Pourquoi pas les banques canadiennes?

Publié le 17/06/2014 à 08:28

Pourquoi pas les banques canadiennes?

Publié le 17/06/2014 à 08:28

BLOGUE. Depuis bien des lunes, je reçois des commentaires relatifs à mon manque d’enthousiasme face au secteur bancaire canadien. Les lecteurs me demandent pourquoi je n’achète pas nos banques.

Et les lecteurs ont des raisons de se poser des questions. Les résultats de nos banques continuent d’être bons, meilleurs à ce qu’on pourrait s’attendre dans un contexte économique ordinaire. Par exemple, pour le deuxième trimestre qui vient de se terminer, nos six grandes banques ont accru leurs benefices de 13% à 8,1 milliards de dollars (G$) par rapport au même trimestre en 2013.

C’est vraiment une belle performance. Et les titres des banques se vendent encore à des ratios raisonnables, soit en moyenne à moins de 12 fois les profits de cette année et 11,2 fois ceux de 2015. Dans l’ensemble, ils offrent de plus un rendement en dividende de 3,9%.

On peut trouver bien pire sur l’échiquier boursier nord-américain, c’est évident.

Par contre, avant de vous presser pour acheter des actions de votre banque préférée, il est crucial de jeter un coup d’oeil à long terme aux forces qui ont favorisé le secteur. Et elles sont majeures.

Par exemple, au début de ma carrière, plus précisément en juin 1987, la législation a changé pour permettre aux banques d’entrer dans le marché des valeurs mobilières. Quelques années plus tard, aidées par le krach de 1987, les grandes banques dominaient cette industrie (la Banque Royale ayant achété Dominion Securities, la Banque de Montréal Nesbitt Thomson, la Banque Nationale Lévesque Beaubien, etc.).

Quelques années plus tard, on a permis aux banques d’entrer dans le marché des fiducies, ce qui a par exemple mené à l’achat par la Banque TD de Canada Trust en 2000.

Voilà que toute l’industrie financière se trouvait concentrée en deux pôles: les banques et les sociétés d’assurance-vie. Une telle concentration est désastreuse pour les clients (au Canada, on s’en fout), mais merveilleuse pour les bénéfices.

Dire que les banques ont été aidées par ces changements fondamentaux est peu dire. Ce furent de puissants vents de dos pour ces sociétés. Mais ce n’est pas tout. Elles ont aussi profité de l’immense tendance baissière des taux d’intérêt, qui a diminué les coûts de financement et nourrit la demande pour les prêts.

De plus, le marché immobilier canadien a explosé et est demeuré à des niveaux très élevés, du moins quand on le compare à la plupart des autres marchés dans le monde. Cela aussi a contribué significativement à gonfler les bénéfices de nos banques.

Enfin, et c’est un facteur que la plupart des gens oublient (même les experts), nos banques ont réussi à magnifier leurs profits en réduisant systématiquement leur taux d’imposition. Par exemple, en 1996, le taux d’impôts des banques évoluait entre 35,2% (la TD) et 39,8% (CIBC) alors qu’aujourd’hui il se situe entre 14,6% (TD) et 21,0% (BMO).

Si vous mettez tout cela ensemble, vous avez précisément l’inverse d’une tempête parfaite. Vous avez en fait un tsunami de facteurs extérieurs favorables qui ne peuvent tout simplement pas se reproduire dans les prochains 10 ans.

Au contraire, les chances sont bonnes pour qu’au moins une bonne partie de ces facteurs s’inversent et jouent contre les banques, exerçant une pression baissière sur leur rentabilité à long terme.

Je n’ai pas de boule de cristal, je l’avoue. Mais il y a là assez de risques pour éviter ce secteur, d’autant plus qu’il y a, ailleurs, des occasions plus intéressantes.

Voilà pourquoi, entre autres, je n’achète pas les titres bancaires canadiens!

Bernard Mooney

 

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