dans les médias. Auteure de trois livres (Deux filles le mercredi soir, Les fous du roi et J'ai perdu ma montre au fond du lac), elle emploie son énergie débordante à transmettre sa passion du monde des affaires et de l'économie. «Le fil de Diane» vous aidera à trouver votre chemin à travers la masse d'informations économiques disponibles sur Internet.

Diane Bérard

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