Hausse des frais bancaires: une raison pour changer de banque?

Publié le 05/05/2015 à 11:45

Hausse des frais bancaires: une raison pour changer de banque?

Publié le 05/05/2015 à 11:45

Je vous entends maugréer d’ici: «Les banques et leurs milliards de profits, elles viennent encore d’augmenter leurs frais, gnagnagna…» Je vous comprends, on dirait qu’elles se sont donné le mot cette année.

Depuis hier, les clients de la Banque Nationale(Tor., NA) paient plus cher pour leur forfait bancaire. Le coût pour transférer son REER et son CÉLI vers une autre institution a doublé, passant de 50 à 100 $. Les relevés imprimés expédiés par la poste coûtent désormais 2,50$, un service gratuit auparavant.

À la Banque de Montréal(Tor., BMO), les nouveaux frais sont entrés en vigueur le 1er mai. Là encore, les clients devront payer pour leurs états de compte imprimés, les frais sur les transactions passeront de 1$ à 1,25$ et le coût des forfaits mensuels a été majoré.

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Chez Desjardins, les clients sont relativement épargnés. On a haussé les frais pour la mise à jour des livrets et les folios inactifs, entre autres. La coopérative a plutôt choisi d’élaguer son réseau en région pour engraisser ses coffres.

En matière de hausse de frais, il faut attribuer un prix spécial à la Banque Royale(Tor., RY) pour sa créativité. Une kyrielle de services coûtera plus cher à compter du 1er juin, dont les chèques certifiés, les oppositions au paiement et certains virements internationaux. À compter de cette date, il faudra avoir 65 ans, et non plus 60 ans, pour avoir droit aux rabais pour aînés. C’est flatteur pour les gens concernés, même s’ils devront payer plus cher. Mais l’exploit n’est pas là.

Imaginez, les détenteurs de compte d’épargne (pas de chèque) de la plus grande banque au pays devront payer 2$ sur chaque versement effectué sur leur carte de crédit RBC, sur leur hypothèque RBC et sur les remboursements sur les prêts personnels RBC. Vous avez bien lu. Comme il ne suffisait pas de débourser des intérêts sur ses dettes qui traînent, il faudra maintenant payer pour les rembourser à partir de son compte d’épargne.

«…»

Quand on y pense, nous sommes pleins de contradictions. Prenez le commerce de détail. Dans cette industrie, on réalise des miracles en gestion des approvisionnements pour nous faire économiser 50 cents sur le paquet de six boîtes de Kleenex. Si les Walmart, Metro et Jean Coutu de ce monde s’évertuent à exécuter de telles prouesses, c’est qu’elles savent que nous sommes prêts à faire un détour pour économiser 50 cents sur des mouchoirs. Non?

On dirait qu’une tout autre logique régit l’industrie des services financiers (et celle des services de télécommunications). Ici, et sans rire, on peut vous envoyer une lettre afin de vous annoncer des hausses de tarifs tout en arguant que c’est pour accroître votre degré de satisfaction.

C'est comme si un mauvais émule de Luc Langevin avait atterri à un poste de marketing du secteur financier. Mystifié! Enfin presque. On chiale un peu. On passe à autre chose. Et on paie.

Les institutions financières tirent une part grandissante de leur revenus des frais de services et de transactions. Et elles ont le beau jeu, car elles peuvent les augmenter à petites doses sans craindre de faire fuir leurs clients. Comment cela ? Une force invisible joue en leur faveur : l’inertie.

Changer de banque? Êtes-vous tombé sur la tête? C’est compliqué. Plus votre relation remonte à loin, plus vous multipliez les points de contact, plus c’est complexe de quitter une banque. Fermer ses comptes, déménager ses placements, modifier tous les paiements pré-autorisés, payer des pénalités… Des heures à se dépêtrer dans des systèmes téléphoniques automatisés et à argumenter avec le personnel de la banque… Bah. Payer 2$ sur ses versements hypothécaires, c’est une aubaine finalement.

Et c’est partout pareil, vous direz.

Bien non. Il y a des solutions de rechange, comme Tangerine, la Banque Manuvie, Accelerate,… Sans tout transférer vers ces banques en ligne, commencez à y déposer de l’argent. Leurs comptes ne procurent pas les taux d’intérêt «élevés» qu’ils se targuent d’offrir, mais ils sont tout de même plus généreux et ne sont pas rongés par les frais.

Le meilleur moyen d’éviter d’être pris au piège, c’est sans doute de répartir ses billes. D’autres vous diront de les concentrer, ce qui vous permettra d’augmenter votre pouvoir de négociation. À moins que vous vous appeliez Stephen Jarislowky, j’en doute. En mettant vos billes dans le même panier, tout ce que vous arriverez à faire, c’est de nourrir la force d’inertie qui vous retient à votre institution financière.

Pour connaître la marche à suivre pour déménager vos pénates sans douleur, je vous propose cette lecture: Changer de banque pour le meilleur... sans le pire

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À propos de ce blogue

Les finances personnelles, ça consiste à gérer son argent au jour le jour en fonction d’objectifs plus ou moins éloignés. En regardant du bon angle, on constate qu’il s’agit d’un instrument pour réaliser ses ambitions et ses rêves. C’est avec humanité et une pointe d’humour que Daniel Germain compte aborder les finances personnelles dans ce blogue, dont l’objectif est de vous informer et de vous faire réagir. Daniel Germain assume la direction du magazine de finances personnelles Les Affaires Plus depuis 2002 et a développé de vastes connaissances sur le sujet.

Daniel Germain