Endettement automobile: à qui la faute?

Publié le 15/03/2016 à 11:45

Endettement automobile: à qui la faute?

Publié le 15/03/2016 à 11:45

La chronique de vendredi dernier sur les prêts-autos a suscité beaucoup d’intérêt. Tellement que j’ai été invité à discuter de financement automobile à des émissions de radio.

La semaine dernière, je rapportais ici le contenu d’un récent rapport de l’Agence de la consommation en matière financière du Canada (ACFC) qui portait sur diverses pratiques dans l’industrie du financement automobile.

J’ai insisté sur le phénomène au centre du document publié par l’agence fédérale, la popularité grandissante des prêts-autos à long terme (72, 84 et 96 mois), ses origines et ses effets néfastes, notamment l’endettement excessif des consommateurs.

À l’une de mes interventions radiophoniques, l’animateur a affirmé en préambule que le titre de la chronique était «un peu exagéré» (Le scandale des prêts-autos à long terme). Il a beaucoup insisté sur la responsabilité des consommateurs. J’ai bien senti qu’il voulait ménager les concessionnaires automobiles, pourtant visés dans le rapport pour leurs pratiques discutables. J’en ai déduit qu’il s’agissait d’annonceurs importants.

Notre entretien a soulevé néanmoins cette question: à qui la faute? L’environnement ou l’individu? Le concessionnaire automobile et les prêteurs qui cherchent à satisfaire leurs intérêts où le consommateur, crédule et mal informé, qui privilégie la gratification à court terme plutôt que son intérêt à long terme?

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Le débat est intéressant puisqu’il soulève la question de la responsabilité individuelle et des contraintes règlementaires. Faut-il serrer la vis à l’industrie ou inciter les gens à s’éduquer? Ou les deux.

Éric Brassard, l’auteur du livre Finance au volant, m’a écrit pour me signaler que je m’attaquais à la mauvaise cible, en l’occurrence le prêt à long terme et la dette automobile.

Le problème, affirme le planificateur financier, réside dans le fait que les gens achètent des voitures trop cher pour leurs moyens et ne les conservent pas assez longtemps. Il a raison.

Car pour un consommateur avisé, le prêt à long terme est une bonne affaire, dit-il. En effet, l’acheteur n’a pas avantage à payer sa voiture le plus rapidement possible. Les intérêts sont dérisoires, rappelle-t-il, et le coût principal de la voiture, sa dépréciation, doit être assumée que vous vous dépêchiez ou non à rembourser le prêt de votre véhicule.

Selon Éric Brassard, il est plus avantageux d’étirer le terme du prêt, car cela permet de dégager de l’argent qu’on pourra investir ailleurs, dans le REER, par exemple, qui donnera droit à des déductions fiscales et qui procurera des rendements supérieurs à l’intérêt versé sur le prêt automobile.

Cette stratégie fonctionne si vous achetez une voiture dans vos moyens et si vous la conservez longtemps.

Dans le jargon, on appelle cela le «coût d’opportunité». Si vous allouez vos ressources financières au remboursement accéléré de votre prêt-auto, ou en payant la voiture comptant, vous manquez l’occasion de faire des gains d’investissement qui surpassent le coût de votre prêt. Pour la même raison, on vous conseille d’investir plutôt que de précipiter le remboursement de votre hypothèque.

Mais ça, c’est la théorie. Chez le concessionnaire, l’acheteur entend le représentant lui dire qu’il peut s’offrir une berline au lieu d’une voiture économique pour les mêmes mensualités ou presque, pour peu qu’il consente à rembourser son prêt en sept ans au lieu de quatre.

Je ne pense pas que le vendeur lui explique ce qu’est le coût d’opportunité. Ce n’est pas un conseiller financier, son travail est de vendre une auto à son client, de le faire rêver un peu, pas de lui présenter une planification financière.

Il n’y a pas de malice, il fait son boulot. Alors il vente les roues de 17 pouces, les fioritures en chrome, la chaîne Hi-Fi et les sièges en cuir. «Ben plus confortable!». Ça me fait penser au film de Sébastien Pilote, Le Vendeur, dans lequel le personnage attachant de Gilbert Sicotte convainc un travailleur en lockout d’acheter une grosse camionnette. La transaction tournera au drame, mais elle n'est pas le fruit d’une mauvaise intention du vendeur. C’est dans la nature de ce dernier de pousser un peu. Sinon, il ferait un autre métier.

Le rapport de l’ACFC relève un point troublant, que j’ai signalé dans ma dernière chronique, mais sur lequel je ne me suis pas étendu. Le concessionnaire agit d’intermédiaire entre le prêteur et l’acheteur. À ce titre, il collecte des informations financières sur le client, comme son salaire, le coût de son logement, etc. Il entre ces informations dans un système pour obtenir les soumissions de plusieurs prêteurs pour financer la transaction.

Le client ignore l’existence ce ces soumissions, il ne s’en fera présenter qu’une seule, sélectionnée par le concessionnaire. Ce dernier est rémunéré par le prêteur, et les deux on un intérêt à mousser la vente d’un véhicule plus cher.

Le résultat est que l’industrie automobile se porte bien en ce moment. En revanche, les dettes automobiles sont celles qui connaissent la plus forte croissance depuis quelques années, plus que les hypothèques, ce qui n’est pas peu dire.

Je crois en effet qu’une bonne part de la responsabilité repose sur les épaules du client. Mais ce système de financement donne un avantage, un petit «edge» comme au dit, au prêteur et au vendeur.

Et là oui, il y a là certainement quelques vis à serrer.

Téléchargez le rapport.

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À propos de ce blogue

Les finances personnelles, ça consiste à gérer son argent au jour le jour en fonction d’objectifs plus ou moins éloignés. En regardant du bon angle, on constate qu’il s’agit d’un instrument pour réaliser ses ambitions et ses rêves. C’est avec humanité et une pointe d’humour que Daniel Germain compte aborder les finances personnelles dans ce blogue, dont l’objectif est de vous informer et de vous faire réagir. Daniel Germain assume la direction du magazine de finances personnelles Les Affaires Plus depuis 2002 et a développé de vastes connaissances sur le sujet.

Daniel Germain