Le marketing sauvage et nos commerces

Publié le 09/08/2023 à 14:53

Le marketing sauvage et nos commerces

Publié le 09/08/2023 à 14:53

Le marketing sauvage est souvent perçu comme une nuisance et une violation de l’espace public. (Photo: 123RF)

OPINION. Au Québec et ailleurs, l’expression «marketing sauvage» est utilisée pour décrire des pratiques de marketing non conventionnelles, agressives et intrusives, qui sont menées sans autorisation ou de manière non réglementée par des entreprises. 

Ces pratiques visent généralement à attirer l’attention des consommateurs de manière non sollicitée et peuvent inclure des actions telles que la distribution de publicités non autorisée, le collage d’affiches dans des lieux publics sans permission, l’envoi massif de courriels promotionnels non sollicités ou l’utilisation d’autres tactiques intrusives pour promouvoir un produit ou un service.

Voici quelques raisons pour lesquelles les commerçants peuvent trouver cette stratégie attrayante:

• Coût réduit: elle offre souvent des options peu coûteuses par rapport aux méthodes traditionnelles de publicité et de promotion. Les petits commerces avec un budget marketing limité peuvent bénéficier de cette approche pour obtenir de la visibilité sans dépenser beaucoup d’argent. 

• Créativité et originalité: elle encourage la créativité et l’innovation. Les commerces peuvent expérimenter des idées uniques et surprenantes pour susciter l’intérêt du consommateur. Cela peut aider à renforcer l’image de marque et à créer une expérience mémorable pour les clients. 

• Différenciation de la concurrence: dans un marché saturé, il peut être difficile de se démarquer de la concurrence en utilisant des méthodes conventionnelles. Elle permet donc aux commerces d’attirer l’attention de manière inattendue, ce qui peut les aider à se différencier et à créer un effet durable dans l’esprit des consommateurs.

• Viralité potentielle: les campagnes de marketing sauvage qui ont du succès peuvent se propager rapidement et atteindre une large audience grâce aux médias sociaux. Lorsqu’une campagne devient virale, elle peut générer une publicité gratuite et un buzz considérable.

Cependant, le marketing sauvage est souvent perçu comme une nuisance et une violation de l’espace public. Les autorités réglementent ces pratiques et imposent des amendes pour dissuader les entreprises ou les individus de les utiliser. Par exemple, la Ville de Montréal a mis en place des règles très strictes en matière d’affichage publicitaire pour limiter cette pratique et, ainsi, préserver l’esthétique de l’environnement urbain.

Il est important de noter que le terme «marketing sauvage» n’en est pas un officiellement reconnu dans le domaine du marketing, mais il est utilisé pour décrire ces pratiques non conventionnelles et souvent indésirables. 

 

Des conséquences importantes

Un exemple notable de marketing sauvage qui a mal tourné au Québec est l’incident impliquant l’entreprise de jeux vidéo Ubisoft qui a eu lieu il y a quelques années. 

Ubisoft avait lancé une campagne pour promouvoir le jeu vidéo Assassin Creed III. Dans le cadre de celle-ci, des employés de l’entreprise, déguisés en personnages du jeu, ont été envoyés dans les rues de Montréal pour interagir avec les passants et créer un buzz autour de celui-ci.

Cependant, les employés de la société ne disposaient pas des autorisations nécessaires pour mener cette opération de marketing dans l’espace public. De plus, les déguisements des personnages du jeu comportaient des répliques d’armes factices, ce qui a suscité une grande inquiétude et de la confusion auprès des passants et des autorités. La police a été alertée et a rapidement réagi, prenant l’incident très au sérieux étant donné la nature des répliques d’armes. Les rues avoisinantes ont été temporairement bloquées, des équipes d’intervention ont été déployées et des négociations ont été nécessaires pour résoudre la situation. 

Finalement, Ubisoft a présenté des excuses publiques et a reconnu son manque de planification et de coordination dans cette campagne de marketing. L’entreprise a coopéré avec les autorités et a accepté de payer les coûts liés à l’intervention policière. 

Un autre exemple récent, cette fois-ci en Europe, est celui d’un commerce de chaussures qui a offert une promotion plus qu’intéressante sur une paire de chaussures de sport très convoitée. Il y a eu plus de peur que de mal, mais des centaines de consommateurs qui voulaient bénéficier de ce solde ont pris d’assaut la rue et les transports en commun créant un chaos total. La police a dû intervenir, encore une fois, afin de rétablir l’ordre. 

Ces incidents démontrent comment une initiative de marketing sauvage mal planifiée et exécutée peut avoir de graves conséquences. Il faut souligner l’importance de respecter les règles et d’avoir les autorisations nécessaires lors de la mise en place de campagnes de marketing non conventionnelles, en particulier lorsqu’elles impliquent des éléments pouvant être perçus comme dangereux ou menaçants.

Dans ce contexte, l’avenir du marketing sauvage est incertain. Les entreprises sont de plus en plus conscientes de l’importance de la réputation de leur marque et de la nécessité de maintenir de bonnes relations avec leurs clients. Le marketing traditionnel axé sur la création de valeur et l’engagement à long terme gagne en popularité par rapport aux tactiques sauvages, qui peuvent être perçues comme invasives.

Bien que certains puissent toujours utiliser des tactiques dites sauvages de manière limitée, il est probable que cette pratique soit de moins en moins courante au Québec et ailleurs à l’avenir, en raison de l’évolution des attitudes des consommateurs, des réglementations plus strictes et de l’essor du marketing numérique.

À propos de ce blogue

Damien Silès est directeur du Conseil québécois du commerce de détail depuis janvier 2023. Doté d’une solide formation en commerce international, Damien Silès occupait depuis 2014 le poste de directeur général du Quartier de l’innovation de Montréal. Il a auparavant été, pendant six ans, directeur général de la Société de développement social de Ville-Marie, premier courtier social en Amérique du Nord, qu’il a fondée en 2008. L’action qu’il a menée à la barre de cet organisme a été saluée par les médias et lui a valu d’être nommé à deux reprises Personnalité de la semaine La Presse-Radio-Canada (février 2011 et juin 2013). De 2002 à 2008, il a également été directeur du membership et des ventes à la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, poste qui lui a permis de tisser de solides relations avec le milieu des affaires québécois.

Damien Silès

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