Mintzberg: les humains ne sont pas des ressources

Publié le 08/04/2016 à 16:28, mis à jour le 09/04/2016 à 09:53

Mintzberg: les humains ne sont pas des ressources

Publié le 08/04/2016 à 16:28, mis à jour le 09/04/2016 à 09:53

Le professeur Henry Mintzberg, de McGill, en conférence.

«Nous sommes des humains remplis de ressources et non des ressources humaines.» Henry Mintzberg, professeur de gestion, auteur et humain.


Le plus célèbre professeur de gestion au Canada, et une sommité mondiale, a donné cette semaine une conférence publique à la BAnQ, à l'invitation de l'Institut du Nouveau Monde. Premier constat: malgré une délicate opération au cœur, il y a quelques mois, il n’a rien perdu du feu intérieur qui l’habite. Il a beaucoup maigri, certes. Mais il est toujours aussi mordant.


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MIntzberg et les gestionnaires


M. Mintzberg a tiré à boulets rouges pendant des années sur la façon dont les gestionnaires s’acquittent de leur mandat («la plupart des managers sont bien, mais leur narcissisme vient tout gâcher»). Aujourd’hui, il se donne une nouvelle cible: le déséquilibre de nos sociétés.



« « Nous sommes des humains remplis de ressources et non des ressources humaines. » »


Mintzberg et Jean-Martin Aussant, même combat: le secteur pluriel


«Aucune table ne peut tenir sur deux pattes», dit-il. Il réfère à l’éternel duo secteur public/secteur privé auquel il manque le secteur pluriel: société civile, OBNL, économie sociale, etc. Un discours qui rappelle celui de Jean-Martin Aussant, le dg du Chantier de l’économie sociale.


Ce secteur pluriel est bien vivant au Québec. C’est une des particularités de l’économie québécoise. Mais avoir une voix signifie-t-il pour autant avoir de l’influence et du pouvoir? C’est le débat lancé par une participante. La réponse de Mintzberg: on manque d’imagination lorsqu’il est question de leadership et d’influence. Il met donc le secteur pluriel au défi de se trouver une forme de pouvoir autre que celui accordé par le vote ou par le marché. Le défi est lancé.



« «Le problème tient à ce que le taux de responsabilité sociale observé demeure plus faible que le taux d’irresponsabilité sociale.» »


Mintzberg et le marché... d'hier à aujourd'hui


Parlant du marché, M. Mintzberg nous a rappelé qu’il fut un temps, pas si lointain, où un marché était un lieu où l’on se retrouvait pour acheter des biens et faire des rencontres.


Le marché était le cœur de la communauté. «Aujourd’hui, le marché est devenu un lieu qui n’existe pas où l’on achète des biens et des services que l’on ne voit pas auprès de gens que l’on ne connaît pas.» Cela me paraît plutôt exact.


Malgré ce que l’on pourrait conclure, M. Minztberg aime bien le secteur privé. Il l’a répété à plusieurs reprises au cours de sa conférence. Une société équilibrée repose sur un secteur public respecté, un secteur privé responsable et un secteur pluriel robuste. «Plusieurs entreprises font de très bonnes choses, des choses utiles. Le problème tient à ce que le taux de responsabilité sociale observé demeure plus faible que le taux d’irresponsabilité sociale.»


Ce qui nous ramène à notre point de départ, les humains. Car, avant que nous soyons tous remplacés par des robots, les entreprises sont encore composées d’humains.


Des humains que l’on qualifie de «ressources» ou de «capital», source de création de valeur. Je n’ai jamais aimé ces expressions. Je ne suis pas une ressource. Le sage professeur capture bien mieux notre contribution au monde du travail lorsqu’il dit ceci: «nous sommes des humains remplis de ressources et non des ressources humaines.» Amen.


 

À propos de ce blogue

Diane Bérard est chroniqueur et journaliste de solutions pour la marque Les Affaires. Elle contribue à l’édition papier, au contenu web et à l’animation des événements. Elle pratique le journalisme de solutions qui consiste à présenter, avec un regard critique, des initiatives qui tentent de résoudre des problèmes sociétaux. Ses champs d’intérêt sont le nouveau capitalisme, l’innovation sociale, l’éthique, la gouvernance et la finance socialement responsable. Elle est régulièrement invitée à commenter ces enjeux dans les médias. Elle a coécrit quatre best-sellers (Deux filles le mercredi soir, Les fous du roi, J’ai perdu ma montre au fond du lac, La chaise rouge devant le fleuve). Son blogue, «Le fil de Diane» aide le lecteur à trouver le chemin vers une économie à impact sociétal positif.

Diane Bérard

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