C2 Montréal: comment j'ai découvert que je suis une protopiste

Publié le 23/05/2019 à 11:00

C2 Montréal: comment j'ai découvert que je suis une protopiste

Publié le 23/05/2019 à 11:00

Une installation du desginer nééerlandais Daan Roosegaarde, qui m'a fait découvrir la protopie.(Photo: C2 Montréal)

Vous a-t-on déjà traité d’utopiste? Si oui, lisez ce billet. Il vous fera le plus grand bien.

Hier matin, vers 10H20, sur la scène le Forum Solotech, lors de l’événement C2 Montréal, le conférencier Daan Roosegaarde s’est adressé à tous ceux que l’on a étiquetés «utopistes». Roosegaarde est un designer néerlandais. Pour connaître ses réalisations, je vous suggère cet article de mon collègue Olivier Schmouker.

Les projets de Daan Roosegaarde éblouissent. Il joue beaucoup avec la lumière, entre autres, pour susciter des émotions.

Moi, c’est sa philosophie de la vie, et du travail, qui m’ont interpellée. Et que je souhaite partager avec vous.

Ceux qui me lisent régulièrement savent que je pratique le journalisme de solutions. C’est une approche développée par le Canadien David Borenstein. Il l’a implanté dans plus d’une cinquantaine de salles de presse aux États-Unis. En France, Spark News, entre autres, l’applique. Le journaliste de solutions présente de façon objective les solutions que les organisations apportent aux enjeux sociaux et environnementaux. Ce compte-rendu fait état des succès et des limites de ces solutions. Il explore aussi leur potentiel de massification.

Le journalisme joue traditionnellement un rôle de «chien de garde». Ce rôle est essentiel. Mais, certains, comme moi, ne s’y retrouvent pas. Ou ne s’y retrouvent plus. Le journaliste de solutions, quant à lui, est plutôt un « chien guide ». Il montre une autre voie aux lecteurs.

Par moments, cette autre voie peut sembler une utopie. L’utopiste recherche la perfection. Il entretient une vision idéale du monde qui tient plus de la chimère que d’un futur possible. Et si, parmi les utopistes se cachaient des « protopistes » qui s’ignorent?

«Je ne prône pas l’utopie, dit Daan Roosengaarde. Je prône la protopie. » Le mot « protopie » n’existe pas. C’est une traduction libre de ma part, inspirée du terme « protopia ».

On doit le terme « protopia » au futurologue Kevin Kelly. Voici comment il traduit cette façon d’appréhender la vie et le monde :

«I think our destination is neither utopia nor dystopia nor status quo, but protopia. Protopia is a state that is better than today than yesterday, although it might be only a little better. Protopia is much much harder to visualize. Because a protopia contains as many new problems as new benefits, this complex interaction of working and broken is very hard to predict. Today we’ve become so aware of the downsides of innovations, and so disappointed with the promises of past utopias, that we now find it hard to believe even in protopia — that tomorrow will be better than today. We find it very difficult to imagine any kind of future we would want to live in. Name a single science fiction future that is both plausible and desirable?»

Le protopiste (un autre terme que j’ai inventé, faute d’avoir trouvé une traduction) croit que demain peut être meilleur. Pas parfait, juste meilleur. Et il vise, et cherche, de petits changements. Le protopiste croit qu’on peut essayer, se tromper, recommencer parce qu’on a fait fausse route.

Je suis une protopiste. Je crois que demain peut être meilleur.

J’en ai eu la preuve encore ce matin. Les Affaires a organisé un événement à C2 sur le thème : « Occuper l’espace: urbanisme transitoire et éphémère». Six panélistes sont venus nous raconter comment ils dessinent l’avenir. Des designers d’espaces transitoires (Le Comité, Pépinière), un valorisateur d’espaces vacants (Entremise), les DG de l’Association des marchés publics du Québec et deux promoteurs immobiliers (Groupe Mach et Prével), nous ont confié comment ils s’apprivoisent pour, ensemble, rendre nos quartiers plus accueillants, plus vivants, plus pérennes. «Créer des projets générateurs de richesse et de bonheur», comme l’a résumé Julie Cailliau, la rédactrice en chef et éditrice adjointe de Les Affaires.

Ce matin, les participants du petit déjeuner Les Affaires ont entrevu une «protopie ».

Je compte bien vous en présenter de nombreuses autres dans ce blogue et dans les pages de Les Affaires.

À propos de ce blogue

Diane Bérard est chroniqueur et journaliste de solutions pour la marque Les Affaires. Elle contribue à l’édition papier, au contenu web et à l’animation des événements. Elle pratique le journalisme de solutions qui consiste à présenter, avec un regard critique, des initiatives qui tentent de résoudre des problèmes sociétaux. Ses champs d’intérêt sont le nouveau capitalisme, l’innovation sociale, l’éthique, la gouvernance et la finance socialement responsable. Elle est régulièrement invitée à commenter ces enjeux dans les médias. Elle a coécrit quatre best-sellers (Deux filles le mercredi soir, Les fous du roi, J’ai perdu ma montre au fond du lac, La chaise rouge devant le fleuve). Son blogue, «Le fil de Diane» aide le lecteur à trouver le chemin vers une économie à impact sociétal positif.

Diane Bérard

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