Obama qui rit, Obama qui pleure

Publié le 06/06/2017 à 21:57, mis à jour le 07/06/2017 à 12:02

Obama qui rit, Obama qui pleure

Publié le 06/06/2017 à 21:57, mis à jour le 07/06/2017 à 12:02

«Pour faire face aux défis du 21e siècle, les récits que nous racontons sont aussi importants que la technologie que nous inventons. La trame narrative pour laquelle nous optons détermine le niveau d’anxiété de ceux qui sont affectés par ces mutations. Et le succès avec lequel nous composerons avec ces mutations.»–Barack Obama, 6 juin, Chambre de commerce du Montréal métropolitain

Obama connaît le pouvoir des histoires. Pendant son mandat, il fut un formidable orateur. Son charisme l’a mené au pouvoir. Et l’a aidé, entre autres, à traverser la crise économique de 2008 sans trop d’égratignures.

On se serait attendu à ce que, devenu un homme libre, son discours frappe encore plus fort. Eh bien non. Sa conférence au Palais des congrès m'a laissée perplexe. J’ai vu et entendu deux Obama: celui qui rit et celui qui pleure. Son discours parlait davantage du passé que de l’avenir.

J’y ai trouvé beaucoup de nostalgie et pas assez d’inspiration.

Des valeurs humaines aux valeurs américaines

Le 44e président des États-Unis a amorcé son discours en évoquant l’importance des valeurs humanistes. Celles qui nous ont permis de rebâtir le monde après la Seconde Guerre mondiale, a-t-il insisté. Des crises, nous en avons déjà connues et nous nous en sommes sortis. Il en sera de même cette fois aussi. Si on évite le réflexe de la tribu. Si on ne rapetisse pas le monde à notre monde. Si on fuit la politique du «eux» et «nous». «Remplaçons la peur par l’espoir.»

Puis, au fil des minutes, cette ode aux valeurs humanistes a glissé vers une ode aux valeurs américaines. «Les pays d'Asie continuent de regarder les États-Unis pour leur leadership. Prenez l’entrepreneuriat et l’innovation, l’engouement que vous observez chez les jeunes de la Chine, de l’Inde et de l’Amérique latine est formidable. C’est à travers de tels mouvements que nous maintenons notre leadership.»

Du coup, on a senti sa nostalgie des belles années d’après-guerre, alors que les États-Unis étaient à la fois le bon père de famille et le gendarme du monde. Un peu plus et Obama nous disait qu’il fallait «Make America great again» pour le bien commun.

Puis, un autre Obama a émergé. Celui-là nous a parlé d’un monde multipolaire où aucune nation ne doit être laissée derrière. De l’importance de s’intéresser à toutes les régions. De n’en laisser aucune dans notre angle mort. De n'ignorer aucune partie du monde. De combler les fossés qui se creusent entre les citoyens et les États qui ont et ceux qui n’ont pas. Car c’est s’illusionner que penser qu’ils ne menacent pas la stabilité du monde.

Accord de Paris : il ne faut pas s’en faire

Encore une fois, nous avons eu droit à Obama qui rit et Obama qui pleure. D’abord, il a déploré le retrait des États-Unis. Mais il a poursuivi en affirmant que ce retrait aura moins d'impact que l'on pense, car le mouvement de désinvestissement dans les énergies sales amorcé sous son administration va se poursuivre. Les entreprises ont vu une logique économique à désinvestir, elles vont donc poursuivre. «C'est ça le bénéfice du capitalisme. Quand il fonctionne bien, les gens d’affaires se rendent comptent qu’il est rentable de se soucier de l’environnement.»

Ah la main invisible…

J’ignore à quel point le discours d’Obama était taillé sur mesure pour le public d’affaires de la Chambre de commerce de Montréal. Disons que les bénéfices du libre marché ont occupé une place de choix dans son discours.

Il en a parlé à maintes reprises. «L’économie de marché est le meilleur système d’allocation des ressources. Les décennies 1960, 1970 et 1980 l’ont prouvé. On a assisté à une amélioration constante des niveaux de vie de tous.»

Bon, ça s’est gâté un peu par la suite… «La mondialisation a continué à créer de la richesse, mais elle a aussi engendré un problème de redistribution. Certains citoyens sentent qu’on a enlevé des marches à leur escalier. Il faut ajuster nos structures sociales et promouvoir le développement économique intelligent des pays pauvres.»

Mais encore? J'aurais attendu de lui plus de réflexions sur les inégalités et moins sur le libre marché.

Faut-il avoir peur de la Chine?

«Le retrait des États-Unis de l’Accord de Paris fera-t-il de la Chine le nouveau leader du dossier des changements climatiques?», a demandé Sophie Brochu, pdg de Gaz Métro et animatrice de la période de questions.

«La montée de la Chine est une bonne chose pour toute la planète. Ce n’est pas parce qu’elle gagne que l’on perd. Mais, à mesure qu’elle s’enrichit et qu'elle gagne en puissance, elle doit aussi accepter de porter une partie du fardeau de l’ordre mondial. Lorsque qu'on le mentionne à ses dirigeants, ils affirment être d’accord. Mais, dans les gestes, c’est une autre histoire. Rappelez-vous l’éruption du virus Ebola en Afrique. Sans l'armée américaine et la coordination de pays comme le Canada, nous aurions assisté à une épidémie qui aurait emporté des millions de gens. La Chine, elle, n’est pas intervenue.»

Obama qui nous a manqué

Ce soir, Obama fut à son meilleur lorsqu’il a parlé de démocratie et d’engagement citoyen. «L’avenir n’appartient pas aux hommes les plus forts. Il appartient à ceux qui sont capables d’empathie. Le nouvel ordre mondial ne peut reposer simplement sur le pouvoir. Il doit aussi reposer sur des principes. Nous n’avons d’autre choix que de nous exprimer sur ce que nous croyons être juste et vrai. Aucune solution ne peut être atteinte sans un engagement citoyen plus important. Et je vais passer mes prochaines années à m’y consacrer avec Michelle.»

 

À propos de ce blogue

Diane Bérard est chroniqueur et journaliste de solutions pour la marque Les Affaires. Elle contribue à l’édition papier, au contenu web et à l’animation des événements. Elle pratique le journalisme de solutions qui consiste à présenter, avec un regard critique, des initiatives qui tentent de résoudre des problèmes sociétaux. Ses champs d’intérêt sont le nouveau capitalisme, l’innovation sociale, l’éthique, la gouvernance et la finance socialement responsable. Elle est régulièrement invitée à commenter ces enjeux dans les médias. Elle a coécrit quatre best-sellers (Deux filles le mercredi soir, Les fous du roi, J’ai perdu ma montre au fond du lac, La chaise rouge devant le fleuve). Son blogue, «Le fil de Diane» aide le lecteur à trouver le chemin vers une économie à impact sociétal positif.

Diane Bérard

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