Cet entrepreneur laisse le client choisir le prix qu'il paiera

Publié le 30/08/2016 à 11:16

Cet entrepreneur laisse le client choisir le prix qu'il paiera

Publié le 30/08/2016 à 11:16

Le Québec compte un entrepreneur social de plus, l'ostéopathe Jean-Félix Perreault.

«Je veux régler le problème d’accessibilité des soins d’ostéopathie. Le prix moyen d’une séance s’élève à 85$. Lorsque vous avez accès à une assurance collective ou que vous êtes mieux nanti, ça va. Mais pour le reste de la population, c’est très cher.» Jean-Félix Perreault, ostéopathe et entrepreneur social, fondateur de la clinique Sera à Rouyn-Noranda.

Le modèle d'affaires de la Clinique Sera

La clinique Sera ouvre ses portes demain matin, le 31 août. Le prix d’une séance varie entre 65$ et 100$. C’est le client qui décide. Il peut payer n’importe quel montant dans cette fourchette. Chaque dollar payé au-delà de 65$ servira à financer des séances d’ostéopathie pour les clients moins bien nantis.

C’est la Ressourcerie Bernard-Hamel, une entreprise d’économie sociale de Rouyn-Noranda, qui référera les clients subventionnés à la Clinique Sera. «Je vais leur envoyer tous les revenus des séances à plus de 65$, explique le jeune entrepreneur de 26 ans. Cet argent me reviendra pour payer les traitements subventionnés. Nous avons établi un contrat qui énonce les détails de cette entente. De plus, comme la Ressourcerie Bernard-Hamel est un organisme de bienfaisance, elle peut produire des reçus pour tous les dons de 20$ et plus. Tous les clients de la Clinique Sera qui défraient 85$ pour un traitement peuvent donc profiter d’un reçu d’impôt de 20$.»


«Jean-Félix Perreault n'a jamais voulu être entrepreneur. Il voulait régler un problème social. L'entrepreneuriat est un moyen.»

Il n’y a qu’une condition pour profiter de la tarification au choix: être membre de la Clinique Sera, c’est-à-dire acheter une part à 10$. Cette somme permet d’être membre à vie. «C’est un montant symbolique, explique Jean-Félix Perreault. Je veux lancer un message. Je n’ouvre pas une clinique, je démarre une communauté. Je souhaite que nos clients s’impliquent.» Pour que son modèle fonctionne, il doit maintenir ses coûts très bas. «J’ai donc besoin d’aide pour la gestion du bureau. Je suis ouvert à faire du troc avec mes clients pour des services de comptabilité, par exemple.»

Cet esprit de communauté, Jean-Félix Perreault désire le reproduire chez les ostéopathes qui se joindront à lui. «Je ne compte pas recruter d’ostéopathe à temps plein. Je souhaite plutôt créer un réseau de professionnels où chacun contribura quelques heures par semaine.» Cette formule présente deux avantages. D’abord, elle permet de mieux absorber la baisse de revenu, puisque chaque ostéopathe ne travaillera que quelques heures par semaine en-deça du tarif moyen du marché. Ensuite, elle permet d’accueillir un plus grand nombre de professionnels dans l’écosytème Sera.

L'inspiration derrière ce modèle d'entreprise

Mais où donc Jean-Félix Perreault a-t-il pêché son idée? «Lors d’un travail de session, j’ai découvert une coopérative d’acuponcture américaine qui possède une tarification variable («sliding scale») entre 15$ et 35$ par traitement. Et puis, j’ai visionné une conférence de Jeremy Rifkin qui nous invitait à passer de la verticalité à l’horizontalité. C'est-à-dire de recueillir une plus petite proportion de nos revenus d’un plus grand nombre de clients.»

Deux films aussi l’ont inspiré. En 2011, «République: un abécédaire populaire», du réalisateur Hugo Latulippe, où 53 leaders d’opinion sont réunis pour reformuler un projet de société. En 2016, «Demain», de Cyril Dion et Mélanie Laurent qui ont visité 10 pays à la recherche d’individus qui expérimentent des solutions aux grands problèmes sociaux et environnementaux du 21e siècle.

«Le capitalisme se transforme. On sent une nouvelle ère. Je m’inscris dans ce changement. Avec la Clinique Sera, je démarre mon mouvement, mais je fais aussi partie d’un mouvement plus vaste.»

Entrepreneur pour la cause

En fait, Jean-Félix Perreault n’a jamais voulu être entrepreneur. «Je voulais régler un problème, l’accessibilité des soins d’ostéopathie. C’est la cause derrière mon entreprise qui m’anime. L’entrepreneuriat n’est qu’un moyen.»

 

À propos de ce blogue

Diane Bérard est chroniqueur et journaliste de solutions pour la marque Les Affaires. Elle contribue à l’édition papier, au contenu web et à l’animation des événements. Elle pratique le journalisme de solutions qui consiste à présenter, avec un regard critique, des initiatives qui tentent de résoudre des problèmes sociétaux. Ses champs d’intérêt sont le nouveau capitalisme, l’innovation sociale, l’éthique, la gouvernance et la finance socialement responsable. Elle est régulièrement invitée à commenter ces enjeux dans les médias. Elle a coécrit quatre best-sellers (Deux filles le mercredi soir, Les fous du roi, J’ai perdu ma montre au fond du lac, La chaise rouge devant le fleuve). Son blogue, «Le fil de Diane» aide le lecteur à trouver le chemin vers une économie à impact sociétal positif.

Diane Bérard

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