Inquiet pour le climat? Utilisez le Bixi des tasses

Publié le 15/03/2019 à 14:43

Inquiet pour le climat? Utilisez le Bixi des tasses

Publié le 15/03/2019 à 14:43

Cette tasse réutilisable sera proposée aux clients de plus de 80 cafés à partir de mai. (Crédit: Krystel V. Morin)

Vendredi 15 mars: jour de la Marche pour le climat, une manifestation collective et de grève qui réunit principalement des étudiants de 2000 villes de 120 pays.


Pourquoi?


Parce que l’action individuelle a ses limites.


Un constat partagé par Aurore Courtieux-Boinot, cofondatrice de l’OBNL La Vague, qui se donne comme mission de rendre les cafés montréalais plus verts et plus responsables. La Vague a déployé le projet-pilote La Tasse auprès d’une dizaine de cafés de Villeray. Ces cafés proposent aux clients de consommer leurs boissons chaudes dans des tasses réutilisables qu’ils retournent ensuite chez un des cafés participants. Comme les vélos Bixi que l’on retourne aux stations après usage. La tasse est offerte en échange d’un dépôt de 5$, remboursé au moment du retour.


Ce projet-pilote passe en seconde vitesse, alors que 75 commerces s’apprêtent à joindre l’initiative.



Le projet La Tasse répond à deux constats :


1- Les limites de l’action individuelle pour lutter contre la multiplication des déchets et ses impacts sur le climat. « Dire « Y’a qu’à… » « Faut qu’on… » « On devrait tous… », ne tient plus la route, dit la jeune femme. Il faut une masse critique d’actions concertées pour obtenir des résultats significatifs dans un délai raisonnable »,


2- Les limites de la première vague d’actions dites écoresponsables. Soyons honnêtes, avoir sa tasse réutilisable sur soi en tout temps n’est ni pratique ni réaliste. Quant aux gobelets compostables, ils posent deux problèmes. D’abord, ils sont rarement compostés. Combien d’entre nous conservent leurs déchets compostables avec eux jusqu’à ce qu’ils trouvent un contenant dédié pour s’en débarrasser? Et puis, «Un objet compostable enfoui (c’est-à-dire dont on ne s’est pas départi correctement et qui a abouti à la poubelle) dégage du méthane, alors qu’un objet non compostable enfoui dégage du CO2, souligne Aurore Courtieux-Boinot. Or, le méthane est GES plus toxique que le CO2.» D’ailleurs, le méthane est devenu la nouvelle cible des actionnaires activistes. Ceux-ci réclament désormais que les entreprises où ils investissement dévoilent les émissions de méthane dont elles sont responsables et leur stratégie pour réduire celles-ci.


Le projet pilote a démontré que plusieurs utilisateurs de La Tasse prennent l’habitude d’accumuler quelques tasses avant de les retourner en bloc chez un commerçant participant. «On constate que le nombre de tasses accumulées (0,8) est plus faible ceux qui possèdent déjà une tasse réutilisable que chez ceux qui n’avaient pas cette habitude (1,2), commente l’entrepreneure. Ceci nous indique que notre projet est complémentaire et non concurrent aux solutions existantes. Nous offrons une alternative à ceux qui n’utilisaient que des tasses jetables. Et nous permettons à ceux qui se sont déjà convertis aux contenants réutilisables d’accentuer leur action écoresponsable.»


Ce que ce projet exige du commerçant


Le coût de participation se limite à l’achat des tasses, soit un lot de 25 à 50 unités, pour un coût variant entre 150$ et 250$.


Le plus gros défi


Pour l’instant, les tasses sont fabriquées en Chine. «Nous n’avons trouvé aucun fabricant québécois qui accepte de sortir de sa zone de confort pour produire un petit lot de 20000 unités, se désole Aurore Courtieux-Boinot. Il a fallu aller en Chine. Notre partenaire est une PME auprès de qui nous avons réalisé une vérification diligente extrêmement solide. Nous voulions nous assurer, entre autres, que les employés étaient respectés.» Elle poursuit, «C’est un bon fournisseur, mais il est évident que ce n’est pas la situation idéale. Nous souhaitons un fournisseur local pour des raisons environnementales (l’empreinte du transport) et pratiques (des délais de livraison plus courts et une davantage de flexibilité) .»


Selon l’entrepreneure, lorsque les tasses de cette initiative sont réutilisées de 30 à 50 fois, leur impact environnemental est moindre que celui de tasses jetables, même si celles-ci ont effectué le trajet de la Chine au Québec.


Les prochaines étapes


En mai 2019, La Tasse sera déployée dans des dizaines de cafés. Pour l’instant, les commerçants cueillent leur lot de tasses aux bureaux de l’OBNL La Vague. Toutefois, pour faciliter et accélérer le déploiement du réseau, La Tasse négocie une entente avec un distributeur de produits pour les cafés. «Ce serait plus pratique, explique l’entrepreneure. Toutefois, nous voulons nous assurer que le distributeur ne contraint pas les commerçants à acheter d’autres produits de sa gamme.»


La Tasse s’inscrit dans une tendance mondiale. Il y a quelques semaines, j’ai interviewé la designer britannique Safia Qureshi, cofondatrice de Cup Club. Ce service fournit un service de livraison/cueillette/nettoyage/livraison de tasses dans des écosystèmes fermés. Sur un campus universitaire, par exemple. Vous prenez votre tasse au bistro du pavillon central. Vous le buvez en réunion au pavillon des arts et lettres. Puis, vous laissez la tasse vide dans un des bacs Cup Club du campus. Chaque jour, un camion Cup Club ramasse les tasses usagées dans les bacs et les livre à un centre de lavage central. Le lendemain, des tasses propres sont redistribuées aux cafés participants. La formule Cup Club fonctionne pour l’instant dans des milieux fermés : campus universitaires, centres commerciaux, complexes immobiliers, etc.


Cup Club et La Tasse sont le reflet du temps qui passe. Il n’y a pas si longtemps, se balader avec son gobelet de latte au logo Starbucks était le top de la coolitude. Aujourd’hui, on associe ces gobelets aux poubelles qui débordent. «Combien de temps les entreprises auront envie de mettre leur logo sur un produit qui est un déchet dans les secondes qui suivent son achat?», demande Aurore Courtieux-Boinot.


Une question qui trotte aussi dans la tête des investisseurs, a relevé Étienne Lamy, analyste en environnement au Groupe Investissement Responsable (GIR). «Il y a un risque réputationnel latent pour ces entreprise, a-t-il dit lors du dévoilement Chaque année, le cabinet boutique Groupe Investissement Responsable publie de la revue annuelle des enjeux sociaux, environnementaux et de gouvernance des propositions d’actionnaires. «L’image des poubelles publiques débordant de contenants de plastique aux logos bien visibles pourrait frapper l’imaginaire des consommateurs au point de les détourner des entreprises générant cette masse de déchets», résume-t-il.

À propos de ce blogue

Diane Bérard est chroniqueur et journaliste de solutions pour la marque Les Affaires. Elle contribue à l’édition papier, au contenu web et à l’animation des événements. Elle pratique le journalisme de solutions qui consiste à présenter, avec un regard critique, des initiatives qui tentent de résoudre des problèmes sociétaux. Ses champs d’intérêt sont le nouveau capitalisme, l’innovation sociale, l’éthique, la gouvernance et la finance socialement responsable. Elle est régulièrement invitée à commenter ces enjeux dans les médias. Elle a coécrit quatre best-sellers (Deux filles le mercredi soir, Les fous du roi, J’ai perdu ma montre au fond du lac, La chaise rouge devant le fleuve). Son blogue, «Le fil de Diane» aide le lecteur à trouver le chemin vers une économie à impact sociétal positif.

Diane Bérard

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