Taxi: Québec pourrait faire mieux qu'une «prestation de décès»...

Publié le 15/04/2019 à 14:18

Taxi: Québec pourrait faire mieux qu'une «prestation de décès»...

Publié le 15/04/2019 à 14:18

(Photo: Uber)

On vient d’apprendre que le ministre québécois des Transports, François Bonnardel, ajoutera une offre financière de 260 millions $ aux chauffeurs de taxi qui permettra, selon un calcul de La Presse canadienne, de leur payer à tous l’équivalent du coût d’acquisition de leur permis.

Les chauffeurs de taxi ont qualifié cette offre de «prestation de décès» dans un communiqué publié sur-le-champ. Selon eux, Québec tient ni plus ni moins qu’à tuer l’industrie du taxi dans la province. Cette somme bonifiée sera prise à même les courses effectuées dans un avenir prévisible, le temps de la rembourser totalement.

Dans tout ça, Uber s’en sort plutôt bien. Québec aurait aussi bien pu imposer une limite plus sévère sur le service de cette dernière, ou créer une surcharge à la congestion routière provoquée par ces nouveaux venus dans les services de transport sur mesure. Une étude parue l’été dernier aux États-Unis indique que contrairement à ce qu’on a déjà avancé, Uber et Lyft entraînent une hausse substantielle de la congestion urbaine, de l’ordre de 160% dans certains endroits.

Lyft n’est toujours pas présente à Montréal encore, mais ça ne devrait pas tarder. L’entreprise nouvellement cotée à la Bourse de New York est présente à Toronto, et a promis une expansion à Vancouver et Montréal avant la fin de l’année.

Bref, la concurrence sera plus relevée pour les taxis d’ici quelques mois. Peut-être encore un peu plus si Téo Taxi renaît et englobe les taxis Diamond et Hochelaga, comme ça a été suggéré par l’entrepreneur Peter Boyko.

Vers une alliance taxis-BIXI?

Mais ce n’est pas tout. Car Uber a confirmé que ses vélos en libre-service seront déployés à Montréal cet été. Uber a racheté la startup californienne Jump il y a quelques mois, pour la coquette somme de 200 millions $US, afin de se diversifier. La volonté de son PDG Dara Khosrowshahi est de résoudre le fameux problème du dernier mille (ou dernier kilomètre, au choix), peu importe le moyen de transport.

Selon lui, c’est là où se trouve la rentabilité de son entreprise. Et la clé qui, avec un peu chance, justifiera sa valeur boursière anticipée de plus de 100 milliards $US, ce qui placera Uber dans une catégorie financière à part, pour ainsi dire.

Les vélos de Jump ont plusieurs avantages sur le taxi, et même le BIXI, qui devra s’ajuster à la vitesse grand V pour survivre. D’abord, ce sont des vélos sans station d’accueil, qui gisent un peu partout en ville, et qui peuvent être empruntés sans inscription centralisée. Il suffit de créer un compte sur une application mobile, avec moyen de paiement approuvé, et c’est parti.

Ensuite, il s’agit de vélos électriques. Dans une ville plate comme Calgary, des vélos à pédale traditionnels font bien. Dans une ville construite autour du Mont Royal, on développe un peu plus les mollets. Un vélo à assistance électrique convaincra les voyageurs les plus réticents à enfourcher une bécane pour aller au boulot.

L’assistance électrique n’est pas juste une mode passagère. Tout le monde, y compris Dorel et Procycle (connue désormais sous le nom de Rocky Mountain), qui font dans bien plus que les vélos urbains, sont aussi entichés de l’assistance électrique.

La raison : ça va justement chercher ces gens qui veulent faire du vélo, mais qui ne sont pas de la première vague d’utilisateurs. Dans un contexte urbain, ça attirera des gens qui, autrement, emprunteraient un taxi : les touristes, les gens d’affaires, les travailleurs.

Héler une voiture ou déverrouiller un vélo électrique via l’application Uber, déjà présente sur un nombre important d’appareils mobiles, est d’une simplicité qui va désarmer plus d’un opposant aux technologies de rupture qu’incarne Uber.

Des trottinettes qui tournent à plein régime

Les voitures et les vélos ne représentent pas la plus grande menace pour les taxis traditionnels. Les trottinettes électriques en libre-service connaissent une popularité encore plus fulgurante que leurs deux prédécesseurs branchés. En 14 mois seulement, la société Bird, qui a lancé le bal avec sa rivale Lime Bikes, a pris d’assaut 120 villes un peu partout dans le monde, et atteint désormais une valeur estimée supérieure à 2 milliards de dollars.

Autrement dit, cette émergence accélérée d’un troisième mode de transport urbain destiné au dernier mille est une révolution encore plus importante qui guette les villes où le transport à la demande ou le transport public ne sont pas particulièrement bien structurés.

L’automne dernier, déjà, les rumeurs circulaient sur l’arrivée imminente d’un tel service à Montréal. Le temps que la neige fonde et on verra sûrement les premières trottinettes électriques en libre-service apparaître au centre-ville. Le temps que les premiers rigolos en balancent quelques-unes dans le canal Lachine, ou en pleine intersection bondée, et cette nouvelle offre trouvera sa niche.

Évidemment, il faudra aussi du temps à ces services pour trouver leur seuil de rentabilité. Et c’est là où tout se jouera : Uber, Bird et les autres viendront-ils à bout de la patience des investisseurs avant de vider la caisse?

Allez demander aux actionnaires de Tesla. Ou même de Twitter. Toutes deux ont pris une éternité avant de générer un trimestre profitable. Et pourtant, demandez-leur s’ils préfèrent parier sur l’avenir du bon vieux taxi. Sous cet angle, on peut mieux comprendre la position de Québec, qui aurait quand même pu en faire plus, sans que ce soit strictement financier.

Imaginons une aide aux services d'ici afin de mieux les positionner face à leurs homologues américains. Harmoniser l'offre de transport multimodal en créant un guichet unique pour le taxi, le BIXI, et allons plus loin, le métro, l'autobus et d'éventuelles trottinettes. Car au-delà de toute la politique et du passif de vieilles industries encadrées par la loi, c'est là où ça se joue.

Offrir un service supérieur et plus accessible fera la différence entre les entreprises qui ne font que passer et celles qui resteront.

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À propos de ce blogue

Autrefois, on appelait ça de l'électronique mais de nos jours, les nouvelles technologies vont bien au-delà des transistors et des circuits imprimés. Des transactions bancaires à l'écoute en rafale d'émissions de télé les plus populaires, la technologie est omniprésente. Et elle comporte son lot de questionnements. Journaliste spécialiste des technologies depuis bien avant l'avénement du premier téléphone intelligent, Alain McKenna a observé cette évolution sous tous ses angles et livre ici ses impressions sur le sujet.

Alain McKenna
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