FailCamp: les vrais échecs sont personnels

Publié le 03/04/2016 à 18:17, mis à jour le 04/04/2016 à 11:24

FailCamp: les vrais échecs sont personnels

Publié le 03/04/2016 à 18:17, mis à jour le 04/04/2016 à 11:24

Jean-Martin Aussant s'est confié au FailCamp, crédit: Farweb.tv

Les vrais échecs sont personnels. Cette pensée m’a hantée tout au long du trajet de 40 minutes entre le 80 rue Queen, où se déroulait le FailCamp, et le resto où j’avais rendez-vous avec ma sœur.

Le FailCamp c’est une conférence où l’on vient sur scène parler de ce que l’on a échoué… ou pas réussi… ou pas encore osé. Le trio qui l’organise: Robert Boulos, de Farweb.tv Francis Gosselin et Léa Beauchemin-Yergeau, de FG8

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Pourquoi parler d’échec?

Sur le site de Failcamp, on dit que c’est «pour promouvoir la prise de risques dans tous les domaines». Je crois que parler d’échec nous aide à vivre, tout simplement.


J’en ai fait l’expérience plusieurs fois lorsque je participe à l’Opération retour à l’école de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain.

Il s’agit de parler de notre parcours professionnel à des élèves du secondaire à risque de décrocher. On nous fournit une trousse de préparation qui nous demande de passer à travers la formation et les étapes qui font de nous le gagnant que nous sommes devenu.

La première année, c’est ce que j’ai fait. Pas fort… L’année suivante, j’ai tenté autre chose: la liste de tous les murs que j’ai frappés, les petites et grandes humiliations que j’ai subies, les qualités que j’aurais aimées posséder, mais que je n’ai pas. etc.

À chaque échec évoqué, une tête de plus s’est levée de son écran.  Puis est venue LA question: «ben… si t ‘as échoué tant de choses, comment t’as fait pour te faire prendre au sérieux et décrocher un emploi?» Là, nous avons une vraie rencontre.

Mes trois rencontres du FailCamp

1-Pourquoi Jean-Martin Aussant autosabote sa carrière musicale

Jean-Martin Aussant est dg du Chantier de l’économie sociale,  fondateur de l’Option Nationale, ex-député, protégé de Jacques Parizeau… «J’ai une confiance inébranlable en moi», reconnaît-il.

Sauf pour la musique. «La musique, c’est ce que j’ai étudié le plus longtemps. Bien plus longtemps que la finance. Mais j’ai manqué de courage. Pourtant, j’ai toujours foncé dans tous les autres aspects de ma vie.»

Pourquoi Jean-Martin Aussant n’a-t-il jamais osé la musique?

«Je ne pourrais pas supporter de me faire dire que je suis ordinaire. Ça ferait trop mal. Je ne suis pas prêt à prendre ce risque.» Alors, il s’autosabote: «Je siège à 12 conseils d’administration, pour être certain de ne pas avoir de temps pour la musique.»

2- Pourquoi Ina Mihalache (solangeteparle) n'a pas d'amis

Ina Mihalache est l’auteure de la délirante chaîne YouTube « Solangeteparle ». Elle y interprète la très antisociale Solange, un personnage de son invention qui assume publiquement son échec et en fait sa force.

Ina nous a raconté ses vicissitudes professionnelles: refus répétés au Conservatoire, petits rôles qui promettent, mais ne mènent nulle part. Mais son véritable échec n’est pas professionnel, il est personnel: «je ne sais pas comment avoir des amis. Je dois probablement cacher des choses qu’on doit montrer aux autres. Ou alors je suis peut-être trop dure. Pour réussir l’amitié, il faut un mode d’emploi et de je n’ai pas trouvé.»

En attendant de trouver ce mode d’emploi, si elle y arrive, elle compte sur l’aide de sa «molécule», une petite pilule qui l’aide à composer avec sa fragilité et ses failles.

3- Pourquoi Anne Marcotte n'a pas d'amoureux

Anne Marcotte est entrepreneure, son entreprise se nomme Vivemtia. Issue d’une famille ouvrière modeste, elle s’est construite envers et contre tout. Puis, en 2005, à 39 ans, la voilà millionnaire grâce à la vente de son entreprise, Marcotte multimédia, à Transcontinental (éditeur, entre autres, de Les Affaires).

Son constat: « Moi, avant d’avoir du succès, je pognais.» Anne Marcotte est mère monoparentale. «Si j’étais un homme et que j’avais du succès, les femmes ne me fuiraient pas», estime-t-elle. Je ne la connais pas. Je ne peux pas juger de la véracité de cette affirmation. Mais sa douleur, elle, est bien réelle. «Clin d’œil m’a incluse parmi les 25 femmes les plus allumées du Québec. Mais je n’allume personne dans ma vie personnelle.»

Jean-Martin Aussant et la musique. Ina Mahalache et l’amitié. Anne Marcotte et l’amour. Les vrais échecs sont personnels. Le reste, on s’en remet.

À propos de ce blogue

Diane Bérard est chroniqueur et journaliste de solutions pour la marque Les Affaires. Elle contribue à l’édition papier, au contenu web et à l’animation des événements. Elle pratique le journalisme de solutions qui consiste à présenter, avec un regard critique, des initiatives qui tentent de résoudre des problèmes sociétaux. Ses champs d’intérêt sont le nouveau capitalisme, l’innovation sociale, l’éthique, la gouvernance et la finance socialement responsable. Elle est régulièrement invitée à commenter ces enjeux dans les médias. Elle a coécrit quatre best-sellers (Deux filles le mercredi soir, Les fous du roi, J’ai perdu ma montre au fond du lac, La chaise rouge devant le fleuve). Son blogue, «Le fil de Diane» aide le lecteur à trouver le chemin vers une économie à impact sociétal positif.

Diane Bérard

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