Les fondamentaux, la chimie et le mental

Publié le 09/11/2018 à 06:30

Les fondamentaux, la chimie et le mental

Publié le 09/11/2018 à 06:30

Tenter de coordonner les sujets de chroniques avec le marché boursier, c’est parfois presque aussi périlleux qu’investir en tentant de prédire la direction de la Bourse. On risque de se retrouver dans le champ.


Je pensais la semaine dernière écrire quelque chose chapeauté d’un titre du genre « Sauve qui peut ! » Pas sûr...


C'est comme en investissement. Tenez, il y a quelques semaines, un collègue a largué son conseiller financier qui lui avait recommandé de liquider tous ses placements lors de l'élection de Donald Trump. Son portefeuille est composé en grande partie de liquidités depuis deux ans, deux ans qu’il attend avec son conseiller que tout s’effondre. Deux ans qu’il regarde le train défiler sous ses yeux.


Il s’est tanné. Il a décidé de prendre les choses en mains. Il a assisté à un webinaire sur l’investissement dont le message principal se résume à ce conseil : ne tentez pas le market timing. Puis, il a ouvert un compte chez un courtier à escompte où il a transféré tout son argent. À moins que ce ne soit avant ? Qu’importe. Entre le moment de cette décision et celui où il était prêt à sauter dans le train, la Bourse s’est mise soudainement à hoqueter.


C’est la semaine dernière, je crois, on a annoncé que tous les gains de la Bourse américaine enregistrés depuis le début de l’année s’étaient volatilisés en quelques jours. Le collègue, nerveux mais fébrile, a alors aperçu une lueur. Ce ne pouvait être que sa bonne étoile. Il voyait dans la chute boursière des derniers jours le signe annonciateur d’une correction plus sévère encore. L’heure de la revanche allait sonner.


Le confrère était prêt, le doigt sur le piton. Il suffisait seulement que la Bourse baisse encore un peu pour provoquer un léger mouvement de panique qui lui donnerait l’occasion de cueillir les aubaines. Tel un véritable investisseur contrarian, il serait entré sur le marché avec sang-froid et panache pendant que tous les autres se bousculeraient à la sortie en bradant leurs positions. On est tous comme ça quand on dessine des scénarios dans sa tête. On embellit l’affaire et on oublie les émotions du monde réel. (C’est peut-être moi qui enjolive un peu l’histoire, je ne suis pas dans sa tête... heureusement ! )


Évidemment, la bonne étoile s’est mise à clignoter comme une ampoule sur le point de rendre l’âme. Les actions ont rebondi avant que le collègue n’ait eu le temps d’en acheter. Il se reproche maintenant à voix haute d’avoir «manqué sa fenêtre», comme si elle resterait fermée à jamais. Il ponctue ses plaintes de commentaires pseudo-savants, en déformant volontairement ce qu’il a lu récemment, ce qui ne manque pas d’amuser la galerie.


Voyant chez ses voisins de bureau un public réceptif et hilare, il nous fournit (on lui réclame) depuis quelques jours une analyse quotidienne des marchés boursiers. Ses explications sont loufoques et truffées de tous les clichés, il lui manque seulement le jargon de l’analyse technique. Déjà convaincant dans ses aspects clownesques, le personnage est encore perfectible.


Sa lecture des marchés n’a cependant rien à envier à celle des analystes qui défilent sur les chaînes spécialisées en finances, comme CNBC. Elle ne nous sert pas plus à voir dans l’avenir, mais elle a le mérite d’être claire sur cet objectif. Pendant que la Bourse joue du yo-yo, elle a surtout l’avantage de détendre l’atmosphère plutôt que de nourrir notre anxiété.


On songe d’ailleurs à lancer notre propre chaîne spécialisée.


***


J’ai cru aussi pendant un moment que ça pouvait lâcher. Après bientôt 10 ans de marché haussier, tout le monde dans le milieu du placement s’attend à ce qui se passe quelque chose d’important. Mais quand? Certains disaient il y a six mois qu’il restait deux ans au marché haussier, avant de se raviser il y a 10 jours sous prétexte que le contexte avait changé, bien que les fondamentaux restaient solides.


Ça me fait penser à tous ces commentateurs de sport qui prédisaient au CH un début de saison misérable. Les fondamentaux restent les mêmes que la saison dernière où ils ont terminé dans la cave, mais l’ambiance dans le vestiaire est meilleure. La chimie s’est installée. Le mental fait son œuvre.


Je vais tenter de convaincre le collègue d’assister à quelques matchs de hockey, d’écouter Ron et de lire les chroniques de sport dans le Journal de Montréal.


Alors quand l’équipe se mettra à perdre, il pourra nous détendre de ses fines analyses sur notre nouvelle chaîne hybride où l’on mélangera le sport et la Bourse.


On tient quelque chose.


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À propos de ce blogue

Les finances personnelles, ça consiste à gérer son argent au jour le jour en fonction d’objectifs plus ou moins éloignés. En regardant du bon angle, on constate qu’il s’agit d’un instrument pour réaliser ses ambitions et ses rêves. C’est avec humanité et une pointe d’humour que Daniel Germain compte aborder les finances personnelles dans ce blogue, dont l’objectif est de vous informer et de vous faire réagir. Daniel Germain assume la direction du magazine de finances personnelles Les Affaires Plus depuis 2002 et a développé de vastes connaissances sur le sujet.

Daniel Germain

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