Des marges élevées plus durables qu'on pense

Publié le 20/05/2015 à 08:57

Des marges élevées plus durables qu'on pense

Publié le 20/05/2015 à 08:57

Des marges bénéficiaires record dans les 9-10% font frissonner bien des stratèges. Pourtant, il y a des raisons de croire qu’elles pourraient être plus durables qu’on pense…

Bien des prévisions pessimistes sur les perspectives boursières sont basées sur des attentes assez négatives quant à la croissance des bénéfices des entreprises dans les prochaines années. Et si vous prévoyez des profits sans croissance, ou presque, pour les cinq ou dix prochaines années, payer 17-18 fois les bénéfices pour le S&P 500 semble pas mal cher.

Et bien de ces prévisions reposent sur une baisse anticipée des marges bénéficiaires. Car voyez-vous, la marge nette des sociétés composant le S&P 500 atteint des sommets jamais vus, soit environ 9% sur la base des bénéfices divulgués et près de 10% sur la base des bénéfices d’exploitation qui excluent les charges extraordinaires (ce sont ces profits qui intéressent les investisseurs).

Généralement, on attribue ces marges exceptionnelles aux pressions baissières sur les coûts de main d’œuvre et aux frais d’intérêt déprimés en raison des bas taux d’intérêt. Les données appuient le premier facteur, les frais de main d’œuvre ayant passé d’une moyenne de 62-64% des revenus pour les 50 dernières années à environ 56% actuellement.

Par contre, ce n’est pas vrai pour les frais d’intérêt, ces derniers étant deux fois plus élevés (par rapport aux revenus) qu’ils étaient en moyenne durant les années 1960. La raison est simple : les sociétés ont profité du contexte des bas taux pour augmenter sensiblement leur endettement.

À mon avis, le principal facteur expliquant les marges élevées est la force compétitive d’une importante partie des grandes multinationales américaines. Une étude réalisée par Patrick O’Shaughnessy, de la firme de gestion qui porte son nom, révèle que l’augmentation de la rentabilité du S&P 500 depuis 20 ans est concentrée dans certains secteurs, ultra dominants.

Autrement dit, les marges élevées ne sont pas généralisées ; on les retrouve surtout dans des secteurs comme la technologie, la consommation durable, la santé et la finance. Des secteurs comme les matériaux, l’énergie et les services publics eux n’ont vu aucune augmentation significative durable dans leurs marges bénéficiaires.

Pensez-y une seconde : comme faites-vous aujourd’hui pour compétionner des sociétés comme Apple, Google, Facebook et Microsoft en techno, ou Johnson & Johnson et Gilead dans les soins de santé ou encore JP Morgan ou Wells Fargo dans la finance ? Pas facile.

Toutes ces sociétés jouissent d’avantages compétitifs solides, avec d’importantes barrières à l’entrée. C’est ce qui explique, plus que tout, leurs marges bénéficiaires exceptionnelles. Et si c’est vrai, on peut penser qu’elles sont vraiment plus durables qu’on peut le croire.

Et, en passant, si c’est vrai, ces sociétés exceptionnelles valent beaucoup cher que le ratio cours/bénéfices attribué actuellement à l’ensemble de l’indice S&P 500.

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