Entrepreneuriat social: faut-il avoir souffert pour sauver le monde?

Publié le 16/09/2016 à 10:06

Entrepreneuriat social: faut-il avoir souffert pour sauver le monde?

Publié le 16/09/2016 à 10:06

« On répète qu’il faut injecter plus de préoccupations sociales dans les entreprises traditionnelles. Il serait temps qu’on dise aussi qu’il faut injecter plus de préoccupations d’affaires dans les entreprises sociales.» Natalie Voland, pdg de Gestion immobilière Quo Vadis et fondatrice de laboratoire urbain Salon 1861

 Natalie Voland et moi étions juges - en compagnie de l'investisseur Guy Gervais - à la première édition du concours « Social Business Creation », organisé par HEC Montréal le 12 septembre dernier en collaboration avec Grameen Creative Lab. Ce concours international s’adresse aux étudiants universitaires de toutes les programmes. Les candidats ont postulé en avril dernier. Ils devaient soumettre une idée d’entreprise et la composition de leur équipe. En tout, 44 équipes ont postulé. En juillet, elles ont toutes suivi le cours en ligne « Social Business Creation » qui leur a apporté trois crédits. Puis, chaque équipe devait mener une campagne de sociofinancement. Elles ont ensuite été réunies à Montréal pour quelques jours de formation. Quinze équipes se sont rendues en demi-finale et trois en finale. L’équipe gagnante vient du Mali. ProtEra propose de transformer les larves en poudre protéinée pour nourrir les animaux.

 Pourquoi ProtERA a remporté le concours Social Business Creation?

 -C’est la seule équipe à avoir présenté son comité aviseur. Soit les autres équipes n’en avaient pas ou elles n’ont pas jugé pertinent d’en faire part aux juges. Avoir un comité aviseur témoigne d’une maturité entrepreneuriale. Et si ce comité est solide, comme celui de ProtERA, il rassure les investisseurs. ProtERA jouit du soutien et des conseils, entre autres, de Mohammed Ashour, fondateur d’Aspire FG, l’entreprise montréalaise qui a remporté la plus importante compétition d’entrepreneuriat social, le Hult Prize. Aspire transforme aussi les insectes en nourriture, pour les humains toutefois. Les juges ont senti que l’équipe de direction de ProtERA était bien entourée.

 -Sidiki A. Sow, le président de ProtEra, a donné des chiffres, beaucoup de chiffres. Et il a su les faire parler. Il a mis les juges en confiance.

 La plupart des autres équipes ont passé un temps fou à parler du problème social ou environnemental qu’elles désirent solutionner. Il restait donc peu de temps pour présenter le modèle d’affaires et les sources de revenus. Était-ce volontaire? Est-ce parce leur modèle d’affaires n’était pas achevé? Ou bien parce que ces jeunes entrepreneurs sociaux estiment que l’aspect social de leur entreprise a préséance sur les aspects financiers? Mais il ne faut pas confondre revenus et profits… Pour avoir un impact social ou environnemental, il faut demeurer en affaires. Et pour demeure en affaires, il faut générer des revenus.

 -Un détail: Sidiki A. Sow a dit que la ferme où se dérouleront les expérimentations appartient à son oncle, un influent producteur agroalimentaire malien. Il aurait pu taire son lien de parenté et laisser entendre qu’il a négocié ce partenariat d’arrache-pied. Cela lui aurait certainement fait gagner des points. Sa franchise a plu aux juges. Ils y ont vu une preuve de confiance en lui et un parti-pris pour la transparence.

 Faut-il avoir souffert pour sauver le monde?

 C’est la question que les juges se sont posés après avoir vu défiler certains participants qui ont avoué n’avoir eu aucun contact avec le problème qu’ils présentent ni avec des gens qui le vivent. Ces entrepreneurs éprouvaient de la compassion envers leurs clients/bénéficiaires. Et ils avaient des chiffres cernant l’ampleur du problème. Donc la preuve qu’il existe un marché. Mais, pour régler un problème, il ne suffit pas de cerner son ampleur, il faut surtout en comprendre les causes et ce qui perpétue la situation. Y a-t-il des gens, des groupes, qui tirent avantage du statu quo, par exemple? Et puis, même s’il existe un marché, rien ne prouve que le marché soit prêt pour la solution que l’on propose. Seule une compréhension profonde du problème permet de répondre à cette question et d'élaborer un modèle d'affaires pertinent.

Entre juges, on n’a pas tranché. Certains estiment incontournable d’avoir été en contact avec le problème. D’autres jugent cette vision trop réductrice. Elle exclut trop de candidats animés de bonnes intentions qui peuvent avoir un impact positif. Pour ma part, je crois que si l’entrepreneur n’a pas été exposé au problème qu’il désire solutionner, il doit absolument s’associer à quelqu’un qui possède cette expertise.

Message aux étudiants universitaires québécois qui liront cette chronique, et à leurs parents

L’an prochain, il y aura une seconde édition du concours « Social Business Creation ». Je  vous rappelle que ce concours est ouvert à tous les programmes. L’entrepreneuriat social transcende les barrières sectorielles. Il suffit d’avoir une solution de marché à un problème social ou environnemental.

 

À propos de ce blogue

Diane Bérard est chroniqueur et journaliste de solutions pour la marque Les Affaires. Elle contribue à l’édition papier, au contenu web et à l’animation des événements. Elle pratique le journalisme de solutions qui consiste à présenter, avec un regard critique, des initiatives qui tentent de résoudre des problèmes sociétaux. Ses champs d’intérêt sont le nouveau capitalisme, l’innovation sociale, l’éthique, la gouvernance et la finance socialement responsable. Elle est régulièrement invitée à commenter ces enjeux dans les médias. Elle a coécrit quatre best-sellers (Deux filles le mercredi soir, Les fous du roi, J’ai perdu ma montre au fond du lac, La chaise rouge devant le fleuve). Son blogue, «Le fil de Diane» aide le lecteur à trouver le chemin vers une économie à impact sociétal positif.

Diane Bérard

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