Quel écosystème entrepreneurial et innovant pour notre société?

Publié le 28/10/2016 à 11:56

Quel écosystème entrepreneurial et innovant pour notre société?

Publié le 28/10/2016 à 11:56

Quelques discussions avec des créateurs d’entreprises suffisent à se rendre compte qu’ils sont nombreux à admirer la Silicon Valley, eldorado des entrepreneurs, ou encore Israël, fameuse « Start-up Nation ». Si on écoutait les plus enthousiastes, il faudrait envoyer les entrepreneurs dans le premier avion direction Palo Alto ou transformer Montréal en San Francisco. C’est sûr, nous pouvons nous inspirer de bonnes pratiques dans les écosystèmes à travers le monde. Mais il faut aussi ne pas oublier que rien n’est parfait, que miser sur nos forces et intégrer nos valeurs est clé : s’inspirer, mais ne pas copier.

Lors d’une conférence à HEC, Saras Sarasvathy, entrepreneure et chef de file mondiale en matière d’effectuation en entrepreneuriat, a précisé : les Américains n’ont pas pu copier Silicon Valley lorsqu’ils l’ont créée, car elle n’existait pas… Du gros bon sens, mais qui vaut parfois la peine d’être rappelé! Et aussi l’occasion de prendre du recul sur notre propre écosystème entrepreneurial innovant et nos objectifs.

Ce billet de blogue synthétise quelques réflexions suite à deux visites d’écosystèmes étrangers et à l’attribution de 213 millions de dollars par le gouvernement fédéral à des universités montréalaises (Université de Montréal, HEC Montréal, Polytechnique Montréal et McGill) pour la recherche et la valorisation en intelligence artificielle et en big data, sujets bien actuels en matière d’innovation.

Un écosystème de start-up est un type particulier d’écosystèmes entrepreneuriaux

On associe souvent les écosystèmes entrepreneuriaux innovants aux start-ups. Mais, attention : les start-ups ne sont qu’un type d’organisations parmi d‘autres. En effet, selon Steve Blank et Eric Reis, initiateurs du mouvement lean start-up, une start-up est une organisation temporaire dont la mission est de chercher un modèle d’affaires pour exploiter une opportunité dans un contexte incertain. On parle de court terme et de forte ambiguïté.

Israël, la « start-up nation », constitue un exemple type de cet entrepreneuriat. Cette dynamique est cohérente avec la culture et la situation géopolitique du pays. Serait-elle cohérente avec notre propre contexte? En partie, selon moi.

Par exemple, nous pourrions nous inspirer de la forte tendance des start-ups israéliennes à viser des marchés ou des partenariats à l’international. Dès le jour 1, on sait que ces start-ups seront des entreprises « born global ». Nos atouts, par exemple : le Canada est bilingue, géographiquement proche du gros marché américain, réputé pour ses « cerveaux ».

À côté de cela, il faut cependant considérer que les entrepreneurs israéliens pensent à l’ « exit » dès l’incubation de l’idée et leur objectif est de sortir rapidement et de revendre au plus offrant, qu'il soit israélien ou étranger. L’exploitation de l’entreprise à long terme et sa pérennité ne sont pas essentielles pour eux. Sur ce point, est-ce que notre culture, nos valeurs et les forces de nos entrepreneurs ne font-elles pas d’eux davantage des bâtisseurs qui démarrent, font croître et pérennisent leur entreprise, comme TC Transcontinental par exemple (saviez-vous que l’application mobile que vous utilisez pour payer votre stationnement à Montréal a été développée par TC Médias?) ? 

Quel écosystème entrepreneurial voulons-nous et pouvons-nous développer?

Le secteur de l’intelligence artificielle et du big data constitue un bon exemple pour lequel cette question s’est posée alors que le gouvernement fédéral a attribué du financement pour la recherche et l'innovation.

Il s’agit d’une industrie technologique pour laquelle Montréal n’a rien à envier à Silicon Valley ou d’autres écosystèmes innovants. Nous disposons de compétences, de ressources technologiques de pointe, de porteurs de projets ayant la volonté de transformer les connaissances en entreprises; une situation regroupant tout un écosystème propice à un entrepreneuriat innovant et avant-gardiste.

Mais, pas à n’importe quel prix : « L’innovation pilotée par les données constitue pour les Canadiens un facteur clé de croissance future et de bien être », selon le Fonds d’excellence en recherche Apogée Canada. « On désire orienter la recherche vers des applications qui seront bénéfiques à la société, qui ne serviront pas seulement à générer des profits ou à éliminer des emplois » (Yoshua Bengio, porteur du projet «Les données au service des Canadiens» pour l’Institut de valorisation des données, cité dans Montréal au cœur du boom de l’intelligence artificielle, Les Affaires, Alain McKenna). La responsabilité sociale et l’éthique représentent des valeurs clés qui vont influencer l’entrepreneuriat en intelligence artificielle et le big data à Montréal.

Cet écosystème entrepreneurial innovant ne copie pas la Californie ou d’autres régions du globe réputées pour leurs innovations. Mais leurs écosystèmes peuvent nous inspirer par leurs bonnes pratiques et leur expérience, afin de mieux définir comment nous voulons positionner l’entrepreneuriat dans notre société et capitaliser sur les forces de notre écosystème.

En conclusion, retenons un parallèle entre les entrepreneurs et leur écosystème : dans les deux cas, il faut une cohérence entre l’environnement, les besoins, les valeurs et les motivations. Il y a quelques semaines, Nicolas Duvernois précisait dans son billet de blogue qu’« un nouveau spécimen d'entrepreneur est en train de naître » : l’entrepreneur humain. Dans la foulée, notre société développe-t-elle un nouvel écosystème entrepreneurial socialement positif grâce à des entreprises et jeunes pousses telles qu’Imagia, Polystyvert, Potloc, etc. et des structures d’accompagnement telles qu’Entreprism et Innocité?

 

À propos de ce blogue

Aux missions de recherche théorique et appliquée des universités s’ajoute désormais une mission de création de valeur pour la société. Grâce à nos recherches, nos données sur l’entrepreneuriat, grâce aux histoires des entrepreneurs que nous accompagnons, de même qu’aux voyages que nous réalisons chaque année avec nos étudiants dans les endroits les plus réputés pour leur culture entrepreneuriale, nous offrirons, deux fois par mois, un regard critique sur ce qui se fait ici (et ailleurs) en termes d’entrepreneuriat, repreneuriat et gestion des familles en affaires. Dans cette chronique, nous partagerons au grand public notre point de vue sur l’actualité entrepreneuriale québécoise.

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