2016, l'année où l'entrepreneuriat social se diversifie

Publié le 05/01/2016 à 10:53

2016, l'année où l'entrepreneuriat social se diversifie

Publié le 05/01/2016 à 10:53

Paul Duan, 23 ans, geek et cofondateur de l'entreprise sociale Bayes Impact.

À quoi ressemble un entrepreneur social? Je crois qu’on pourra de moins en moins répondre à cette question avec précision.

L’entrepreneuriat social - qui consiste à utiliser une approche entrepreneuriale (market solution) pour s’attaquer un problème social ou environnemental - attire des candidats de plus en plus hétérogènes. Et c’est bien ainsi. Plus les candidats seront disparates, plus variés seront les problèmes auxquels ils s’attaqueront et les solutions qu’ils imagineront. On note, entre autres, une présence croissante de candidats issus du secteur de la technologie, d’où l’expression «Tech for good».

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Tant que les entrepreneurs sociaux proviendront du même moule, une foule de problèmes sociaux et environnementaux seront laissés pour compte. On se contentera des problèmes «classiques».

Je sais bien que les problèmes sociaux et environnementaux classiques sont loin d’être réglés. Mais je constate aussi que la multiplication d’initiatives sociales et environnementales parallèles ne donne pas nécessairement des résultats optimaux. Parfois, il est préférable d’amplifier ce qui fonctionne que de multiplier les initiatives. Certains secteurs de l’entrepreneuriat social commencent à être surpeuplés. Il faut élargir les champs d’intervention.

Pour saisir à quel point l’entrepreneuriat social devient pluriel, décortiquons le classement «Top 30 under 30» des entrepreneurs sociaux, selon Forbes.

Le Top 30 under 30 des entrepreneurs sociaux de Forbes

-19 femmes et 23 hommes (plusieurs entreprises comptent plusieurs fondateurs, ce qui explique le chiffre supérieur à 30)

Secteurs

Éducation : 6 entreprises. Notons la présence d’une entreprise (Tembo Education) qui intervient au niveau pré scolaire. Les enfants issus de milieux défavorisés débutent souvent l’école avec un retard par rapport à ceux provenant de milieux mieux nantis. Cet écart peut devenir un handicap tout au long de la scolarité. L’éducation pré scolaire contribue à le réduire.

Droits humains (pauvreté, habitat, installations sanitaires) : 5 entreprises

Santé : 4 entreprises. Notons la présence d’une plateforme infonuagique (Reliefwatch) qui suit et gère les inventaires de médicaments des pharmacies et des cliniques. Des textos sont envoyés aux fournisseurs lorsqu’il est temps d’expédier de nouveaux produits pour éviter les pénuries.

Commerce : 4 entreprises. Notons la présence d'une plateforme de commerce (Nisolo) qui, en plus d'offrir aux artisans un salaire équitable, leur offre des cours d'anglais, pour accroître leur potentiel entrepreneurial.

Emploi : 4 entreprises. Notons la présence d’une entreprise (Found in Translation) qui se concentre sur les femmes multilingues à faible revenu ou sans-abris. On s’appuie sur l’expertise que ces femmes possèdent déjà pour leur enseigner le métier d’interprètes médicales.

Alimentation : 3 entreprises

Immigration : 1 entreprise

Finances personnelles : 1 entreprise

Bases de données: 1 entreprise

Service aux entreprises, informatique : 1 entreprise

-50% des entreprises ont un modèle d’affaires qui repose entièrement sur la technologie.

Des initiatives créatives

-Sweet Bites : une gomme qui combat la carie

-Vendedy : une plateforme qui permet aux touristes d’identifier les artisans locaux

-StreetCred : un service de type guichet unique permettant aux familles à faible revenu de bénéficier de tous les crédits d’impôts auxquels elles ont droit

-Bayes Impact : un service d’analyse de données qui permet d’attaquer des problèmes sociaux jusque là impossibles à gérer, faute d’information pertinente. Bayes Impact veut conseiller à la fois les grands organismes du monde, mais aussi les gouvernements, à résoudre leurs problèmes les plus critiques - comme le chômage- à l’aide d’algorithmes.

-Lucky Iron  Fish : un petit poisson en fer que l’on ajoute aux plats lors de la cuisson et qui permet d’absorber jusqu’à 75% de l’apport requis en fer pour être en bonne santé

-Tembo : la formation pré scolaire rendue accessible aux parents via des textos, des quizz, des applications et des visites de soutien à domicile

-Scholly : une application et une plateforme qui permettent aux étudiants éligibles à des bourses de les trouver facilement et de pouvoir ainsi poursuivre leurs études.

Des diplômés de McGill dans le Top 30 under 30

La société Aspire, fondée en 2012 par 5 diplômés de McGill, apparaît au classement de Forbes. Aspire, qui a remporté le prestigieux prix Hult en entrepreneuriat social, se spécialise en agriculture et en alimentation. Son produit, des aliments hautement protéinés à base d’insectes, permet à des agriculteurs de gagner leur vie décemment et à des citoyens du Mexique, du Ghana et des États-Unis de ne plus vivre dans l’insécurité alimentaire. J’ai eu le plaisir d’assister à une conférence d’un des fondateurs, Mohammed Ashour. Il a raconté avec honnêteté et sans complaisance son parcours et celui de son équipe. La route n’a pas été facile, malgré la reconnaissance et la notoriété dont bénéficie Aspire. Ces entrepreneurs méritent leur place dans ce classement.

Je terminerai en citant mes deux définitions préférées de l’entrepreneuriat social :

« Les entrepreneurs sociaux ne se satisfont pas de donner des poissons ou de montrer à pêcher. Ils n’auront de répit que le jour où ils auront révolutionné l’industrie de la pêche. » Bill Drayton, fondateur d’Ashoka

« Les entrepreneurs sociaux sont avant tout motivés par l’intérêt général. Le profit est pour eux un moyen, non une fin en soi. Ils cherchent à concilier initiative privée et solidarité, esprit d’entreprise et volonté de rendre l’économie plus humaine, rentabilité et partage des richesses. » Mouvement des entrepreneurs sociaux (MOUVES)

À propos de ce blogue

Diane Bérard est chroniqueur et journaliste de solutions pour la marque Les Affaires. Elle contribue à l’édition papier, au contenu web et à l’animation des événements. Elle pratique le journalisme de solutions qui consiste à présenter, avec un regard critique, des initiatives qui tentent de résoudre des problèmes sociétaux. Ses champs d’intérêt sont le nouveau capitalisme, l’innovation sociale, l’éthique, la gouvernance et la finance socialement responsable. Elle est régulièrement invitée à commenter ces enjeux dans les médias. Elle a coécrit quatre best-sellers (Deux filles le mercredi soir, Les fous du roi, J’ai perdu ma montre au fond du lac, La chaise rouge devant le fleuve). Son blogue, «Le fil de Diane» aide le lecteur à trouver le chemin vers une économie à impact sociétal positif.

Diane Bérard

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