Spotify: prospérer dans l'ombre de Google, Apple et Amazon

Publié le 14/02/2017 à 10:00

Spotify: prospérer dans l'ombre de Google, Apple et Amazon

Publié le 14/02/2017 à 10:00

Amazon, Apple et Google. Ces trois multinationales ont tout ce qu’il faut pour écraser les petits joueurs. Il y en a au moins un qui a compris comment en tirer profit. Et sa stratégie a de quoi inspirer les entrepreneurs québécois devant si souvent se mesurer au Goliath de leur secteur d’affaires respectif.


Cette entreprise en question n’est pas exactement une petite entreprise. Fondée en Suède en 2006, Spotify compte aujourd’hui un peu plus de 1600 employés et a un chiffre d’affaires de pas tout à fait 2 milliards d’euros (2,7 G $CA). Elle se spécialise dans le secteur de la musique numérique, un créneau où Apple(NASDAQ, AAPL) a déjà eu une quasi-hégémonie, qui s’effrite chaque jour un peu plus, à mesure que la vente de fichier musicaux se mutait en services par abonnement.


Aujourd’hui, Apple doit jouer du coude avec Amazon(NASDAQ, AMZN) aux États-Unis à tout le moins, Google(NASDAQ, GOOG), Microsoft(NASDAQ, MSFT)… et Spotify. Des cinq services musicaux numériques, c’est ce dernier le plus important. C’est pourtant le seul à ne pas posséder cet écosystème d’appareils, de logiciels et de services connexes qui lui conféreraient pourtant un avantage indéniable.


Le genre d’écosystème (qui inclut même des écouteurs Bluetooth!) qui a permis Apple d’arriver un peu sur le tard dans le marché de la musique par abonnement, avec Apple Music, et de rapidement s’accrocher au deuxième échelon de ce marché, en termes de nombre d’abonnés (voir graphique).


Musique connectée


Service niché, marché éclaté


On l’a vu à la fin janvier, Apple est aussi astronomiquement profitable, contrairement à Spotify, qui a perdu quelque 173 millions d’euros en 2015 (240 M$ CA). L’entreprise n’est donc pas sortie du bois, mais son positionnement sur le marché musical pourrait la sauver d’une fin prématurée.


Ce positionnement est simple : Spotify se trouve dans l’angle mort de tous ses concurrents plus imposants, plus convergents. Amazon, Apple et Google sont occupés à se chamailler entre eux. Microsoft (dont le service Groove n’est pas si mal, mais demeure méconnu) aimerait bien être de la partie.


Autre atout : le service musical suédois n’a aucune attache particulière non plus. L’application est disponible partout, tout le temps : sur les appareils Windows, Android et iOS (incluant Android Auto et CarPlay, les interfaces pour voitures connectées), via l’enceinte connectée Echo d’Amazon (entièrement compatible avec Alexa), sur les consoles de jeu vidéo…


Pour une entreprise technologique indépendante, c’est le meilleur des deux mondes : un service «niché» (Spotify, c’est de la musique en streaming, point à la ligne) offert à tout le marché, aussi éclaté soit-il. Cela dit, Spotify est un service musical pas niché au point de se peinturer dans le coin. Ça, ça semble plutôt être la description de Tidal, un service musical de haute qualité plus coûteux qui peine à tirer son épingle du jeu. 


AmpMe


Le cas AmpMe


Il existe un service musical québécois qui est dans une situation rappelant en quelque sorte Spotify. AmpMe est une application multiplateforme qui vise justement à faire le pont entre des applications musicales et des appareils connectés en tout genre. Il n’y a pas à dire, c’est un service particulièrement niché là aussi…


Sauf que contrairement à Sonos, par exemple, AmpMe n’a pas besoin d’appareils de la même marque pour fonctionner. En fait, une toute nouvelle fonction de l’application, présentée au CES de Las Vegas, le mois dernier, permet aux utilisateurs de jumeler des téléphones et des enceintes Bluetooth afin de créer un véritable concert musical, (presque) sans égard à la marque des appareils.


Vous voyez la similitude avec Spotify? Martin-Luc Archambault, qui a créé AmpMe, se compare un peu plus à Shazam. Cette application qui, à l’origine, identifiait le nom d’une chanson et son interprète après quelques secondes d’écoute est aujourd’hui un petit empire musical à lui tout seul.


Les deux comparaisons tiennent la route, et M. Archambault n’hésite pas non plus à dire qu’il souhaite demeurer indépendant. Son but n’est certainement pas d’être avalé par Google! Autrement dit, que les gros joueurs de la musique branchée se disputent entre eux, ça laisse les coudées franches pour développer un produit plus spécialisé, mais fonctionnant sur toutes les plateformes existantes.


Spotify semble avoir trouvé un bon filon. Il lui reste à trouver la voie de la profitabilité. AmpMe est une application gratuite, et ses créateurs se laissent encore un peu de temps avant d’appliquer un modèle d’affaires durable à l’opération. Dans l’ombre d’Amazon, Apple et Google, il semble y avoir encore assez de place pour trouver la bonne formule…




À propos de ce blogue

Autrefois, on appelait ça de l'électronique mais de nos jours, les nouvelles technologies vont bien au-delà des transistors et des circuits imprimés. Des transactions bancaires à l'écoute en rafale d'émissions de télé les plus populaires, la technologie est omniprésente. Et elle comporte son lot de questionnements. Journaliste spécialiste des technologies depuis bien avant l'avénement du premier téléphone intelligent, Alain McKenna a observé cette évolution sous tous ses angles et livre ici ses impressions sur le sujet.

Alain McKenna
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