Voici comment les élections fédérales vont finir par vous coûter cher

Publié le 04/10/2019 à 07:00

Voici comment les élections fédérales vont finir par vous coûter cher

Publié le 04/10/2019 à 07:00

(Image: archives)

Chaque nouvelle campagne électorale soulève son lot d’enjeux qui finissent par définir le mandat suivant. La santé et l’éducation reviennent presque à tous les coups, et on a beau essayer, l’environnement s’invite toujours un peu plus timidement qu’on l’espérerait.

Parce que l’économie.

Il y a une nouveauté, cet automne : au moins deux enjeux technologiques sont au programme de façon sérieuse, ce qui est une première, de mémoire de journaliste techno. Trois, si on ajoute la question de l’avenir des salles de nouvelle des grands médias canadiens, une question qui peut être prise sous l’angle techno si on considère que les réseaux sociaux grugent leurs revenus de façon inéquitable.

Là-dessus, votre obligé a déjà proposé une solution bien simple, basée sur une logique limpide : les consommateurs paient déjà pour accéder à Internet, ce qui, aux yeux de plusieurs, leur donne un droit absolu et entièrement gratuit à tout ce buffet de contenu qu’est Internet. Alors, remettons une partie de cette mensualité aux producteurs de contenu sans qui Internet perdrait tout intérêt.

Au-delà de cette question se profilent tout de même ces deux autres dossiers à saveur technologique, qui finiront par se régler sous l’angle économique. En deux mots, la vidéo sur demande et la facture de sans-fil. Là aussi, on a quelques pistes de solution, que l’industrie a déjà commencé à mettre en place.

Malheureusement, malgré les promesses électorales, le résultat prévisible est que les consommateurs canadiens vont finir par payer plus cher pour leur Internet et leur divertissement numérique. Voici pourquoi.

Taxer Netflix sans se fatiguer

Netflix n’a pas à respecter les mêmes contraintes que les diffuseurs québécois et canadiens. Le webdiffuseur américain a évidemment consenti à le faire depuis le début de l’année, pour faire plaisir au gouvernement québécois, mais c’est désormais au tour des partis fédéraux d’aborder la question.

Le problème est le suivant : Netflix n’a pas de siège social au Canada. Le gouvernement ne peut imposer une société étrangère. Ce qui vaut pour Netflix au Canada vaut pour des entreprises canadiennes qui vendent leurs services aux États-Unis de la même façon : sans payer d’impôt au sud de la frontière.

Alors le jour où tout ça prend une ampleur nationale, non seulement est-ce que ça va hausser les mensualités pour visionner du contenu sur Netflix (sans parler des autres services qui vont émerger d’une semaine à l’autre, incluant celui de Disney), mais ça risque de résonner fort chez l’Oncle Sam, où le protectionnisme est à la mode.

Une taxe punitive sur les services offerts aux États-Unis par des sociétés canadiennes n’ayant pas pignon sur rue est-elle l’épée de Damoclès qui pend au-dessus de tout ce débat? C’est ce que craignent certains dans le secteur techno canadien, qui ne s’expriment pas aussi fort que Pierre-Karl Péladeau.

Votre prochain sans-fil

Le NPD et les Libéraux ont promis de forcer l’industrie du sans-fil à réduire la facture des consommateurs canadiens. C’est aussi ambitieux que réducteur, quand on réalise que la plupart des gens comptent plus d’un service sur la même facture, et que c’est ce qui la rend si astronomiquement élevée.

Mais quand même : on paie en moyenne un peu plus de 100$ par mois, au Canada, pour des services qui coûtent entre 20 et 75$ ailleurs dans le monde, dans des conditions similaires (géographie, densité de population, etc.).

Ce que l’histoire récente et pas si récente nous indique, c’est que le meilleur moyen de réduire les prix est de hausser la concurrence. Pour le faire dans les télécommunications, Ottawa peut faire deux choses : ouvrir le marché aux investisseurs étrangers, ou créer de l’espace pour des plus petits fournisseurs canadiens indépendants en forçant les plus gros à partager leur infrastructure.

Dans le premier cas, ouvrir ce dossier équivaut à se mettre la main dans un nid de guêpes. Disons seulement que si, et c’est un gros si, une telle chose se produit, ne doutez pas un instant que cette mesure servira à créer de nouveaux réseaux 5G. Le consommateur devra payer plus cher pour accéder à ces réseaux, alors l’effet réel ne sera pas celui souhaité.

Dans le second cas, c’est une approche qui a fonctionné, et plutôt bien, du côté de l’Internet résidentiel. Des mesures temporaires imposées par le CRTC il y a plusieurs mois ont été confirmées à la fin de l’été, au grand bonheur des fournisseurs indépendants.

Sauf que les gros joueurs, Bell et Rogers en tête, ont porté la cause en appel, et ont obtenu la faveur d’un juge qui a temporairement annulé la décision.

On voit mal comment une telle stratégie appliquée au secteur du sans-fil finirait autrement que devant un juge, là également. Et on ne connait aucun fournisseur indépendant qui a ce mélange d’ambition et de financement nécessaire pour aller se battre en cour afin d’offrir son propre service sans fil.

Ce qui risque plus concrètement de se produire, si un des partis ayant promis de baisser les tarifs est porté au pouvoir, est qu’on va demander de créer des forfaits à bas prix comme on l’a déjà fait dans le sans-fil, d’ailleurs, ainsi que du côté de la télé câblée.

Dans les deux cas, ces mesures sont essentiellement tombées à l’eau, les fournisseurs rendant ces forfaits si peu attrayants que très peu de gens les adoptent.

Voici comment dire une chose et son contraire… sans se contredire

L’autre jour, les cinq principaux partis fédéraux ont envoyé un représentant à un débat axé exclusivement sur l’avenir des médias et du web canadiens. On vous épargne les détails, mais tandis que les Libéraux et le NPD promettaient qu’ils comptaient taxer les vilains GAFA à la juste hauteur de leurs revenus en sol canadien, les Conservateurs se sont opposés à une mesure qui ne se ferait pas sans un cadre international plus complet.

La blague dans tout ça? Ces deux positions bien opposées vont en réalité se terminer de la même façon, puisque tout indique que le Canada va se plier aux recommandations de l’OCDE, qui planche sur une «taxe GAFA» similaire à celle adoptée par la France plus tôt cet été.

Notez que la taxe française a soulevé la colère du président américain, mais que celui-ci a finalement cédé, quand la France a promis de se conformer au cadre fiscal qui sera éventuellement proposé par l’OCDE. Un cadre qui risque fort d’être le même que celui adopté par l’Élysée.

C’est pas beau, la politique?

Suivez-moi sur Facebook:

Suivez-moi sur Twitter:

À propos de ce blogue

Autrefois, on appelait ça de l'électronique mais de nos jours, les nouvelles technologies vont bien au-delà des transistors et des circuits imprimés. Des transactions bancaires à l'écoute en rafale d'émissions de télé les plus populaires, la technologie est omniprésente. Et elle comporte son lot de questionnements. Journaliste spécialiste des technologies depuis bien avant l'avénement du premier téléphone intelligent, Alain McKenna a observé cette évolution sous tous ses angles et livre ici ses impressions sur le sujet.

Alain McKenna
Sujets liés

Technologie , techno

Sur le même sujet

L'emploi au Canada: rien ne se perd, rien ne se crée

06/12/2015 | René Vézina

BLOGUE. Il apparaît clairement depuis plusieurs mois que le marché de l’emploi, au Canada, fait du surplace.

Les libéraux au pouvoir: les promesses qui retiennent l'attention

20/10/2015 | Richard Cloutier

Retour sur l'ensemble des promesses libérales qui retiennent l'attention depuis l'élection de Justin Trudeau.