La proposition Aussant pour un Québec plus autonome

Publié le 23/10/2015 à 10:29

La proposition Aussant pour un Québec plus autonome

Publié le 23/10/2015 à 10:29

Photo: Métro

« Lorsqu’une collectivité fait face à un problème, elle se demande si c’est le privé ou le gouvernement qui va s’en occuper. Il faut développer le réflexe de se dire: «pourquoi on ne se prend pas en main. Pourquoi on ne crée une coopérative ou un OBNL pour régler nous-mêmes notre problème.» Jean-Martin Aussant, dg, Chantier de l’économie sociale

« Ma génération et celles qui précédaient voulaient d’abord être millionnaires et ensuite philanthropes. On se mettait riche et on aidait les autres ensuite. Ce réflexe demeure, mais on voit de plus en plus de jeunes entrepreneurs combiner les deux tout de suite. »

« «Les gens ne retiennent que le mot "sociale" dans "économie sociale". Pourtant, celle-ci rapporte plus que construction et mines réunies» »

 

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 Jean-Martin Aussant a eu plusieurs vies. Musicien. Actuaire. Économiste. Financier (Addenda Capital, Morgan Stanley). Politicien (député péquiste de Nicolet-Yamaska, fondateur d’Option nationale, protégé de Jacques Parizeau). De retour de Londres,après un exil de deux ans, il occupe le poste de dg du Chantier de l’économie solidaire. Je l’ai interviewé hier, à l’Esplanade (la maison des entrepreneurs sociaux) lors d’un 5 à 7 organisé par le pôle IDEOS de HEC Montréal. IDEOS est un laboratoire de recherche sur les organisations et entreprises à vocation sociales et communautaires. Hier, il a réuni des entrepreneurs sociaux et des diplômés MBA. Le but : se découvrir, s’apprivoiser et, peut-être, collaborer. Créer des ponts entre le privé et le collectif, pour un monde plus équilibré.

C’est beaucoup d’équilibre dont Jean-Martin Aussant a discuté hier avec Les Affaires.

 Les trois piliers d’une société

« Une société équilibrée repose sur trois piliers égaux : le gouvernement, le privé et le collectif. Chacun doit être d’égale importance pour prévenir les glissements. Le secteur privé glisse vers l’avidité. Le gouvernement glisse vers l’aridité.»

 L’économie sociale : plus que la construction et les mines réunies

«Quand je dis que je fais de l’économie sociale, les gens ne retiennent que le mot «social». Ils pensent  aide sociale» ou «charité». Or l’économie sociale (coopératives, mutuelles et OBNL) au Québec contribue à 40 G$ du PIB du Québec. C’est plus que le secteur de la construction et des mines réunies.»

 La montée de l’entrepreneuriat social

«Il y a une mode autour de l’entrepreneuriat social. On assiste à une montée des compagnies privées qui souhaitent avoir un impact social. Peut-être parce qu’on se rend compte que ce type d’entrepreneuriat est plus rentable. C’est d’ailleurs ce qui pourrait aider cette mode à durer : quand ça passe par le portefeuille, c’est toujours plus efficace.Mais la montée de l’entrepreneuriat social répond peut-être aussi à une prise de conscience du déséquilibre mondial : on n’a jamais créé autant de richesse, mais la société n’a jamais été aussi inégalitaire. Le modèle dominant qui dit «tout au privé, le marché va tout arranger» ne fonctionne pas.»

Entrepreneuriat social,entrepreneuriat collectif, quelle différence?

« En temps de crise, l’entrepreneur social, qui demeure privé et doit répondre à ses actionnaires, va avoir tendance à se retirer un peu. Il pourra devenir plus conservateur et délaisser certains projets. L’entrepreneuriat collectif est plus résilient.»

 L’entrepreneuriat collectif plus qu’un bouche-trou

« Historiquement, l’entrepreneuriat collectif a pallié à ce que le privé et le gouvernement ne voulaient pas faire. Mais ce n’est pas que ça. Dans certains cas, c’est un choix. Une collectivité peut décider qu’il est plus optimal qu’un service soit rendu par une coopérative, une mutuelle ou un OBNL que par le gouvernement ou le privé. Par exemple, la collectivité peut souhaiter que les surplus soient réinvestis dans la mission de l’entreprise plutôt que redistribuée à une poignée d’actionnaires qui souvent ne sont même pas au Québec. »

 La montée de l’investissement d’impact

« L’investissement à impact social nous vient du monde anglo-saxon. Il s’installe au Québec. Les fondations philanthropiques, par exemple, approchent le Chantier de l’économie sociale, pour voir comment elles pourraient investir dans l’économie collective. Les fondations ont toujours soutenu l’entrepreneuriat collectif à travers des subventions et des programmes. Cela demeure. Mais les fondations veulent aussi investir pour décupler les retombées de leur argent. L’investissement d’impact vise l’autonomie et la prise en main. »

 Les 3 défis de Jean-Martin Aussant

 1- Entrer l’entrepreneuriat collectif dans les mœurs des Québécois

2- Rebâtir un éco-système autour de l’économie collective : la disparation des CLD laisse les entrepreneurs collectifs sans port d’attache. Créer, par exemple, un « centre d’innovation sociale » pour aider au démarrage et à l’expansion des projets

3- Contribuer à la création d’outils de financement - des produits dérivés - et rendre les outils de financement existants accessibles aussi aux entrepreneurs collectifs. «Plusieurs outils de financement sont réservés au secteur privé sans raison économiques.

 

À propos de ce blogue

Diane Bérard est chroniqueur et journaliste de solutions pour la marque Les Affaires. Elle contribue à l’édition papier, au contenu web et à l’animation des événements. Elle pratique le journalisme de solutions qui consiste à présenter, avec un regard critique, des initiatives qui tentent de résoudre des problèmes sociétaux. Ses champs d’intérêt sont le nouveau capitalisme, l’innovation sociale, l’éthique, la gouvernance et la finance socialement responsable. Elle est régulièrement invitée à commenter ces enjeux dans les médias. Elle a coécrit quatre best-sellers (Deux filles le mercredi soir, Les fous du roi, J’ai perdu ma montre au fond du lac, La chaise rouge devant le fleuve). Son blogue, «Le fil de Diane» aide le lecteur à trouver le chemin vers une économie à impact sociétal positif.

Diane Bérard

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