Les révolutions industrielles s'accélèrent très rapidement

Publié le 29/03/2024 à 17:00

Les révolutions industrielles s'accélèrent très rapidement

Publié le 29/03/2024 à 17:00

L’accélération des progrès technologiques fait en sorte qu’il est sans doute plus facile d’être aujourd’hui déclassé par un compétiteur que dans les années 1950, par exemple. (Photo: 123RF)

ANALYSE ÉCONOMIQUE. Les chefs d’entreprise manufacturière ont raison de croire que les progrès technologiques sont de plus en plus rapides et difficiles à suivre. Depuis la révolution industrielle à la fin du 18e siècle, les écarts entre les bonds évolutifs sont passés d’un siècle, à des décennies pour atteindre une dizaine d’années aujourd’hui.

Depuis près de 250 ans, l’humanité a connu en fait cinq révolutions industrielles, selon la littérature économique. Les deux premières ont débuté en Occident, pour s’étendre ensuite à d’autres régions du monde, comme au Japon, à la fin du 19e siècle.

Or, les trois dernières révolutions industrielles ont eu lieu en l’espace de 50 ans, et ce, aux quatre coins de la planète.

Vous avez donc raison de trouver que ça va vite, très vite même.

Un survol historique s’impose donc pour se donner une perspective à long terme afin de mieux comprendre cette évolution, notamment à partir d’analyses de la Banque de développement du Canada (BDC) et de l’Union européenne.

Vers 1780 — INDUSTRIE 1.0 (mécanisation): la première révolution industrielle débute vers 1780 au Royaume-Uni, soit quelques années avant la Révolution française de 1789. On assiste alors à la mécanisation de la production. À l’époque, les premières manufactures du pays produisent des biens avec des machines qui fonctionnent à l’eau et à la vapeur. Jusqu’aux années 1830, l’économie britannique est le berceau de plusieurs innovations techniques dans le textile et la transformation des métaux, sans parler de l’invention de la locomotive et du développement du chemin de fer.

Vers 1870 — INDUSTRIE 2.0 (électrification): il faut attendre près d’un siècle avant qu’une deuxième révolution ne transforme l’industrie, vers 1870. Nous sommes alors quelques années seulement après la création de la fédération canadienne, en 1867. On commence à électrifier les procédés, donnant naissance à la production de masse grâce aux chaînes de montage. Cette révolution donne le ton au 20e siècle avec l’apparition du fordisme, aux États-Unis. Outre la production de masse, ce système repose sur des salaires qui permettent de stimuler la consommation.

Vers 1970 — INDUSTRIE 3.0 (automatisation): un autre siècle s’écoule avant que se manifeste une troisième révolution industrielle, soit l’automatisation, aux tournants des années 1970, en pleine guerre du Vietnam. Grâce à l’électronique et à l’informatique, les industries automatisent graduellement leurs procédés de production. On assiste aussi à l’apparition de robots de plus en plus sophistiqués dans les usines. Plusieurs entreprises manufacturières embrassent encore aujourd’hui l’industrie 3.0 pour accroître leur productivité et réduire leurs besoins en main-d’œuvre dans un contexte de pénurie.

 

Grâce à l’électronique et à l’informatique, les industries automatisent graduellement leurs procédés de production. (Photo: 123rf)

Vers 2010 — INDUSTRIE 4.0 (numérisation): la quatrième révolution industrielle survient 40 ans à peine après la précédente, soit vers 2010, en Allemagne. Le moteur de cette transformation est la numérisation des procédés de production, avec l’introduction des technologies numériques, incluant l’intelligence artificielle, qui en est alors à ses premiers pas. Pour être 4.0, une usine doit être avant tout interconnectée. Cela signifie que les machines se parlent entre elles et s’ajustent en temps réel à l’offre et à la demande. La plus grande usine au monde de Volkswagen, à Wolfbourg, en Allemagne, figure parmi les leaders mondiaux du manufacturier 4.0.

Vers 2020 — INDUSTRIE 5.0 (optimisation): la cinquième révolution industrielle a débuté pour sa part il y a quelques années à peine. Elle consiste à accélérer une transition vers une industrie durable, centrée sur l’humain et résiliente. Cette révolution s'inscrit aussi dans la lutte aux changements climatiques. Plusieurs analystes y voient une industrie 4.0, mais optimisée pour considérer davantage l’humain et l’environnement. Des pays comme les États-Unis et le Japon ont réfléchi plus ou moins en même temps à ce sujet. En revanche, c’est vraiment l’Union européenne qui a codifié l’industrie 5.0. Dans un rapport publié en 2021, elle souligne que cette révolution «complète et étend l’industrie 4.0».

 

Quelle révolution pour votre entreprise?

Où se trouve votre entreprise sur l’échelle temporelle des révolutions industrielles?

Au Québec, une part importante des entreprises manufacturières ont automatisé leur processus de production, ou sont sur le point de le faire.

En revanche, une petite minorité d’entre elles sont 4.0 ou essaient de numériser leurs procédés de production.

Quant aux entreprises 5.0, elles sont très peu nombreuses au Canada, si l’on se fie à un article publié en octobre dans le Globe and Mail.

«D’autres régions du monde ont déjà adopté l’idée de cette nouvelle “industrie 5.0”, et il semblerait qu’il soit temps pour le Canada de faire de même», soulignait le quotidien torontois.

Le rythme des révolutions industrielles s’est tellement accéléré depuis les années 1970 qu’on voit mal comment les entreprises manufacturières pourraient toutes être au même niveau technologique.

Plusieurs facteurs structurels peuvent aussi expliquer cette différence, dont le type de concurrence dans un secteur, la disponibilité de la main-d’œuvre ou le niveau de maturité d’un marché.

Cela dit, l’accélération des progrès technologiques fait en sorte qu’il est sans doute plus facile d’être aujourd’hui déclassé par un compétiteur que dans les années 1950, par exemple.

Aussi, même si les chefs d’entreprise manufacturière trouvent que tout change très vite, ils ont intérêt à ne pas regarder passer la parade.

 

À propos de ce blogue

Dans son analyse bimensuelle Dans la mire, François Normand traite des enjeux auxquels font face les entrepreneurs aux quatre coins du Canada, et ce, de la productivité à la pénurie de la main-d’œuvre en passant par la 4e révolution industrielle ainsi que la gestion de l’énergie et des ressources naturelles. Journaliste à «Les Affaires» depuis 2000 (il était au «Devoir» auparavant), François est spécialisé en ressources naturelles, en énergie, en commerce international et dans le manufacturier 4.0. François est historien de formation, en plus de détenir un certificat en journalisme de l’Université Laval. Il a réussi le Cours sur le commerce des valeurs mobilières au Canada (CCVM) de l’Institut canadien des valeurs mobilières, et il a fait des études de 2e cycle en gestion des risques financiers à l’Université de Sherbrooke durant 15 mois. Il détient aussi un MBA de l'Université de Sherbrooke.

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