Sociofinancement : au-delà des fonds


Édition du 17 Octobre 2015

Sociofinancement : au-delà des fonds


Édition du 17 Octobre 2015

Quand on caresse le projet de fonder une entreprise, on ne se rend pas toujours compte de l'ampleur des efforts qu'il nous faudra investir. La route est souvent longue et pavée de surprises. Il faut croire fermement en nos moyens pour rallier les autres, mais aussi pour trouver le courage de surmonter les épreuves.

Pour l'avoir vécu personnellement, je sais que le financement est un véritable parcours du combattant. Le défi est encore plus grand pour les jeunes recrues, sans parler des gens issus de quartiers sensibles qui ne bénéficient pas toujours des bons réseaux.

Chaque jour, en tant que mentore, je constate ce manque criant de ressources. Au-delà de l'argent, ce n'est pas tous les entrepreneurs qui ont la chance de pouvoir compter sur un guide qui saura les épauler dans l'élaboration de leur plan d'affaires ou de leur étude de marché. Comment peut-on reconnaître les failles de notre projet quand on a le nez collé au mur ?

La revanche des petits

Il existe heureusement de bonnes nouvelles. Depuis quelque temps, le sociofinancement permet aux créateurs d'entreprise de récolter des fonds en utilisant la force de leur réseau comme levier.

Le concept n'est pas nouveau : solliciter un appui financier auprès d'un maximum de personnes afin de concrétiser un projet. La portée actuelle est toutefois sans précédent. Alors que les plateformes numériques se multiplient, le terrain de jeu dépasse largement l'entourage immédiat. La solution est particulièrement intéressante pour les projets locaux, mais je pense aussi aux initiatives culturelles, sportives et technologiques qui obtiennent rarement la bénédiction des banques. En contrepartie des investissements consentis, les entrepreneurs offrent des avantages aux contributeurs, que ce soit des achats anticipés, des prêts ou des invitations exclusives.

Une arme de séduction massive

Selon moi, la plus grande richesse du sociofinancement se trouve ailleurs que dans les sommes amassées. Peu importe leur taille ou leur secteur d'activité, toutes les entreprises qui atteignent leur objectif partagent quelques points communs. Elles savent éveiller la flamme des investisseurs potentiels. Elles se montrent inspirantes et positives, appuyées par un plan d'action qui ne lésine sur aucun détail. Elles font preuve de transparence en expliquant clairement comment les fonds seront utilisés.

Le sociofinancement permet de valider la pertinence d'un produit ou d'un service avant même sa mise en marché. J'oserais même dire qu'il surclasse l'étude de marché traditionnelle, car il permet de recruter de vrais clients qui partagent notre vision et acceptent de plonger avec nous dans l'aventure. On peut ainsi franchir toutes les étapes du processus de lancement d'entreprise en évaluant la pertinence et l'efficacité de notre approche - stratégie de communication, promotion, service à la clientèle... Quelle belle façon de fourbir nos armes avant de foncer !

Les relations publiques et la publicité dans les médias ne sont plus des passages obligés. Propulsé par les réseaux sociaux, accessible à tous, le sociofinancement offre une visibilité de choix. Alors que les contributeurs en parlent autour d'eux, le projet gagne en notoriété auprès de futurs clients, mais aussi de partenaires potentiels.

En amassant des fonds dans le cadre d'une activité de financement participatif pour investisseurs aux États-Unis, Wafu, une entreprise alimentaire québécoise, a non seulement amassé 150 000 $, mais elle a aussi noué des liens privilégiés avec des partenaires locaux qui pourraient les accompagner dans le développement du marché américain.

Une campagne de sociofinancement réussie passe également par une réflexion quant aux différents scénarios possibles. Que fera-t-on si on atteint la moitié de notre objectif ? Si on le dépasse de 50 000 $ ? Au-delà du démarrage, il faut anticiper la réponse du marché, la croissance de notre entreprise ainsi que l'impact sur nos ressources humaines et financières. A-t-on les reins assez solides ? Est-on vraiment prêt ?

Bublcam, une entreprise canadienne de caméra à 360 degrés, a connu des retards dans la livraison des produits qu'elle avait promis aux contributeurs. L'entreprise aurait pu tout perdre : sa réputation, ses investissements, la confiance de ses premiers clients... Elle a toutefois eu le réflexe de miser sur la transparence. Elle a admis son erreur, en expliquant qu'elle souhaitait d'abord et avant tout respecter sa promesse de livrer un produit de qualité. Plus encore, elle a informé les contributeurs tout au long de ses avancées, afin de maintenir leur intérêt.

Les premiers pas de votre entreprise sont cruciaux. Ils sont la fondation de votre vision entrepreneuriale. Si vous observez les réactions, si vous apprenez de vos erreurs, votre campagne de sociofinancement peut devenir un palier important de votre ascension. La clé ? Faites vos devoirs et préparez-vous. Comme affirme le dicton : «On n'a jamais une deuxième chance de faire une bonne première impression».

Danièle Henkel a fondé son entreprise en 1997, un an après avoir créé et commercialisé le gant Renaissance, distribué partout dans le monde. Mme Henkel a été plusieurs fois récompensée pour ses qualités de visionnaire et son esprit entrepreneurial. Elle est juge dans la téléréalité à caractère entrepreneurial Dans l'oeil du dragon, diffusée à Radio-Canada.

Suivez Danièle Henkel sur Twitter @daniele_henkel