Cette idolâtrie dangereuse pour les caisses de retraite

Publié le 26/05/2015 à 08:14

Cette idolâtrie dangereuse pour les caisses de retraite

Publié le 26/05/2015 à 08:14

Pensez-y bien avant d'investir dans les terres à bois ou de suivre les caisses de retraite. Photo: Shutterstock

Ces investisseurs institutionnels qui gèrent les grandes caisses de retraite n’ont pas de super pouvoirs, bien au contraire! Ils sont souvent des investisseurs ordinaires, avec en plus bien des contraintes structurelles que l'investisseur individuel.

La nouvelle n’a pas fait de bruit ici au Québec. Le 14 mai, le Wall Street Journal a annoncé que la caisse de retraite des employés du secteur public de la Californie (Calpers) était sur le point de vendre une partie de ses actifs dans la forêt, soit 300 000 acres de forêt en Louisiane.

Calpers, la plus importante caisse de retraite aux États-Unis avec un actif sous gestion dépassant les 300 milliards de dollars (G$) US, fait le ménage de son portefeuille dans le but d’en réduire les coûts et d’augmenter les rendements. En septembre, Calpers a annoncé qu’elle retirait 4 G$US en actifs confiés aux hedge funds pour simplifier sa gestion.

Ça doit faire 20 ans que les grandes institutions font la promotion du bois et des terres à bois comme catégorie d’actif sans risque, avec des rendements à long terme attrayants et garantis. «Peu importe ce qui arrive à l’économie et aux marchés financiers, le bois pousse à chaque année et la forêt prend de la valeur», me suis-je fait dire tant de fois, comme si c’était une vérité impossible à contester.

Ouais, sauf que semble-t-il que les forêts n’ont procuré aucun rendement depuis 10 ans. Dites-moi pas qu’elles ont cessé de pousser!

La réalité c’est que si la forêt est un actif, sa valeur est aussi soumise aux lois de l’offre et de la demande. Voilà un détail qu’un professionnel de la gestion de caisse de retraite devrait savoir.

Pas des dieux de la finance

Je fais de l’ironie, mais mon point est que bien des petits investisseurs et bien des médias ont tendance à traiter les grandes caisses de retraite comme des dieux de la finance. Cette idolâtrie absurbe à mon avis peut devenir dangereuse si vous faites l’erreur de les imiter et de les suivre aveuglément.

La semaine dernière, par exemple, Bloomberg a cité plusieurs dirigeants de grandes caisses de retraite qui se disaient inquiets face à la Bourse et qui, par conséquent, avaient tendance à se tourner vers d’autres catégories de placement. On mentionnait entre autres l’infrastructure, l’immobilier et la technologie.

Cela semble vraiment songé, sauf que je me demande où ces sages du placement peuvent trouver des aubaines dans le secteur de la technologie et de l’infrastructure qui nagent dans les capitaux parce qu’ils sont si populaires.

En plus, idolâtrer ces gestionnaires est une erreur parce que leurs contraintes sont énormes et uniques. Lorsque Calpers avec ses 300G$US déplace du capital, elle doit trouver des idées gargantuesques pour avoir un minime impact sur ses rendements. Cet actif doit aussi être très liquide et aussi, assez correct politiquement. Rien de plus facile que de se faire pilonner sur la place publique parce qu’on a investi dans quelque chose d’impopulaire.

De plus, ces institutions ont souvent des clients très frileux et qui comprennent peu les marchés financiers. Lorsqu’il est le temps d’investir dans une catégorie d’actif qui voit ses prix dégringoler en raison d’une crise, d’un scandale, ou autre événement traumatisant, elles ne peuvent pas toujours en raison de cette pression constante des médias et des clients.

En fait, ces forces structurelles en empêchent plusieurs de vraiment se comporter en bon investisseur. Il n’y a donc vraiment rien à idolâtrer aveuglément.

Vous avez la vie bien plus facile, croyez-moi.

Bernard Mooney

 

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