Ces 3 diplômés de McGill peuvent-ils sauver les médias web?

Publié le 02/02/2018 à 15:27

Ces 3 diplômés de McGill peuvent-ils sauver les médias web?

Publié le 02/02/2018 à 15:27

L'équipe de Pelcro (de gauche à droite): Andrew Morris, cofondateur et directeur des opérations, Micheal Ghattas, cofondateur & chef de la direction, Elyad Alaei, cofondateur et directeur de la technologie

Le 27 septembre 2017 a marqué le lancement du premier fonds de capital de risque canadien destiné aux entrepreneurs étudiants, Front Row Ventures. Vous pouvez lire mon billet sur le sujet ici.


Le 31 janvier dernier, ce fonds de 600 000$, alimenté par Real Ventures, a réalisé son premier investissement. Il cible Pelcro, une jeune pousse qui s’attaque à la chute des revenus publicitaires chez les publications en ligne.


Ce sont trois gradués de McGill (Andrew Morris, cofondateur et directeur des opérations, Michael Ghattas, cofondateur & chef de la direction et Elyad Alaei, cofondateur & directeur de la technologie) qui ont bénéficié du premier investissement de Front Row Venture, soit la somme de 25 000$. Leur société planche sur une technologie de monétisation de contenu qui, affirment les fondateurs, aurait le potentiel de transformer l’industrie de la publication de contenu en ligne, pour les éditeurs (journaux, magazines, blogues, etc.) et les lecteurs.


50 dossiers étudiés, 1 élu


L’équipe de Front Row Ventures a étudié une cinquantaine de dossiers, explique Nicolas Synnott, cofondateur de Front Row Ventures. La plupart ont été proposés par les équipes de démarchage présentes sur chacun des campus. Pour être assurés ne pas passer à côté des projets à fort potentiel, Front Row Ventures s’est donné des yeux et des oreilles sur le terrain. Ce sont des étudiants. Ils ont pour mission de participer aux activités à saveur entrepreneuriales, d’entretenir le contact avec leurs pairs et d’acheminer les projets intéressants à l’équipe de Front Row Ventures. De son côté, le fonds fait aussi son démarchage.


Les deux types de projets soumis: une techno cherchant une marché et un marché cherchant une techno


La cinquantaine de projets évalués se divise en deux groupes, explique Makoto Rhealt-Kihara, associé de Front Row Ventures pour le campus McGill:


1-Les projets centrés sur la technologie. Ils sont généralement portés par des étudiants en science qui ont développé une technologie, puis découvert qu’il existe un marché pour celle-ci.


2-Les projets centrés sur une solution à un problème à travers un modèle d’affaires particulier. Ceux-là sont plutôt initiés par des étudiants en gestion qui ont détecté un marché important. Ils cherchent des collaborateurs plus techniques pour développer la technologie qui résoudra le problème.


Les 3 critères Front Row Ventures pour évaluer les projets


1-L’engagement à long terme de l’équipe


«Les sociétés dans lesquelles nous investissons n’ont donc pas d’historique, explique Makoto Rhealt-Kihara. Nous nous fions donc aux entrepreneurs. Nous visons des entreprises à fort potentiel de croissance. Il faut nous assurer que les équipes sont là pour le long terme, qu’elles poursuivront leur projet entrepreneurial au-delà de la diplomation.»


2- La personnalité du PDG


« Dans une jeune pousse, le PDG a le mandat de recruter, poursuit Makoto. Ses propos, son discours doivent être inspirants. La façon dont il parle du produit et du projet doivent nous donner envie de travailler avec lui. »


3- L’humilité


« Nous portons un regard critique sur chaque projet, souligne Nicolas Synnott. Les entrepreneurs doivent être prêts à écouter. À la rencontre suivante, on s’attend à des réponses. On doit sentir qu’ils ont retravaillé leur projet.»


Pourquoi avoir choisi Pelcro?


«L’équipe de Pelcro comprend parfaitement le problème auquel elle s’attaque, répond Makoto. Elle a identifié les causes profondes. Et elle propose une solution qui tient compte de l’avenir.»


Quelle est la solution Pelcro?


«Nous avons créé un module d’extension (plugin) hyperfacile à installer pour permettre aux éditeurs de contenu de migrer d’un modèle de revenus publicitaires - qui décroît - vers un modèle d’abonnements» , explique Michael Ghattas, chef de la direction de Pelcro. Il poursuit, « Il y a, en moyenne, dix fois plus d’argent à tirer d’un abonné que d’un annonceur. Là où l’éditeur tire 2$/lecteur/mois de ses revenus publicitaires, il pourrait en tirer jusqu’à 10$/lecteur/mois de revenus d’abonnements.»


Pelcro s’appuie sur l’intelligence artificielle (le chef de la technologie est diplômé en technologie et apprentissage machine) pour savoir quel lecteur solliciter pour un abonnement et à quel moment. Par exemple, il semble qu’un abonné MAC paiera plus volontiers pour du contenu qu’un abonné Android.


Il semble aussi que la décision d’abonnement soit influencée par la façon dont on le propose au lecteur. «On augmente le taux de conversion si, par exemple, la proposition est assortie d’une vidéo ou si elle connecte le lecteur à un des journalistes de la publication », souligne Michael Ghattas.


Pelcro profite de deux circonstances favorables.


De plus en plus d’éditeurs affirment leur désir de migrer vers un modèle de revenus d’abonnements. Le plus récent étant le magazine américain Wired.


Et AdBlock, le module d’extension qui permet de bloquer les publicités intrusives sur le web, connaît une popularité grandissante. «Entre 20% à 30% des lecteurs ont installé AdBlock. C’est d’abord à eux que nous suggérons aux éditeurs de proposer des abonnements», dit Michael Ghattas.


Pelcro teste son produit chez certains éditeurs locaux, ainsi que chez des éditeurs britanniques. L’équipe prévoit procéder à un autre ronde de financement à l’été 2018.


Qui sait, Front Row Ventures vient peut-être de financer la jeune pousse qui va sauver l’industrie pour laquelle je travaille. Et, du même coup, mon emploi et celui de mes collègues :-)


 


 


 

À propos de ce blogue

Diane Bérard est chroniqueur et journaliste de solutions pour la marque Les Affaires. Elle contribue à l’édition papier, au contenu web et à l’animation des événements. Elle pratique le journalisme de solutions qui consiste à présenter, avec un regard critique, des initiatives qui tentent de résoudre des problèmes sociétaux. Ses champs d’intérêt sont le nouveau capitalisme, l’innovation sociale, l’éthique, la gouvernance et la finance socialement responsable. Elle est régulièrement invitée à commenter ces enjeux dans les médias. Elle a coécrit quatre best-sellers (Deux filles le mercredi soir, Les fous du roi, J’ai perdu ma montre au fond du lac, La chaise rouge devant le fleuve). Son blogue, «Le fil de Diane» aide le lecteur à trouver le chemin vers une économie à impact sociétal positif.

Diane Bérard

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