Rémunération des dirigeants: séparer le bon grain de l'ivraie


Édition du 02 Mai 2015

Rémunération des dirigeants: séparer le bon grain de l'ivraie


Édition du 02 Mai 2015

La rémunération des dirigeants est un sujet qui soulève bien des passions. Lors de conférences, la question la plus souvent posée n'est pas «Comment puis-je faire pour m'enrichir en Bourse ?» mais bien «Que pensez-vous de la rémunération excessive et scandaleuse des dirigeants ?» Cela en dit long sur les priorités et la perception des gens.

Sauf que c'est une perception fausse ou, du moins, biaisée. Certes, il y a des dirigeants qui gagnent plus que ce qu'ils méritent, avec comme complice leur conseil d'administration. Et ce ne sont pas les règles de gouvernance qui y changeront quelque chose. Depuis 20 ans, ces règles sont de plus en plus rigoureuses (et bureaucratiques) et cela n'a rien changé.

Dans mon billet de blogue du 20 avril, j'ai donné un exemple de dirigeant qui a une rémunération trop généreuse. Je répondais alors à un lecteur qui me demandait mon opinion sur la rémunération du président et chef de la direction de Discovery Communications (Nasdaq, DISCK, 31,73 $ US), un certain David Zaslav.

Le salaire de base de M. Zaslav a été de 3 millions de dollars américains en 2014, le même depuis 2012. Il a reçu en plus des actions valant 94,5 M$ US, en plus de 50 M$ US en options, et une prime incitative de 6 M$ US. Au total, il s'agit donc d'une rémunération de 156 M$ US.

En 2014, près de 15 % du bénéfice de Discovery s'est retrouvé dans les poches du pdg. En 2013, sa rémunération totale a été de 33,3 M$ US, tandis qu'elle a été de 49,9 M$ US en 2012. Il s'agit de 79,7 M$ US en moyenne en trois ans.

Sur la plan à la fois absolu et relatif (soit par rapport à la taille de la société), c'est une rémunération trop généreuse, à mon avis.

Enfin, le dernier élément qui m'a fait sourciller est la dilution élevée. En effet, si vous calculez la valeur boursière de Discovery en utilisant le nombre d'actions avant la dilution, vous arrivez à 14 milliards de dollars américains. Pourtant, en tenant pour acquis que toutes les options et tous les autres titres financiers sont exercés, la valeur boursière de la société grimpe à 21,3 G$ US, une dilution 50 %.

Il s'agit d'un élément déterminant de mon analyse, car même si la société rachète un grand nombre de ses actions, en dépensant l'argent des actionnaires, elle ne pourra pas combler cette dilution et encore moins enrichir ces derniers à long terme.

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