C2 Montréal: des problèmes de diversité? Louez une minorité!

Publié le 23/05/2018 à 08:05

C2 Montréal: des problèmes de diversité? Louez une minorité!

Publié le 23/05/2018 à 08:05

Arwa Mahdawi, consultante, auteure du site rentaminority.com et conférencière à C2 Montréal

C’est la panique, au bureau. Vous venez d’allumer, le projet que vous vous apprêtez à présenter au gouvernement pour répondre à un appel d'offre sera réalisé par une équipe qui ne contient aucune femme-lesbienne-hispanique-transgenre? Pas de problème, appelez rentaminority.com à la rescousse!


On résout vos problèmes de diversité en un clic. C’est la promesse de ce site web.


On vous propose, entre autres, des employés «ethniquement ambigus», des musulmanes souriantes et des hommes noirs intellectuels…


Un onglet permet de «Louer une minorité » et un autre de «Joindre la banque de minorités» (Sign up as a minority).


La section, «Racontez votre histoire» affiche des témoignages qui nous apprennent que :


-Si vous êtes noir, on conclut que vous êtes doué pour les sports;


-Si vous êtes asiatique, vous devez travailler dans un salon qui offre des manucures;


-Si vous êtes musulman, vous êtes membre de l’État islamique…


Vous l’aurez compris, ce site est une blague (sauf la section témoignages qui est authentique).


Son auteure, Arwa Mahdawi affirme qu’elle affiche la combinaison parfaite pour lancer ce site. Elle parle de ce qu’elle connaît… « I am brown, gay and female!». La jeune femme poursuit, « Ça fait 34 ans, que je suis LA personne non blanche, non masculine, non hétérosexuelle de la salle.»


Je vous propose cette vidéo TedX où Arwa Maddawi présente la viision derrière cette idée étonnante.



Ce site a été lancé en 2016 et il est toujours actif. «Je reçois encore des demandes d’entreprises qui ne réalisent pas que c’est une blague. J’ai aussi reçu des offres de candidats désirant joindre ma banque de minorités à louer», confie Arwa qui sera conférencière à C2 aujourd’hui (23 mai) à 13h15 pour la session «Capital impartial».


Au moment du lancement du site, elle travaillait pour une agence de publicité. L'intention était de dénoncer, par l’humour, le manque de diversité dans le secteur de la technologie et dans celui des médias. «Notre site ne fait que reproduire le comportement de la plupart des employeurs, dit la trentenaire. Pour eux, la diversité se résume à des cases que l’on coche pour se donner bonne conscience. C’est politique alors que ce devrait être stratégique.»


Rentaminority.com a-t-il changé quelque chose?


«Pas vraiment, et c’est très déprimant. En fait, je crois qu’on en parle trop. Trop de mots, trop d’idées, trop de discussions autour des valeurs. Ce serait plus utile d’analyser froidement les systèmes de recrutement et de promotions pour les améliorer. Ainsi, les entreprises pourraient instaurer une véritable méritocratie.» Elle poursuit, «À force de parler de diversité, on a créé une mentalité de «Eux contre nous».»


Existe-t-il de vraies solutions à la diversité?


1- Le parrainage. «C’est très différent du mentorat, insiste Arwa Mahdawi. Le mentor est passif. Le parrain, lui, prend le dossier du candidat et le place sur le bureau des gens influents. Il mousse sa candidature. Il devient son avocat. Pourquoi? Parce que le parrain se sent bien. Il en tire une bonne image de lui-même.»


2- L’expérimentation. «Vous ne pouvez pas croire aux vertus de la diversité si vous n’avez jamais côtoyé de collègues différents de vous. La première étape pour favoriser la diversité consiste à la créer.»


3- Enlever le plus de biais possible du processus de recrutement. Une piste évoquée par Arwa, l’outil d’entrevue vidéo Hire Vue, qui permet d’analyste un candidat autrement qu’à travers le filtre humain. Évidemment, l’intelligence artificielle n’est pas exempte de biais.



Que penser des formations à la diversité?


«Ça dépend. Cibler des individus identifiés comme racistes ou sexistes et les forcer à suivre une formation n’est certainement pas une bonne idée.»


Le mot de la fin


«La diversité en entreprise, c’est comme la transformation numérique. Les deux sont des décisions d’affaires liées à des enjeux stratégiques contemporains. Regardez la démographie. Votre clientèle a changé. Vous vous bercez d’illusions si vous pensez continuer à bien la servir sans adapter votre main-d’œuvre pour qu’elle lui ressemble.»

À propos de ce blogue

Diane Bérard est chroniqueur et journaliste de solutions pour la marque Les Affaires. Elle contribue à l’édition papier, au contenu web et à l’animation des événements. Elle pratique le journalisme de solutions qui consiste à présenter, avec un regard critique, des initiatives qui tentent de résoudre des problèmes sociétaux. Ses champs d’intérêt sont le nouveau capitalisme, l’innovation sociale, l’éthique, la gouvernance et la finance socialement responsable. Elle est régulièrement invitée à commenter ces enjeux dans les médias. Elle a coécrit quatre best-sellers (Deux filles le mercredi soir, Les fous du roi, J’ai perdu ma montre au fond du lac, La chaise rouge devant le fleuve). Son blogue, «Le fil de Diane» aide le lecteur à trouver le chemin vers une économie à impact sociétal positif.

Diane Bérard

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