La maladie des «penny stocks»

Publié le 07/04/2015 à 08:41

La maladie des «penny stocks»

Publié le 07/04/2015 à 08:41

Shutterstock

J’ai reçu hier un courriel fascinant d’un lecteur qui se demandait si le marché des titres appelés «penny stocks» existait encore, et si oui, pourquoi je n’en parlais jamais.

C’est une question pertinente, car elle permet d’aborder une des grandes maladies de nombreux investisseurs qui se lancent en Bourse.

On parle de «penny stocks» généralement lorsqu’il est question de titres qui se transigent en Bourse à moins de 1$. Ma définition est plus large et plus fondamentale: ce sont des titres de sociétés qui n’ont aucune vente, aucune profit, aucun historique financier, mais qui sont promus généralement par des gens peu recommandables. On n’achète pas un tel titre, on se le fait vendre.

Selon cette définition, on peut avoir des «penny stocks» à 10$!

Je vais vous raconter une aventure personnelle que je n’ai jamais partagée. Au milieu des années 1980, j’ai eu la piqûre pour la Bourse, ce qui m’a poussé à rechercher le plus d’informations de toutes les sources possibles. Pour vous tracer un portrait rapide, j’étais passionné, assoiffé de savoir, mais aussi tellement pressé de m’enrichir rapidement. Le candidat idéal pour mordre à l’hameçon de l’avidité boursière!

Un jour, je reçois donc un appel d’un courtier américain dont j’ignorais tout. Il me pose des questions de base, tâtant le terrain pour savoir jusqu’à quel point j’étais un investisseur «sérieux». Je détecte en partie son jeu et, l’orgueil jouant, je luis fais croire que j’ai un bon portefeuille.

Il m’offre l’occasion d’une vie, un titre à 0,25$US d’une société pharmaceutique sur le point de lancer un produit révolutionnaire. Ouais. Je vois votre réaction et vous détectez le canular. Je n’étais pas si sophistiqué par contre.

J’avais mes réticences, mais l’avidité aidant, je me disais, «et si c’était vrai…». Je lui envois ainsi un chèque de quelques milliers de dollars, tiré sur une marge de crédit. C’était une somme plusieurs fois plus grande que ma valeur nette qui approchait zéro (je sortais des études avec des dettes et un travail à temps partiel…).

J’ai malheureusement oublié le nom de ce titre, mais je peux vous dire que je l’ai suivi attentivement (obsessivement serait le terme approprié).

Et je suis devenu riche!

Non, je blague, évidemment. Plusieurs mois plus tard, après de nombreux appels du courtier en question qui voulait que j’en achète d’autres, j’ai liquidé encaissant une douloureuse perte de plus de 50%!

En passant, ce n’était pas une fraude. J’ai vu, 15 ans plus tard, que le titre se transigeait encore, dans les environs de 0,10$US, alors que la société tentait encore de faire approuver un produit.

Il faudrait que je consulte les documents financiers du temps, avec mon expertise actuelle, pour déterminer la proportion de promotion qu’il y avait dans ce titre par rapport à ses réelles perspectives.

C’est justement le point central lorsqu’il est question de «penny stocks». Les promoteurs de ces titres, qui se retrouvent principalement au Canada à la Bourse de Toronto dite de croissance ou «venture» (l’ancienne Bourse de Vancouver), visent ces investisseurs néophytes qui ont plus d’avidité que de connaissance et d’expérience.

En passant, on peut faire de l’argent dans les penny stocks car en plein marché haussier, la plupart des titres s’apprécient, peu importe leur mérite. Par contre, lorsqu’il y a correction ou marché baissier, la plupart fondent au soleil pour ne plus jamais luire.

C’est évidemment à éviter comme la peste, ou comme une maladie contagieuse. Si vous vous demandez comment les détecter, le meilleur conseil que je peux vous donner est de vous concentrer exclusivement sur les sociétés avec un historique de revenus et de bénéfices de cinq années, préférablement dix.

Comme cela, vous ne serez pas certains de faire de l’argent, mais vous augmenterez vos chances d’investir dans une société qui pourra vous enrichir à long terme.

Bernard Mooney

 

Blogues similaires

Canada Goose : le coup de froid

Édition du 26 Janvier 2019 | François Pouliot

CHRONIQUE. Le Canada a bon nom à l'étranger. Utilisons-le pour tenter de donner du levier à nos produits. Bonne ...

Shopify: prochaine victime de la malédiction boursière canadienne?

BLOGUE INVITE. Shopify est-elle différente des Nortel, Research in Motion, Valeant, Barrick Gold et autres?

Garder ses gagnants, les cas de CN et CP

Édition du 28 Octobre 2020 | Dominique Beauchamp

ANALYSE. Les transporteurs ferroviaires sont un maillon essentiel de la chaîne d'approvisionnement, comme le ...