Mooney: Pourquoi les chasseurs d'aubaines me font suer

Publié le 13/11/2013 à 09:21, mis à jour le 13/11/2013 à 10:16

Mooney: Pourquoi les chasseurs d'aubaines me font suer

Publié le 13/11/2013 à 09:21, mis à jour le 13/11/2013 à 10:16

Photo: Bloomberg

BLOGUE. En anglais, on les appelle les «value investors». En français, faute de meilleur vocable, on dit chasseur d’aubaines.

Ils sont faciles à reconnaître car ils ont généralement ces points communs : ils se définissent comme des apôtres de l’église (avec un petit «e») de Warren Buffett et surtout de Benjamin Graham; leur approche de placement est basée sur la recherche d’aubaines, dans le sens qu’ils vous diront qu’ils veulent acheter des billets d’un dollar en payant 75 sous, voire 50 sous et ils se disent investisseurs à très long terme.

Si j’avais à m’inclure dans une catégorie, ce serait presque ma place. Mais pas vraiment, car le placement est plus compliqué que cela.

Je suis un grand nombre de ces investisseurs, histoire de trouver des idées pour écrire et peut-être, sait-on jamais, des idées de placement (un gars a le droit de rêver). Et je vous admettrais bien sincèrement que certaines fois, leur discours m’agace (si on était entre amis à partager une bière j’aurais sûrement utilisé un autre verbe…).

Je vais vous donner un exemple concret. J’ai toujours aimé Mason Hawkins, gestionnaire et président de Southeastern Asset Management. Sa feuille de route est excellente (c’est moins vrai depuis quelques années) et sa philosophie à long terme me semblait solide.

Toutefois, à force de lire ses rapports, des doutes surgissent. Ainsi, dans un rapport récent à ses actionnaires il a mentionné qu’il avait vendu ses actions de Disney. Pourquoi? Parce que le titre a atteint sa valeur intrinsèque (il utilise le terme «fair value).

Et plus tard dans son commentaire, il dira que l’ensemble de ses titres se vendent à disons 75% de leur valeur intrinsèque. Ils ont donc bien du potentiel, selon lui.

À première vue, cela semble brillant, mais un peu moins si on aiguise notre sens critique.

Prenons l’exemple de Disney: je ne sais pas à quel prix M. Hawkins a acheté, mais je vous dirais que selon le moment qu’il a vendu, il devait estimer que le titre valait un peu moins de 60$US. S’il a acheté avec une escompte de 20% par rapport à sa valeur, cela signifie qu’il a payé environ 48$US.

Et cet investisseur vous dira qu’il fait des recherches approfondies, pouvant durer plusieurs mois, voire des années avant d’en savoir assez pour déterminer la valeur d’une entreprise (partie de son approche que j’admire). Maintenant, est-ce rationnel de vendre lorsque ce titre a atteint sa valeur intrinsèque?

Il me semble que non. En effet, si vous achetez un titre qui accroît sa valeur intrinsèque de 10% par année, vous ferez ce rendement s’il maintient son évaluation en Bourse. Si vous avez la chance ou le génie de l’acheter sous sa valeur intrinsèque, votre rendement sera supérieur.

Ce qui signifie que c’est loin d’être intelligent de vendre parce qu’un titre a atteint sa valeur intrinsèque. En effet, pour reprendre l’exemple de Disney, si la société accroît sa valeur de 8% par année, c’est le rendement que le titre offrira si vous achetez à au prix équivalent à sa valeur intrinsèque.

Il ne faut pas oublier que si vous avez eu la chance ou le génie (ou un peu des deux) d’acheter une société de cette qualité sous sa valeur intrinsèque, il me semble que vous ne devriez pas être pressé de vendre.

Il y a aussi le fait que la détermination de la valeur intrinsèque est un exercice….comment dire cela de manière polie…assez imprécis.

Mason Hawkins n’est pas le seul à se vanter d’investir ainsi. De nombreux autres gestionnaires chasseurs d’aubaines font de même et s’en vantent.

Bernard Mooney

 

À propos de ce blogue

Chroniqueur au Journal Les Affaires, Bernard Mooney traite de la Bourse sous toutes ses facettes en s’adressant particulièrement aux investisseurs à long terme. Il est connu pour une vision misant sur le gros bon sens.

Bernard Mooney

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