Attention... cette nouvelle dragonne est un cheval de Troie

Publié le 12/12/2018 à 11:11

Attention... cette nouvelle dragonne est un cheval de Troie

Publié le 12/12/2018 à 11:11

Marie-Josée Richer, cofondatrice de Prana et nouvelle dragonne. (Photo: courtoisie)

«Comme bien des entrepreneurs, j’ai vécu mes premières années en mode survie. Mais je travaillais à quelque chose de plus grand que moi. J’avais une mission. Je voulais changer le monde à travers la nourriture. Je voulais démocratiser l’agriculture biologique parce que c’est un système qui a du sens. Il va nous permettre de nous nourrir encore dans 300 ans, au lieu d’extirper toutes les ressources de la terre. La nourriture a aussi une signification sociale, c’est rassembleur.» Marie-Josée Richer, cofondatrice de Prana et nouvelle juge à l’émission «Dans l’œil du dragon»


Vous avez certainement vu passer la nouvelle: au printemps 2019, il y aura trois nouveaux juges à l’émission «Dans l’œil du dragon». Il s’agit Nicolas Duvernois (Pur Vodka), Isabèle Chevalier (Bio-K + International) et Marie-Josée Richer (Prana).


On en a surtout parlé pour évoquer le rajeunissement des juges. Une sorte de changement de la garde.


Marie-Josée Richer: membre de deux communautés visibles et une communauté invisible


Il y a plus. Une des nouvelles juges est un cheval de Troie. Marie-Josée Richer appartient à deux communautés visibles: c’est une jeune femme entrepreneure. Mais elle appartient aussi à une communauté invisible: c’est une entrepreneure sociale. Cela signifie que cette trentenaire prend toutes ses décisions en accordant autant d’importance aux critères sociaux et environnementaux qu’aux critères financiers. La profitabilité, l’impact sur l’environnement et la responsabilité sociale, aucun des trois domine les autres. Cela débute par l’approvisionnement et se termine par le traitement des employés, ceux de Prana et ceux de ses fournisseurs.


Je qualifie l'entrepreneur social de minorité «invisible», car il ne se reconnaît pas à l'oeil nu. Il adopte des apparences et des structures légales diverses. C'est lorsqu'il s'anime qu'on l'identifie. Dans les conférences et autres événements publics, c'est lui qui pose les questions du champ gauche. Un entrepreneur ne demande pas «Quand?» ni «Combien?», mais plutôt «Pourquoi?» et «Comment?».


Prana est une B Corp


Prana commercialise des collations biologiques, vendues dans des milliers de points de vente au Canada et aux États-Unis.


L’entreprise est certifiée B Corp. Accordée par l’OBNL américain B Lab, cette certification reconnaît officiellement qu’une organisation gère en fonction du triple rendement : les gens, la planète et le profit (people, planet, profit). Pour recevoir ce sceau, il faut se soumettre à un questionnaire minutieux qui examine autant la gouvernance de l’organisation que son empreinte environnementale et les avantages sociaux accordés au personnel. Cette certification est renouvelée chaque trois ans. Pour la conserver, il faut obtenir un score supérieur à celui de l’édition précédente.


On compte 2655 B Corp dans 60 pays. Elles couvrent 150 industries. Au Québec, elles sont quelques dizaines dans des secteurs aussi variés que la communication (Canidé, Republik), la technologie (Optel), l’immobilier (Quo Vadis), la consultation (Credo), le manufacturier (Baleco, Danone), la finance (BDC) et la fabrication d’objets promotionnels (Kotmo).


La mission de Prana


J’ignore jusqu’à quel point l’équipe des dragons a considéré la nature B Corp de Prana «stratégique» pour inclure Marie-Josée Richer dans son panel. Car, Prana est d’abord une marque connue des consommateurs et une entreprise solide. Mais, j’ai interviewé cette entrepreneure à plusieurs reprises -pour des articles et lors de conférences - et je parie qu’elle se servira de cette tribune pour faire avancer l’idée qu’une entreprise doit être utile à la communauté en général, et non uniquement à ses propriétaires/actionnaires. Ainsi, elle a déclaré à plusieurs reprises, « Ce n’est pas seulement mon copain et moi (Alon Farber avec qui elle a cofondé l’entreprise) qui allons partager les profits. (…) Les efforts seront redonnés aux employés.» Ceux et celles qui défileront devant la dragonne Marie-Josée Richer doivent s’attendre à se faire questionner sur le sens (purpose) de leur projet. Ne vous méprenez pas, l’entrepreneure sait compter. Mais, ses questions ne s’arrêteront pas qu'à la validation de la pérennité du projet.


Marie-Josée Richer rentre d'un congé sabbatique


Comme je l’ai dit plus haut, j’ignore jusqu’à quel point l’équipe de «Dans l’œil du dragon» a choisi Marie-Josée Richer parce que Prana est une entreprise sociale. Mais je sais que pour l’entrepreneure, cette visibilité, à ce moment-ci de son parcours et de celui de Prana, est stratégique. La dernière fois que j’ai parlé à Marie-Josée, c’était en juin 2017. Après 10 ans en affaires, son mari et elle amorçaient une année sabbatique. Pour respirer… «S’il nous reste trente ans à vivre, allons-nous les passer derrière un ordinateur à ville Saint-Laurent? (…) Nous avons trois enfants, j’ai envie d’arrêter de leur crier de se dépêcher le matin.» Et pour réfléchir à la suite des choses… «Il y a longtemps que je veux prendre le temps de rencontrer mes fournisseurs sur leur terrain, au Burkina Faso, au Viêt Nam, au Pérou. Je veux comprendre leurs enjeux. Ça me permettra d’identifier comment, comme acheteur, je peux vraiment ajouter de la valeur à travers mes activités. Peut-on s’améliorer ensemble? Peut-on conclure des partenariats au lieu de simplement faire des affaires? (…) «Je veux réaliser davantage de projets à caractère social. Mais ça exige du temps. Il faut être à l’écoute pour comprendre les enjeux avant de prétendre avoir trouvé une solution.»


LA question à laquelle peuvent s'attendre les entrepreneurs qui défileront devant la dragonne Marie-Josée Richer


Notez surtout cette phrase, «Prana a atteint un niveau où des gestionnaires professionnels peuvent ajouter plus de valeur au quotidien que les fondateurs. Notre contribution est ailleurs.»


Cet «ailleurs», ce sera donc, entre autres, dans une émission-culte écoutée par des milliers de Québécois qui s’y forgent une idée du monde des affaires en émergence. Cela me semble l’endroit parfait pour réfléchir à la question  «À quoi sert une entreprise? ».

À propos de ce blogue

Diane Bérard est chroniqueur et journaliste de solutions pour la marque Les Affaires. Elle contribue à l’édition papier, au contenu web et à l’animation des événements. Elle pratique le journalisme de solutions qui consiste à présenter, avec un regard critique, des initiatives qui tentent de résoudre des problèmes sociétaux. Ses champs d’intérêt sont le nouveau capitalisme, l’innovation sociale, l’éthique, la gouvernance et la finance socialement responsable. Elle est régulièrement invitée à commenter ces enjeux dans les médias. Elle a coécrit quatre best-sellers (Deux filles le mercredi soir, Les fous du roi, J’ai perdu ma montre au fond du lac, La chaise rouge devant le fleuve). Son blogue, «Le fil de Diane» aide le lecteur à trouver le chemin vers une économie à impact sociétal positif.

Diane Bérard

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