L'éthique est-elle une affaire de femmes?

Publié le 06/01/2017 à 11:46

L'éthique est-elle une affaire de femmes?

Publié le 06/01/2017 à 11:46

L’éthique est-elle une affaire de femmes? Au Québec, il semble que ce soit le cas, constate la firme québécoise Ethikos.

Ethikos a développé l’outil «Board Ethics» qui mesure le niveau de sensibilité éthique des conseils d’administration. Près de 90% des mandats qu’elle obtient sont accordés par des femmes. «Les femmes ne s’y connaissent pas nécessairement plus que les hommes en matière d’éthique, note René Villemure, le fondateur d’Ethikos. Mais elles ont l’intuition que c’est important. Elles sont curieuses. Elles veulent connaître les résultats de notre évaluation. Lorsque nous présentons Board Ethics à un homme, il estime généralement que ce diagnostic est inutile. Qu’on ne trouvera rien. Que ce n’est pas important de connaître le niveau de sensibilité éthique du conseil. Que tout va être correct sans ça.»

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Board Ethics mesure les écarts entre ce que les administrateurs disent, ce qu’ils font et ce qu’ils pensent en matière d’éthique. Le questionnaire, qui dure le temps d’une réunion de CA, comporte une section quantitative et une section qualitative. Voici un aperçu des résultats : entre 60% et 70% des administrateurs savent quoi faire lorsqu’il y a un manquement éthique… à condition qu’il s’agisse d’une situation «normale». «Devant une question éthique hors norme, quelque chose qui sort du cadre des règles et de la déontologie, les administrateurs sont dépassés», poursuite l’éthicien. Le diagnostic Board Ethics démontre que moins de la moitié (40%) des administrateurs ont une compréhension du concept d’éthique qui leur permettrait d’intervenir dans les situations complexes.

Revenons aux femmes. Pourquoi les administratrices sont-elles nettement plus enclines que les administrateurs à connaître le niveau d’écart entre ce que les membres de leur conseil disent qu’ils savent de l’éthique et ce qu’ils en comprennent vraiment? «C’est peut-être une question de profil, avance René Villemure. Plusieurs administrateurs ont un profil financier. Ils se plient à la conformité parce qu’il le faut. Mais ils voient l’éthique comme une «gogosse». Les femmes ont souvent un profil extra-financier. C’est peut-être ce qui leur donne l’intuition que l’éthique peut être un outil stratégique.» Il poursuit, «Elles sentent qu’il y a plus que la conformité. Que l’éthique, lorsqu’elle ne se réduit pas à une éthique de vitrine, produit des résultats plus durables.» Une nuance importante, «Ce ne sont pas toutes les femmes qui attribuent une importance stratégique à l’éthique. Certaines administratrices que nous rencontrons se montrent complètement fermées. »

Et les jeunes?

Prochaine étape: les jeunes. «La relève se soucie définitivement d’éthique, constate René Villemure. C’est brouillon. Ça va dans tous les sens. Et ça demeure du domaine de la volonté, mais on voit une ligne de force émerger. Cette volonté donne envie de répondre à leurs questions et de travailler avec eux. C’est motivant.»

Ce billet fait suite à celui de mardi sur l’activisme des CA. Il était question de la nécessité de CA plus activistes pour contrer la montée des actionnaires activistes. La diversité peut être une voie vers cet activiste. Un CA qui comporte des membres aux profils plus diversifiés abordera forcément des enjeux plus variés. Le cas de l’éthique est un bon exemple. Si l’on augmente la proportion de femmes et de jeunes au CA, on y parlera probablement davantage d’éthique. Les entreprises seront-elles plus éthiques pour autant? Je l’ignore. Mais il est évident que si on n’en parle pas, on ne s’en préoccupera pas et on ne s’en occupera pas.

 

À propos de ce blogue

Diane Bérard est chroniqueur et journaliste de solutions pour la marque Les Affaires. Elle contribue à l’édition papier, au contenu web et à l’animation des événements. Elle pratique le journalisme de solutions qui consiste à présenter, avec un regard critique, des initiatives qui tentent de résoudre des problèmes sociétaux. Ses champs d’intérêt sont le nouveau capitalisme, l’innovation sociale, l’éthique, la gouvernance et la finance socialement responsable. Elle est régulièrement invitée à commenter ces enjeux dans les médias. Elle a coécrit quatre best-sellers (Deux filles le mercredi soir, Les fous du roi, J’ai perdu ma montre au fond du lac, La chaise rouge devant le fleuve). Son blogue, «Le fil de Diane» aide le lecteur à trouver le chemin vers une économie à impact sociétal positif.

Diane Bérard

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