Consommation responsable: larguer la viande rouge avant son auto

Publié le 21/11/2018 à 05:45

Consommation responsable: larguer la viande rouge avant son auto

Publié le 21/11/2018 à 05:45

(Crédit: 123rf)

C’est quoi un consommateur responsable? Les Québécois  sont-ils des consommateurs responsables?

Voilà neuf ans que l’Observatoire de la consommation responsable (ESG UQAM) se penche sur cet enjeu. Il publie chaque année «Le baromètre de la consommation responsable». La nouvelle édition est dévoilée aujourd’hui (21 novembre).

Jusqu’à présent, définir le consommateur responsable s’avérait un exercice plutôt inoffensif. Cette année, c’est explosif! Une semaine après la grande marche pour le climat et la création du Pacte pour la transition, qui a le droit de porter l’étiquette «responsable»?

On a vu de nombreux commentateurs, professionnels et gérants d’estrade, déchirer leur chemise devant les contradictions des signataires du Pacte pour la transition. Eh bien, ils ont raison! Le 9e baromètre de la consommation responsable nous dépeint le consommateur québécois comme un être contradictoire dont le comportement est un cumul de gestes qui vont parfois dans tous les sens.

«Être parfaitement responsable, c’est impossible, commente le professeur Fabien Durif, directeur de l’Observatoire de la consommation responsable. La plupart d’entre nous au mieux. On fait des concessions. On compartimente. On consent certains sacrifices et pas d’autres. Et puis, il existe des phases d’adoption plus ou moins longues. Certains comportements mènent à d’autres. Et parfois pas.» Il poursuit, «Au fil de sondages, notre groupe de recherche constate qu’il devient de plus en plus difficile de circonscrire la consommation responsable. Ceci complique l’action des entreprises, car on ne peut pas faire d’amalgames. Il n’est pas dit que le consommateur qui cesse de consommer de la viande rouge, par exemple, pratique l’autopartage ou possède un véhicule électrique. L’entreprise se retrouve donc avec une pléthore de niches de consommation responsable. Chacun n’appelle pas les mêmes réponses.

Voici ce qui retient l’attention à la lecture de la 9e édition du baromètre de la consommation responsable.

1-Une première: le citoyen consommateur reconnaît sa responsabilité

À la question : «Pour vous, le changement de comportement doit venir … » une majorité de répondants (87,4%) ont attribué la responsabilité aux individus. Les entreprises et les marques viennent en second (75,2%). Et les autorités gouvernementales, via les lois et réglementations, viennent en troisième (71,4%). Les proportions dépassent 100% car plusieurs réponses étaient possibles. «Cette réponse est importante, estime Fabien Durif. Si les consommateurs québécois prennent conscience de leur rôle et de leur influence potentielle, ils pourraient commencer à s’en servir. En Europe, les consommateurs savent que leur boycottage peut changer le cours des choses.»

2-Un nouveau vilain se profile: la viande rouge

Les fabricants d’automobiles à essence vont pousser un petit soupir de soulagement en la lecture de la page 8…

À la question, «Selon vous, quelle action devrait privilégier un consommateur qui désire réduire son impact environnemental?», plus du tiers (37%) des répondants ont évoqué une réduction de la consommation de viande rouge. On est encore loin des 57,3% qui pointent vers l’achat d’une voiture électrique, mais tout de même.

3- Une nouvelle mission pour les quincailliers: satisfaire les rénorécupérateurs

Connaissez-vous la rénorécupération? Cette pratique consiste à employer des matériaux de seconde main pour effectuer des travaux de rénovation. Le tiers des répondants de ce sondage ont incorporé des matériaux de seconde main. Voici quelques exemples: du bois (59,4%), du contre-plaqué (36,2%), des blocs de béton (21,7%), du gypse (15,9%), des briques (14,5%), des bardeaux d’asphalte (4,3%).

Comment se procurent-ils ces matériaux?

-Via des dons d’amis ou de connaissances, 75,4%;

-Sur des sites de petites annonces, 39,1%;

-Dans les brocantes et ventes de garage, 26,1%;

-À travers des entreprises de récupération et de revente de matériaux (Écocentres, ÉcoRéno, ReStore), 14,5%;

-Sur des sites spécialisés (Detoutpourtout.com, Bourse des résidus, Carrefour 3RV, RénoCyclage, Écohabitation), 1,4%.

C’était prévisible, la montée en popularité du mouvement du seconde main allait tôt ou tard atteindre les bricoleurs et les rénovateurs. Comment les quincailliers peuvent-ils tirer profit de cet engouement? «Ils peuvent, entre autres, développer des ateliers pour rénorécupérateurs, dit Fabien Durif. Ils peuvent aussi carrément offrir un service de rénorécupération, pour clients qui n’ont pas les compétences ou l’envie d’effectuer les travaux eux-mêmes. Ou pour accompagner ceux qui désirent simplement un coup de pouce.» Il poursuit, «Un quincaillier peut aussi envisager récupérer ces matériaux lui-même et servir d’entremetteur entre des clients qui souhaitent s’en départir et d’autres les acquérir. Une chose est certaine, il serait sage que cette industrie évalue l’impact de cette tendance sur le modèle d’affaires de ses membres.»

4- La franchise des jeunes… la modestie des femmes

À la fin du sondage, on demande au répondant s’il a le sentiment de consommer de manière responsable. La moitié (57,6%) a répondu: oui, plutôt. Les deux groupes qui se considèrent les moins responsables sont les jeunes (18-24 ans) et les femmes. «Je trouve la réponse des jeunes plutôt encourageante. Ils font preuve de sens critique, ce qui ne les empêche pas de progresser dans leurs comportements.» Il ajoute, «La réponse des femmes, par contre, me désole. Elles sous-estiment leur contribution et leur impact. En matière de consommation responsable, elles ont toujours été des leaders. Le fait qu’elles ne reconnaissent pas ce qu’elles ont accompli témoigne aussi d’un échec des marques. Ces dernières n’ont pas su prendre soin de leurs meilleures ambassadrices. Les marques n’ont pas été capables de donner confiance aux femmes, de reconnaître leur contribution à ce chapitre. Il y a ici une occasion ratée.»

5 – Le zéro déchet, c’est sexy… mais c’est quoi?

Plus de la moitié des répondants (60,5%) estiment que la réduction des déchets devrait concerner tous les citoyens. Les auteurs ont classé les pratiques zéro déchet en deux. D’une part, les pratiques proactives comme le don à son entourage pour favoriser la circularité et diminuer les rebuts et la consommation d’aliments en vrac. De l’autre, les pratiques d’évitement, comme le non-remplacement des objets qui fonctionnement encore. «Le zéro déchet est à la mode, c’est certain, relève Fabien Durif. Mais bien malin celui qui, en ce moment, peut définir ce que ça signifie exactement. Nous allons donc tente de développer un indice du zéro déchet au quotidien pour définir comment ce concept s’applique concrètement.»

En terminant, voici, par ordre décroissant d’adoption, la popularité des comportements de consommation responsable :

1-Recyclage;

2-Consommation locale (achat de produits locaux ou fabriqués localement et magasinage auprès de commerçants du quartier);

3-Protection de l’environnement (achat de produits à faible impact environnemental);

4-Protection des animaux (achat de produits d’entreprises ayant de bonnes pratiques envers les animaux et non-achat de produits nuisibles aux animaux);

5-Déconsommation (réduction volontaire et non volontaire de la consommation);

6-Consommation collaborative (redistribution) (utilisation de plateforme Web et d’applications mobiles permettant l’achat /vente/échange/don de biens de seconde main entre particuliers);

7-Consommation citoyenne (achat de produits, partage de produits équitables et de produits d’entreprises soutenant la communauté et des causes sociales);

8-Compostage;

9-Transport durable (utilisation de transports en commun et alternatifs);

10-Consommation collaborative (mutualisation) (utilisation de plateformes web et d’applications mobiles permettant l’achat/vente/échange/don de services particuliers).

Le transport durable, ce n'est pas gagné.

À propos de ce blogue

Diane Bérard est chroniqueur et journaliste de solutions pour la marque Les Affaires. Elle contribue à l’édition papier, au contenu web et à l’animation des événements. Elle pratique le journalisme de solutions qui consiste à présenter, avec un regard critique, des initiatives qui tentent de résoudre des problèmes sociétaux. Ses champs d’intérêt sont le nouveau capitalisme, l’innovation sociale, l’éthique, la gouvernance et la finance socialement responsable. Elle est régulièrement invitée à commenter ces enjeux dans les médias. Elle a coécrit quatre best-sellers (Deux filles le mercredi soir, Les fous du roi, J’ai perdu ma montre au fond du lac, La chaise rouge devant le fleuve). Son blogue, «Le fil de Diane» aide le lecteur à trouver le chemin vers une économie à impact sociétal positif.

Diane Bérard

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