Mooney: L'achat d'Exxon par Buffett souligne une erreur

Publié le 18/11/2013 à 07:40, mis à jour le 18/11/2013 à 10:17

Mooney: L'achat d'Exxon par Buffett souligne une erreur

Publié le 18/11/2013 à 07:40, mis à jour le 18/11/2013 à 10:17

Photo: Bloomberg

BLOGUE. La semaine dernière, on a appris que Warren Buffett avait acheté 40 millions d’actions de la pétrolière intégrée Exxon Mobil. Cela représente environ 3,75% du portefeuille d’actions de Berkshire Hathaway, la société que M. Buffett dirige.

Ce placement valant environ 3,4 milliards de dollars (G$) US a été acheté presque dans sa totalité durant les deux trimestres clos le 30 septembre.

Le premier point à souligner, c’est que M. Buffett a acheté au cours d'une période où le marché s’appréciait sans cesse. Également, c’est pendant cette période qu’il aurait dit qu’il était plus difficile de trouver des titres intéressants, ce qui a été interprété par bien des gens comme voulant dire que le marché boursier était surévalué.

M. Buffett, en homme rationnel, constate tout simplement que les titres boursiers dans leur ensemble sont moins alléchants qu’il y a trois ou quatre ans. Ce qui est aussi renversant que de dire que la terre est ronde.

L’autre point, plus intéressant à mon avis, c’est qu’en achetant un tas d’actions d'Exxon, M. Buffett admet implicitement une de ses erreurs. Plus précisément, il devrait constater qu’il n’a pas encore perdu de ses vieux réflexes nuisibles.

Laissez-moi vous expliquer.

Si vous regardez son portefeuille, vous constaterez qu’il contient 13,5 millions d’actions de ConocoPhillips, une autre pétrolière intégrée. M. Buffett a réduit sa participation de 43% lors du plus récent trimestre. En fait, il en vend de façon irrégulière depuis le quatrième trimestre de 2008 alors qu’il a fini d’acheter au troisième trimestre de 2008. C’était vraiment inusité de sa part.

En effet, lorsque M. Buffett achète, c’est toujours pour conserver pendant de nombreuses années, voire pour toujours.

Une partie de son comportement s’explique par le fait qu'au plus fort de la crise financière de 2008-09, il s’est rendu compte qu’il y avait de meilleures utilisations de son encaisse que des actions de ConocoPhillips.

Une autre partie, c’est qu’il s’était trompé.

En effet, il est évident qu’au moment où M. Buffett a décidé d’acheter des actions de ConocoPhillips, il l’a comparé à Exxon. Ce qu’il a vu, c’est une société un peu moins rentable, moins bonne dans la gestion de son capital, mais meilleur marché.

Par exemple, en 2007, Exxon a réalisé un rendement de l’avoir de 33,4%, des marges nettes de 11,3% alors que son titre se vendait environ à 11,4 fois les bénéfices

De son côté, Conoco avait un rendement de l’avoir de 16,9%, des marges de 8% et se vendait environ 8,4 fois ses bénéfices. De bons chiffres, mais moins bons que ceux d’Exxon, sauf le prix (en passant, Conoco aujourd’hui est différente en raison du fait qu’elle a distribué les actions de sa filiale Phillips 66 active dans le raffinage) .

Et il a fait l’erreur de choisir le titre qui semblait une aubaine!

Je le sais parce que j’ai fait cette erreur tellement souvent.

A très long terme, investir dans une société plus rentable et la plus adroite dans la gestion de son capital (Exxon a racheté plus de deux milliards de ses actions depuis 10 ans) est plus lucratif même si vous payer un peu plus cher.

Bernard Mooney

 

À propos de ce blogue

Chroniqueur au Journal Les Affaires, Bernard Mooney traite de la Bourse sous toutes ses facettes en s’adressant particulièrement aux investisseurs à long terme. Il est connu pour une vision misant sur le gros bon sens.

Bernard Mooney

Blogues similaires

Canada Goose : le coup de froid

Édition du 26 Janvier 2019 | François Pouliot

CHRONIQUE. Le Canada a bon nom Ă  l'Ă©tranger. Utilisons-le pour tenter de donner du levier Ă  nos produits. Bonne ...

Rendement du capital: une formule magique pour investir?

BLOGUE INVITÉ. Un titre devrait générer le même rendement que le retour sur le capital obtenu par l'entreprise.

Bourse: un scénario émerge pour 2020

BLOGUE. Le rétablissement de l'économie et des profits domine les pronostics, mais la Bourse a pris les devants.