Les trois vies de John Meriwether

Publié le 25/03/2014 à 09:10

Les trois vies de John Meriwether

Publié le 25/03/2014 à 09:10

Photo: Shutterstock

L’industrie financière est très compétitive. Si vous parlez à des gestionnaires indépendants, ils vous diront comment il est difficile d’attirer des clients et du capital et cela même si les rendements sont au rendez-vous.

Pour des raisons mystérieuses, ce ne sont pas toujours les meilleurs qui sont récompensés. Je vais vous en donner un exemple percutant.

John Meriwether a fondé le hedge fund Long-Term Capital Management (LTCM) en 1994. La stratégie de ce fonds était de miser sur l’arbitrage dans les marchés obligataires mondiaux en utilisant l’effet de levier au maximum (jusqu’à 100 pour 1). Ce qui n’a certes pas nui à séduire les clients, LTCM était dirigé, outre M. Meriwether, par des petits génies de la finance, comme Myron Scholes et Robert Merton, deux prix Nobel en économie. Impresssionnant, n’est-ce pas?

Le fonds a connu de bonnes années avant de s’effondrer en 1998, créant un risque systémique qui a forcé la Réserve fédérale à intervenir.

On ne peut pas dire que les déboires de LTCM sont passés inaperçus, Roger Lowenstein les décrivant dans son livre When Genius Failed.

Vous vous dites, comme moi, qu’après un tel échec spectaculaire et médiatisé, il sera impossible pour ces gens d’attirer de nouveaux capitaux. Vous êtes aussi naif que moi!

John Meriwether a lancé une nouvelle firme un an après l’effondrement de LTCM, appelée JWM Partners avec un actif initial de 200M$ sous gestion. En 2007, cet actif atteignait les trois milliards de dollars.

Sauf que lors de la crise financière le fonds a perdu plus de 40% de sa valeur et oups, M. Meriwether a décidé de le fermer en juillet 2009.

Et vous ne savez pas quoi? Malgré ce deuxième fiasco, John Meriwether a lancé une troisième société de placement, cette fois appelée JM Advisors, en 2010. Jusqu’à maintenant, on sait peu de choses sur ce fonds, étant privé.

Le plus extraordinaire de mon point de vue, c’est que chaque fonds est vendu avec la même stratégie axée sur l’effet de levier maximal, stratégie qui a fait ses preuves. En effet, après deux échecs, il me semble que le gestionnaire aurait dû comprendre, non? Et que dire des clients, la plupart des institutions, qui confient de leur capital à ce genre de fonds, malgré leur historique?

J’ai une idée des réponses à ces questions et elles ne sont guère réjouissantes. Les clients par exemple, se disent assez brillants pour sortir leur capital, au bon moment, soit avant la dégringolade. Ce qui signifie qu’ils savent qu’à long terme, cela finira mal. Ils se disent «pourquoi pas profiter des bonnes années?» Car les fonds de John Meriwether ont de très bons rendements avant de s’écrouler.

Si ce n’est pas de la spéculation, qu’est-ce que la spéculation?

Quant aux motivations du gestionnaire, elles sont évidentes. Peu importe le résultat final, les honoraires sont suffisants pour assurer qu’il s’enrichisse.

Bernard Mooney

 

 

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