Mourir peut attendre…

Publié le 26/11/2021 à 13:52

Mourir peut attendre…

Publié le 26/11/2021 à 13:52

«Anne, j’ai honte d’avoir échoué. À mon âge, ce n’est pas facile. J’ai de gros moments de noirceur.» (Crédit photo : Jackson David pour Unsplash)

BLOGUE INVITÉ. «Anne, je vis de gros défis, ce n’est pas facile. Quelque chose m’a inspiré à partager ça avec toi à cause de ton humanité, ton authenticité et ta simplicité…». Huit jours après cette soirée d’échange de textos, mon ami entrepreneur s’est enlevé la vie. Le 10 octobre dernier… pile la Journée mondiale de la santé mentale.

Ce n’était pas la première fois que nous partagions, lui et moi, des confidences sur nos vies respectives. Et lorsqu’on se parlait, c’était toujours des minutes vraies. On avait fini par développer une sorte de connexion et nous n’avions plus beaucoup de filtres dans nos conversations. Mon premier contact avec lui remonte à 2019. Il avait quitté un important poste de cadre supérieur dans une organisation internationale afin de lancer sa propre affaire. Il s’était donné comme mission d’aider les entreprises, les dirigeants et les leaders à élever leur niveau de conscience pour créer une culture organisationnelle permettant aux employés d’atteindre leur plein potentiel. À tort ou à raison, j’avais toujours ressenti qu’il voulait apporter, via sa nouvelle entreprise, quelque chose qui semblait lui avoir fortement manqué tout au long de sa carrière. Quelque chose pour laquelle il voulait justement initier des changements.

Mon ami savait que l’aventure entrepreneuriale l’amènerait à vivre des hauts et des bas. Et que dans les débuts, il y aurait beaucoup plus de bas que de hauts. Mais lorsque la pandémie a frappé de plein fouet son modèle d’affaires principalement basé sur l’événementiel, ça l’a jeté au sol. Il a essayé de remodeler temporairement sa proposition de services afin d’affronter la situation, mais ça ne fonctionnait pas beaucoup. En cours de route, j’ai convaincu certains de mes amis entrepreneurs de se joindre à moi afin de l’aider à bonifier son offre. Mais malheureusement, les revenus n’arrivaient pas à être au rendez-vous. Puis, le manque à gagner est devenu, au fil des mois, beaucoup trop imposant et intimidant.

«Anne, j’ai honte d’avoir échoué. À mon âge, ce n’est pas facile. J’ai de gros moments de noirceur. Je suis en vie, mais j’ai de gros défis financiers. Je ne sais pas pourquoi je te partage ceci, mais merci de me recevoir…», avait-il rajouté avant de me dire qu’il ne voulait pas me déranger mais juste m’écrire.

Après lui avoir fait sentir qu’il ne me dérangeait pas, il m’a mentionné avoir choisi de partager ce qu’il vivait avec ses cinq amis les plus proches et que quelque chose l’avait inspiré à le faire aussi avec moi. Ça m’a beaucoup bouleversée. J’ai essayé, tant bien que mal, de lui donner un peu de réconfort en lui rappelant que l’échec faisait partie de l’aventure entrepreneuriale, qu’il était loin d’être le seul à vivre cette situation et qu’il ne fallait surtout pas qu’il se compare à ce qu’il voyait passer sur les réseaux sociaux parce que cela ne représentait pas la réalité.

La vérité, c’est que l’aventure entrepreneuriale n’est jamais un long fleuve tranquille et l’eau qui y coule peut même parfois complètement virer au noir. C’est ce qui est arrivé à mon ami entrepreneur. Le stress, l’anxiété et les gros soucis financiers l’ont finalement amené dans un long tunnel au bout duquel il ne voyait plus de lumière.

 

Ce qui ne nous tue pas nous rend plus forts… vraiment?

Lorsqu’on est affecté par un traumatisme et qu’on se retrouve face à l’adversité, est-ce qu’on peut toujours s’accrocher à cette idée selon laquelle «ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort»?

Même si cette espèce de mantra est rendu populaire de nos jours, ce n’est pas du tout quelque chose qui est automatiquement accessible au commun des mortels.

Certes, prendre quelques coups contribue à développer une certaine résilience, ce qui nous aide à rebondir, à prendre un nouveau départ. Mais pour les gros chocs, il n’est pas du tout évident qu’on va s’en sortir plus fort. On ne se lance pas tous dans la bataille avec les mêmes armes.

Les épreuves ou les situations dont on ne sort pas victorieux laissent des blessures psychologiques et on peut très bien en être véritablement affaibli.

Ce qui ne nous tue pas ne nous tue pas. Point.

Et pour la suite, tout demeure incertain et fragile.

 

L’au-delà…

Au-delà des réussites spectaculaires et de l’engouement médiatique qui fait l’éloge de l’audace, du courage et de la persévérance, la réalité se montre parfois très cruelle. On ne récolte pas toujours ce qu’on a semé, les chances de réussite ne sont pas toutes les mêmes et tous les appelés ne seront pas élus.

 Personne ne peut revenir en arrière et te sauver mon ami entrepreneur. Ça m’a terriblement attristée et perturbée de voir que la douleur reliée à l’aventure t’amène à commettre l’irréparable avant le café que nous devions aller prendre ensemble, toi et moi. Ce n’est pas parce que tu n’étais plus capable de payer tes factures que tu devais payer aussi cher cet échec. Nul ne devrait payer de sa vie. Le ciel aurait pu attendre.

Maintenant, repose en paix mon ami entrepreneur.

 

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À propos de ce blogue

«Je suis devenue une entrepreneure le jour de mon congédiement. L’instinct de survie, mon audace et mes paiements à la fin du mois ont figuré parmi mes plus grands actifs. Depuis, j’encourage les gens à aller au bout de leurs rêves et de leurs ambitions à titre de productrice et animatrice télé, conférencière, chroniqueuse et cofondatrice du mouvement Adopte inc. qui vient en aide à la relève entrepreneuriale. Et maintenant, à titre de blogueuse!» Anne Marcotte est cofondatrice du mouvement Adopte Inc et productrice du Groupe Vivemtia inc.

Anne Marcotte

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