Forum Novae: voici quelques Elon Musk québécois

Publié le 01/11/2017 à 09:40

Forum Novae: voici quelques Elon Musk québécois

Publié le 01/11/2017 à 09:40

Crédit photo; Getty

Certains démarrent des entreprises. D'autres, comme Elon Musk, veulent créer des écosystèmes.

Depuis 2014, les plans et les brevets de Tesla sont disponibles sur internet pour consultation publique.

Une décision étonnante dans un univers économique classique. Mais de la lunette d’Elon Musk, le fondateur de Tesla, elle est parfaitement logique. Elon Musk a des ambitions démesurées, certes. Il veut coloniser Mars, entre autres. Mais il veut aussi changer le monde en nous convertissant aux voitures électriques.

Malgré son ego immense, Musk sait qu’il n’y arrivera pas seul. Un changement de cette ampleur exige tout un village. Pour que les consommateurs se convertissent, il faut de l’énergie électrique en quantité suffisante, un réseau de distribution robuste, des bornes de recharge abondantes, des fournisseurs de pièces et une masse critique de fabricants. C’est pour stimuler la création de cet écosystème qu’Elon Musk a mis les dessins de Tesla à la disposition de tous.

Le Québec compte aussi ses Elon Musk. Des entrepreneurs qui aspirent non pas à créer des entreprises, mais qui tentent carrément d’installer de nouveaux écosystèmes qui répondent aux grands enjeux sociaux et environnementaux contemporains.

J’ai rencontré quelques-uns de ces entrepreneurs au Forum Novae 2017, qui s’est penchée sur l’innovation sociale dans différents secteurs.

Les entrepreneurs que je vous présente dans ce billet ont compris qu’une entreprise seule ne peut pas changer le monde. Elle ne peut même pas changer un secteur. Il lui faut de la compagnie en aval, en amont et, même, dans ses plates-bandes!

Ils veulent vous faire avaler des criquets!

Depuis février 2017, la succursale Loblaw du Maple Leaf Garden de Toronto a installé un comptoir d’insectes. On y vend, entre autres, la farine de criquets des frères Goldin, d’Entomo Farms, à Norwood, en Ontario. «Le criquet est un super aliment, affirme Jarrod Goldin. Il contient quatre fois plus de protéines que le bœuf.» Il poursuit, «Les insectes ont aussi des vertus thérapeutiques, poursuit l’entrepreneur. En modifiant leur alimentation on peut, par exemple, produire une poudre haute en rétinol qui entrera dans la composition d’une barre destinée aux clients des optométristes. Il s’agit d’ingénierie alimentaire inversée. » Mais…

«Nous avons besoin d’aide. Il faut créer l’écosystème avec des entreprises tout au long de la chaine, explique Jarrod Goldin. Nous avons besoin de fournisseurs de matières premières, d’éleveurs, de transformateurs, de distributeurs, etc. »

Elle veut vous convertir à l’économie circulaire

Pendant ce temps chez les jus Loop - qui fabrique des jus pressés à froid à partir de déchets alimentaires -, «On n’aspire pas à demeurer une entreprise de jus, confie la cofondatrice, Julie Poitras-Saulnier. On veut être une entreprise d’économie circulaire. On travaille à bâtir un réseau composé de toutes sortes d’acteurs qui ont des déchets à valoriser ou qui cherchent de nouvelles matières premières à employer pour leur production.»

Loop s’apprête à lancer des eaux pétillantes aromatisées à l’hydrolat, un résidu d’huile essentielle. Elle travaille aussi avec l’industrie de la bière pour employer sa drêche – le résidu du brassage – pour la création de laits.

Ils contribuent à la relève en agriculture

Même discours chez Jonathan Pineault, d’Écomestible, et Oliver Demers-Dubé, d’ÉAU.

Le premier réalise des aménagements en permaculture. Le second, des systèmes d’aquaponie. Dans les deux cas, ils considèrent leur entreprise comme partie d’un mouvement. «La permaculture réintègre les éléments naturels dans l’agriculture, comme la diversité et le compagnonnage des plantes, explique le cofondateur d’Écomestible. Elle compose avec les contraintes climatiques et économiques plutôt que de lutter contre elles.» Jonathan Pineault s’inscrit dans le même mouvement que Jean-Martin Fortier, des Jardins de la Grelinette, promoteur de l’agriculture biologique intensive sur petite surface. Avec un investissement initial de 50 000$ sur un terrain de deux acres, Jean-Martin Fortier a créé un modèle qui permet en 2 à 3 ans de générer des revenus de 150 000$ et des profits de 60 000$. «Nous travaillons ensemble pour la mise à l’échelle de sa ferme afin de créer une nouvelle génération d’agriculteurs», explique Jonathan Pineault.

Ils apprennent aux communautés à pêcher

Oliver Demers-Dubé, cofondateur d’ÉAU, pensait devenir fermier en exploitant des fermes verticales en aquaponie. Le marché l’a mené ailleurs. Olivier et son associée Émilie Nollet ont vite découvert que de nombreuses communautés québécoises vivent dans des déserts alimentaires, sans accès à des aliments frais et abordables. Les fermes aquaponiques verticales constituent une réponse à ce problème. ÉAU a pivoté pour devenir accompagnateur des communautés qui désirent installer ces fermes. L’entreprise n’exploite plus sa technologie pour vivre de sa production. Elle contribue à bâtir un réseau, et une communauté, de fermes aquaponiques.

Ils libèrent l’épargne des citoyens pour le développement local

Tout a débuté il y a quelques décennies avec la Caisse d’économie solidaire et les fonds de travailleurs. Il était question d’investir les économies des travailleurs dans l’économie locale.

Puis, le sociofinancement est arrivé. Des plateformes en ligne comme Indiegogo et Ulule nous ont permis de financer directement des projets qui nous tiennent à cœur.

Au début, il était surtout question de projets de nature artistique ou sociale. Mais, comme le confirme Thomas Sychterz, dg d’Ulule Canada, de plus en plus d’entrepreneurs sollicitent une partie de leur financement à travers ces plateformes.

Le sociofinancement fait partie du nouvel écosystème financier lancé par les fonds de travailleurs. Un système plus direct entre le petit investisseur et le projet. On y trouve, aussi, les obligations communautaires. Ces obligations, émises par des OBNL, permettent aux citoyens de financer des projets de proximité. Une dizaine de ces émissions seront déployées au Québec pour 2018, souligne Vanessa Sorin, chargée de projet au TIESS (Territoires innovants en économie sociale et solidaire).

Comme pour de nombreux secteurs, la technologie influence la direction qu’emprunte la finance. C’est particulièrement vrai pour l’écosystème de finance de proximité. C’est la technologie qui permet au projet Impak Finance de voir le jour.

Impak finance sera, entre autres, un portefeuille électronique relié à une place de marché où l’épargnant pourra dépenser son argent dans des entreprises à impact social accréditées. Impak Finance est un projet ambitieux, comme ceux des jus Loop, d’Entomo Farms, d’Écomestible et d’Éau. Il implique bien plus que la création d’une entreprise. Il exige le déploiement de tout un écosystème. «On ne peut pas juste implanter des solutions cute. On n’a plus de temps, dit Paul Allard, cofondateur d’Impak Finance. Il faut passer à l’échelle avec des solutions massifiable.»

 

 

À propos de ce blogue

Diane Bérard est chroniqueur et journaliste de solutions pour la marque Les Affaires. Elle contribue à l’édition papier, au contenu web et à l’animation des événements. Elle pratique le journalisme de solutions qui consiste à présenter, avec un regard critique, des initiatives qui tentent de résoudre des problèmes sociétaux. Ses champs d’intérêt sont le nouveau capitalisme, l’innovation sociale, l’éthique, la gouvernance et la finance socialement responsable. Elle est régulièrement invitée à commenter ces enjeux dans les médias. Elle a coécrit quatre best-sellers (Deux filles le mercredi soir, Les fous du roi, J’ai perdu ma montre au fond du lac, La chaise rouge devant le fleuve). Son blogue, «Le fil de Diane» aide le lecteur à trouver le chemin vers une économie à impact sociétal positif.

Diane Bérard

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