Ô Bokal, l'épicerie anti-Costco de Saint-Basile-le-Grand

Publié le 11/07/2017 à 09:07

Ô Bokal, l'épicerie anti-Costco de Saint-Basile-le-Grand

Publié le 11/07/2017 à 09:07

Valérie Sirois, fondatrice de l'épicerie zéro déchet Ô Bokal

«Si vous commandez 5 kilos de farine, je vais vous demander si vous les consommerez au cours du prochain mois. Si ce n’est pas le cas, je vous ne les vendrai pas!», prévient Valérie Sirois, propriétaire de l’épicerie Ô Bokal.

Ô Bokal, c’est l’anti Costco. Il est impossible d’y acheter de grosses quantités à la fois. C’est contre la mission de la maison.

Valérie Sirois a travaillé 10 ans pour des multinationales de l’alimentation. «J’ai trop vu de gaspillage. Quand les nouvelles boîtes de céréales arrivaient, on poussait les vieilles au fond de la tablette pour finalement les jeter toutes entières dans les conteneurs, sans même récupérer le carton. Dans l’alimentation, on ajoute le neuf par-dessus le vieux au lieu de finir les stocks.»

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Les frigos: des cimetières à aliments

La mystique Costco est puissante. C’est devenu un automatisme d’associer grosses quantités et économies. Plus on achète, plus on épargne. Et si ce n’était pas toujours vrai? De nombreux frigos et garde-manger sont des cimetières. Chaque semaine, des aliments y meurent dans l’indifférence.

La mystique Costco n’est pas seule responsable du gaspillage alimentaire. «Les consommateurs sont prisonniers d’un poids et d’un prix, poursuit la propriétaire de Ô Bokal. Nous sommes à la merci des formats que les fabricants d’aliments nous imposent. Ceci crée du gaspillage et nous empêche d’avoir une alimentation variée. La variété coûte trop cher.»

Le retour du vrac

Le mouvement des épiceries en vrac veut redonner le pouvoir au consommateur.

Ô Bokal, Loco, Vrac & Bocaux, Café le 5e, Méga Vrac, Espace Organique, La Récolte, Les gourmandises de Louca... dans tous ces commerces, on vend des aliments en vrac. On les emporte chez soi dans ses propres contenants. Et on recommence la semaine suivante.

Le vrac en région, un défi supplémentaire

Ô Bokal se distingue toutefois de ses homologues de façon importante: elle n’est ni à Montréal ni à Québec. Elle se trouve sur la Montée Robert, à Saint-Basile-le-Grand, en Montérégie. «Nous ne sommes pas sur une rue passante à Montréal. Et aucun panneau ne nous annonce sur l’autoroute.»

Ouvrir une épicerie zéro déchet à Saint-Basile-le-Grand pose un défi. Le vrac exige déjà un changement de comportement de la part des consommateurs. Pour atteindre la rentabilité (ce qui est prévu au cours des prochains mois) et se développer, Ô Bokal doit aussi embrasser large. «Notre bassin de clients s’étend dans toute la Montérégie. Nos clients viennent de Drummondville, de Saint-Hyacinthe, de Beloeil, etc.»

L’offre aussi doit être vaste. «Nous proposons 400 produits, des aliments, mais aussi des produits ménagers et des produits de soins corporels.»

La stratégie de diversification ne s’arrête pas là. Ô Bokal, c’est aussi un café, avec permis d’alcool, qui propose des plats végétaliens et végétariens. Pour lier le tout, la direction organise régulièrement des événements, des spectacles et des conférences. Et ce, dans un local de 900 pieds carrés. Cette triple mission a permis à Ô Bokal d’être finaliste dans la catégorie «stratégie d’affaires» lors du concours Mouvement, organisé par Novae.

Tendance: le retour du noyau villageois

Ô Bokal incarne deux tendances: le retour du vrac et celui du noyau villageois. L’épicerie/café a pour voisins une boulangerie et une boucherie. Et la municipalité a revitalisé le parc adjacent. Ça sent le début d’une place publique, comme on en trouvait autrefois dans les villages. Et comme il s’en forme dans de nombreux quartiers.

Je parle de ces lieux où l’on trouve à la fois une foule de petits commerces et des espaces de rencontre pour les citoyens. «Tous les employés de Ô Bokal mettent un peu de leur âme dans ce projet. Nous voulons que les clients y viennent souvent, qu’ils s’attardent parce qu’ils retrouvent le plaisir de faire leur épicerie. Que ce ne soit plus une activité dont on se débarrasse.» Et elle ajoute: «vous savez, mon voisin le boucher accepte aussi les contenants en vrac.»

 

À propos de ce blogue

Diane Bérard est chroniqueur et journaliste de solutions pour la marque Les Affaires. Elle contribue à l’édition papier, au contenu web et à l’animation des événements. Elle pratique le journalisme de solutions qui consiste à présenter, avec un regard critique, des initiatives qui tentent de résoudre des problèmes sociétaux. Ses champs d’intérêt sont le nouveau capitalisme, l’innovation sociale, l’éthique, la gouvernance et la finance socialement responsable. Elle est régulièrement invitée à commenter ces enjeux dans les médias. Elle a coécrit quatre best-sellers (Deux filles le mercredi soir, Les fous du roi, J’ai perdu ma montre au fond du lac, La chaise rouge devant le fleuve). Son blogue, «Le fil de Diane» aide le lecteur à trouver le chemin vers une économie à impact sociétal positif.

Diane Bérard

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