Des comparaisons honteuses avec Buffett

Publié le 19/05/2015 à 11:03

Des comparaisons honteuses avec Buffett

Publié le 19/05/2015 à 11:03

Photo: Bloomberg

J’en ai vu des comparaisons et des analogies douteuses dans ma carrière. Mais celle-là les dépasse toutes!

Je parle de la comparaison faite par le gestionnaire de hedge fund Bill Ackman, de Pershing Square Capital, qui a lancé lors d’une conférence que Valeant Pharmaceuticals (Tor., VRX, 277$) pourrait bien être le prochain Berkshire Hathaway (NY, BRK.B, 146$US).

Comme si cela n’était pas assez farfelu, le magazine Forbes en a mis davantage en faisant sa manchette récente avec le visage de M. Ackman, avec comme titre bruyant qu’il était un «bébé Buffett». Bébé, mon œil!

En fait, comprenez-moi bien. J’ai beaucoup de respect pour Bill Ackman. Parmi les investisseurs de hedge funds, il n’est pas si pire. Il fait probablement partie de la tranche des 25% des meilleurs (vous percevez par ma formulation que je veux être prudent…).

De plus, la même chose pour Valeant, dont c’était l’assemblée annuelle ce matin à Laval. C’est une société que j’aime bien, dont la feuille de route est impressionnante (qui ne serait pas impressionné par une entreprise qui multiplie ses bénéfices par action par plus de 40 en sept ans!) et dirigée brillamment par Michael Pearson.

En fait, je crois que M. Pearson est une valeur méconnue dans le monde des affaires actuellement, en dépit de ses réalisations.

Toutefois, cela n’en fait pas un Warren Buffett et cela ne fait pas de Valeant un futur Berkshire Hathaway. Ce sont des comparaisons honteuses, pour ne pas dire stupides.

De grandes différences

Valeant est une société active dans le secteur pharmaceutique, tandis que Berkshire est un conglomérat axé sur le secteur de l’assurance, avec un important portefeuille d’actions. M. Pearson est certes brillant, mais il n’a jamais laissé entendre qu’il voulait bâtir un conglomérat et encore moins un conglomérat financier.

De plus, les styles de gestion sont tellement différents. Lorsque Berkshire réalise une acquisition, elle ne fait rien, laissant totale autonomie à la société achetée. C’est tout à fait l’inverse chez Valeant, qui entre avec ses gros sabots chez sa nouvelle filiale et coupe les coûts de façon intense.

Là où les deux sociétés sont semblables c’est dans leur recherche de création de richesse pour les actionnaires. Le souci de Michael Pearson est vraiment de maximiser le rendement du capital, tentant de minimiser les émissions d’actions, d’acheter des actifs en payant le moins cher possible et en gérant de façon disciplinée.

Mais ce n’est pas assez pour en faire un Berkshire Hathaway, vraiment pas!

En terminant, lorsque Forbes compare Bill Ackman à Warren Buffett, c’est évidemment pour chercher à vendre des exemplaires de son magazine. À son crédit, M. Ackman a démontré qu’il pouvait être un investisseur un peu plus long terme que ses comparses, avec entre autres son placement judicieux dans le Canadien Pacifique (Tor., CP, 213$). Mais encore là, cela ne fait pas de lui un Warren Buffett en herbe.

Il a, comme bien d’autres gestionnaires de hedge funds, la tendance à l’hyperactivité. Et il aime bien avoir sa photo un peu partout dans les médias, les utilisant souvent pour tenter de détruire des entreprises, comme il l’a fait dans sa bataille contre Herbalife. C’est encore là à des années-lumière du comportement de Warren Buffett.

Deux investisseurs tellement différents, avec des approches différentes et des valeurs différentes, qu’on les croirait de planètes différentes. Les comparer n’a aucun sens et n’apporte rien.

Bernard Mooney

 

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