Inégalités: peu à voir avec le sexe, l'ethnie ou l'éducation

Publié le 21/07/2016 à 18:14

Inégalités: peu à voir avec le sexe, l'ethnie ou l'éducation

Publié le 21/07/2016 à 18:14

La comédienne Emma Watson, a pris position pour l'égalite des sexes. Mais le genre n'expliquerait pas tout du fossé croissant des inégalités.

Et si les inégalités de revenu n’étaient pas liées à notre genre, notre origine ethnique ou notre niveau d’éducation, mais plutôt à notre lieu de travail? Certains employeurs paient mieux que d’autres. Et l’écart entre ceux qui paient bien et ceux qui paient mal augmente de plus en plus.

Voilà un nouvel éclairage sur un enjeu économique et social de plus en plus préoccupant. Après tout, le Brexit autant que la popularité de Donald Trump aux États-Unis s’expliquent en grande partie par la croissance des inégalités et la colère que celles-ci engendrent.

Quatre chercheurs (Alex Bryson, du National Institute of Economic and Social Research et du Centre for Economic Performance, Richard B. Freeman, professeur d’économie à l’université Harvard, Erling Barth , professeur à l’Institute for Social Research d’Oslo et James Davis, économiste au Center for Economic Studies, U.S. Census Bureau) ont donc décidé de regarder les inégalités à travers une autre lunette : celle de l’entreprise plutôt que de l’individu.

Leur conclusion: l'inégalité dans le revenu moyen versé aux travailleurs d’une entreprise à l’autre a augmenté à un rythme suffisamment important pour expliquer la majeure partie de l'inégalité entre les individus. Ce serait donc la différence du revenu moyen d’une entreprise à l’autre qui serait la principale source d’inégalités et non la différence de revenus moyens entre les individus eux-mêmes.

Par exemple, entre 1992-2007, juste avant la crise financière, le 2/3 de la hausse de la dispersion des revenus était attribuable à un écart accru entre les entreprises. Seul 1/3 est dû à un écart salarial accru entre les individus au sein des établissements.

Les écarts entre les revenus moyens d’une entreprise à l’autre résultent de deux facteurs. Certaines industries se portent mieux que d’autres. Et, à l’intérieur d’un secteur, certaines entreprises se distinguent davantage. Ces deux facteurs ont engendré la même situation: les écarts de revenus moyens de travailleurs sont de plus en plus importants entre les entreprises.

Revoir la façon dont on s’attaque aux inégalités

Si les inégalités ont plus à voir avec où nous travaillons qu'avec qui nous sommes, cela devrait infliuencer les méthodes employées pour réduire ces inégalités.

D’une part, il faudrait s’assurer que tous les membres d’une même industrie jouent dans le même terrain de jeu. Il semble que ce soit de moins en moins le cas. Certains joueurs se démarquent tellement du groupe qu’ils créent des inégalités qui mettent en péril l’équilibre économique et social de leur communauté. Il appartient aux institutions qui encadrent la concurrence et aux gouvernements que les entreprises respectent les règles du jeu. D’autre part, il faudrait favoriser la mobilité des travailleurs afin que chacun puisse se déplacer vers les employeurs offrant la rémunération la plus avantageuse. Ici, il est question de formation et de perfectionnement. Plus les travailleurs seront mobiles, plus les employeurs offriront une rémunération voisine de celle de leurs concurrents.

 

 

À propos de ce blogue

Diane Bérard est chroniqueur et journaliste de solutions pour la marque Les Affaires. Elle contribue à l’édition papier, au contenu web et à l’animation des événements. Elle pratique le journalisme de solutions qui consiste à présenter, avec un regard critique, des initiatives qui tentent de résoudre des problèmes sociétaux. Ses champs d’intérêt sont le nouveau capitalisme, l’innovation sociale, l’éthique, la gouvernance et la finance socialement responsable. Elle est régulièrement invitée à commenter ces enjeux dans les médias. Elle a coécrit quatre best-sellers (Deux filles le mercredi soir, Les fous du roi, J’ai perdu ma montre au fond du lac, La chaise rouge devant le fleuve). Son blogue, «Le fil de Diane» aide le lecteur à trouver le chemin vers une économie à impact sociétal positif.

Diane Bérard

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