Avez-vous visité un sous-sol d'église récemment?

Publié le 03/11/2017 à 16:25

Avez-vous visité un sous-sol d'église récemment?

Publié le 03/11/2017 à 16:25

Une création signée Des enfantillages, l'entreprise des artisans entrepreneurs Geneviève Lugaz et Christophe Laforge

Geneviève Lugaz et Christian Laforge se préparent à la folie des Fêtes. Ils engrangeront la moitié de leurs ventes annuelles au cours des deux prochains mois. Leur entreprise, Des enfantillages, fabrique des jouets à la main. Ceux-ci sont vendus chez une cinquantaine de détaillants et en ligne, sur leur site et sur Etsy.

Etsy c’est LA plateforme du «fait à la main». Elle attire 29 millions d’acheteurs à travers le monde. Ces consommateurs sont en quête d’authenticité et d’unicité. Et ils se laissent souvent séduire par l’histoire et le parcours du créateur ou de la créatrice de l’objet qu’ils achètent.

Esty tient aussi des foires, comme les boutiques en ligne qui investissent aussi dans un magasin pour se rapprocher de leur clientèle.

Je suis une habituée des foires d’artisans. Je fréquente celles des sous-sols d’églises autant que celles organisées par Etsy. Les artisans me fascinent. Ils constituent une face cachée de l’économie. Et leur contribution reste méconnue et mal comprise.

Portrait des entrepreneurs artisans Etsy

Etsy Canada vient de publier un portrait de celles et ceux qui vendent sur son site et de leurs aspirations. Voici quelques statistiques.

Plus des trois quarts (87%) des artisans Etsy sont des femmes. Ce qui diffère des proportions retrouvées dans l’entrepreneuriat classique. Au Canada, un peu plus 1/10 (16%) des propriétaires de PME sont des femmes.

Près de la moitié (48%) des artisans Etsy ont moins de 40 ans. Cette proportion n’est que de 15% dans l’entrepreneuriat classique.

Près du quart (23%) d’entre eux vivent dans une communauté rurale.

Plus des trois- uarts (77%) considèrent leur activité d’artisanat comme une entreprise et non un passe-temps.

Plus du tiers (39%) ont pour seule activité économique la vente de leurs créations. Les autres artisans ont d’autres sources de revenus.

Le parcours de Geneviève et Christian, fondateurs de Des enfantillages

Geneviève Lugaz et Christian Laforge sont entrepreneurs à temps plein depuis 10 ans déjà. D’abord, ils furent designers graphiques. Devenus parents, ils se sont mis à fabriquer des jouets, pour leurs enfants, pour le plaisir. Une première exposition, toujours pour le plaisir, crée une frénésie sur les réseaux sociaux… et des appels de détaillants.

Entre 2014 et 2015, Geneviève et Christian réalisent de moins en moins de contrats de graphisme, et de plus en plus de jouets. Aujourd’hui, ils ne fabriquent que des jouets.

Ils ont un réseau de fournisseurs pour leurs matériaux: du bois, du textile et du fil. La fabrication, entièrement faite à la main, est sous-traitée. Une partie est confiée à l’atelier Petites-Mains, qui embauche des personnes en difficulté, surtout des femmes immigrantes, monoparentales et sans emploi. Petites-Mains brise leur isolement et leur enseigne un métier.

L'impact de Geneviève et Christian sur leurs partenaires

Des enfantillages confie aussi des contrats de fabrication à des gens qui se trouvent entre deux emplois ou qui cherchent un revenu d’appoint. «Nos besoins sont variables et n’exigent pas encore des postes à temps plein, explique Geneviève. Nous avons donc créé un réseau qui inclue des gens qui ont de la difficulté à se replacer suite à une perte d’emploi, de jeunes pigistes et de retraités... volontaires ou forcés.»

Outre son impact sur l’achat local et sur plusieurs catégories de travailleurs mal servis par le marché du travail traditionnel, l’entreprise de Geneviève et Christian contribue à la sensibilisation à la consommation responsable. «Nos jouets sont conçus pour survivre à plus d’un enfant, explique Geneviève. Ils peuvent aussi «grandir» avec l’enfant en s’adaptant. Nous expliquons tout ça aux visiteurs qui s’arrêtent à notre kiosque lors des foires.»

Geneviève et Christian se trouvent à une croisée des chemins. Ils doivent reprendre le contrôle de leur distribution pour s’assurer un revenu raisonnable et garantir la pérennité de leur entreprise. «Lorsque les détaillants ont commencé à nous appeler, on s’est laissé porter, explique l’entrepreneure. Aujourd’hui, on sait ce que l’on veut: des ventes directes qui nous assurent de meilleures marges.» Elle poursuit, «Nous ne voulons pas être beaucoup plus gros, nous voulons être plus profitables, c’est très différent. Nous voulons aussi accroître notre notoriété et notre visibilité pour gagner une crédibilité auprès des consommateurs et que notre discours sur la consommation responsable porte davantage.»

Voilà, vous en savez un peu plus sur ce qui anime une certaine catégorie d’entrepreneurs artisans et comment ils contribuent à l'économie. Sachez aussi que cette communauté est aussi variée que la communauté d’entrepreneurs traditionnels. «Etsy abrite des artisans aux aspirations très variées, souligne Erin Green, directrice générale d’Etsy Canada. Cela va de l’amateur qui écoule d quelques pièces à celui qui vend à de gros réseaux de distribution. Notre plateforme a appris à accompagner tout le spectre.»

C’est le meilleur temps de l’année pour partir à la découverte des artisans, il y a des foires de Noël dans tous les sous-sols d’église!

 

À propos de ce blogue

Diane Bérard est chroniqueur et journaliste de solutions pour la marque Les Affaires. Elle contribue à l’édition papier, au contenu web et à l’animation des événements. Elle pratique le journalisme de solutions qui consiste à présenter, avec un regard critique, des initiatives qui tentent de résoudre des problèmes sociétaux. Ses champs d’intérêt sont le nouveau capitalisme, l’innovation sociale, l’éthique, la gouvernance et la finance socialement responsable. Elle est régulièrement invitée à commenter ces enjeux dans les médias. Elle a coécrit quatre best-sellers (Deux filles le mercredi soir, Les fous du roi, J’ai perdu ma montre au fond du lac, La chaise rouge devant le fleuve). Son blogue, «Le fil de Diane» aide le lecteur à trouver le chemin vers une économie à impact sociétal positif.

Diane Bérard

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