Le travail de l'investisseur

Publié le 02/11/2009 à 07:41

Le travail de l'investisseur

Publié le 02/11/2009 à 07:41

On me demande souvent comment étudier les titres boursiers pour arriver à la décision d’acheter ou non.

Je lisais la semaine dernière le compte-rendu d’un gestionnaire américain que j’aime bien. Or, il expliquait en quelques mots son travail d’analyse et de recherche avant d’acheter un titre.

Voici les grandes lignes : il commence par les documents déposés à la SEC (la commission des valeurs mobilières US), les appels conférence et les présentations faites aux investisseurs (qui sont souvent sur les sites corporatifs). Il étudie ensuite tous les éléments qui demandent aux dirigeants d’exercer leur jugement et chaque élément de la comptabilité qui pourrait ne pas refléter la réalité.

Il prend pour acquis que tous les estimés ne sont pas assez conservateurs. Il compare les profits publiés aux fonds autogénérés libres («free cash flow») et se demande pourquoi il y a une différence. Il compare les éléments incohérents entre le bilan, l’état des résultats et l’état de l’évolution de la situation financière.

 Ensuite, il étudie comment la compagnie peut être affectée par ce qui se passe dans  le monde, par les tendances économiques, démographiques, technologiques, politiques, etc. Il regarde sa rentabilité, son rendement de l’actif, de l’avoir, son levier, sa dette. Il étudie tous les éléments hors-bilan.

Il se demande aussi si l’entreprise peut évoluer sans dette et jusqu’à quel point elle est dépendante de la bonté d’étrangers.

Ensuite, il enquête sur les fournisseurs, les clients, les compétiteurs et se questionne sur la distribution du pouvoir à l’intérieur de l’industrie. Ensuite, c’est le temps d’étudier les différents intervenants comme les employés, les syndicats, les créanciers, les organismes de réglementation, les propriétaires, les gouvernements, les retraités, etc.

La direction doit être scrutée à la loupe incluant des éléments comme la rémunération totale et en se posant des questions comme : est-ce qu’ils promettent plus qu’ils ne livrent, est-ce qu’ils respectent les propriétaires, sont-ils de vrais propriétaires et non pas seulement des détenteurs d’options, quelle est leur feuille de route par le passé, jouent-ils au centre du court, comment ont-ils réparti le capital de l’entreprise au fil des ans?

Ensuite, il se demande comment il peut manquer son coup avec ce placement. En d’autres mots, il tente d’énumérer tout ce qui peut mal tourner, incluant les pires scénarios possibles.

Enfin, le prix. Il compare le cours en Bourse à ses prévisions de free cash flow pour déterminer un rendement potentiel. Le prix est important, c’est la moitié de la bataille; l’autre moitié est de bien prévoir le cash flow.

Il vise un rendement de 10% et plus sur le free cash flow en croissance sans risquer le capital en jeu. Est-ce que le prix comprend une bonne marge de sécurité? Même si on est malchanceux, est-ce qu’on fera de l’argent? Est-ce qu’on joue à la roulette russe? Est-ce qu’on cueille des sous noirs devant un rouleau compresseur?

Si l’idée de placement n’est pas morte à ce stade, il la compare alors à ses autres titres en portefeuille.

Cela vous donne une petite idée de tout le travail qui précède l’achat d’un titre en Bourse.

Bonne journée

Bernard Mooney

 

À propos de ce blogue

Chroniqueur au Journal Les Affaires, Bernard Mooney traite de la Bourse sous toutes ses facettes en s’adressant particulièrement aux investisseurs à long terme. Il est connu pour une vision misant sur le gros bon sens.

Bernard Mooney

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