L'Internet mobile illimité n'est pas pour vous, c'est pour le CRTC

Publié le 17/07/2019 à 07:00

L'Internet mobile illimité n'est pas pour vous, c'est pour le CRTC

Publié le 17/07/2019 à 07:00

(Image: saisie d'écran)

Cet été, le marché canadien du sans-fil a vu apparaître de nouveaux forfaits qui, si on ne lit pas les petits caractères, semblent repousser encore un peu plus loin les limites de l’Internet mobile. Des forfaits de données illimités, après tout, ça frappe l’imaginaire. Encore il y a quelques mois, même à la maison, l’Internet illimité était un concept à peu près inexistant, au Canada.

À noter que des données mobiles illimitées, c’est quelque chose qui existe ailleurs dans le monde depuis un bon bout de temps, déjà. En fait, il n’a pas fallu attendre une semaine avant que des internautes sur Reddit et les médias sociaux ne mettent à jour une vieille image qui compare le prix des forfaits mobiles au Canada et en Australie.

Pourquoi? Parce qu’à chaque fois qu’on rappelle à quel point le marché du sans-fil est coûteux, au Canada, quelqu’un quelque part tente de justifier la situation en expliquant que le Canada, c’est un grand territoire qui coûte cher à couvrir d’ondes cellulaires. Le marché australien étant comparable au marché canadien en termes de superficie, de population et de tout le reste, c’est donc un bon moyen de répondre à cette répartie.

Pas de limite, ou limite lointaine?

Jetez un coup d’œil à l’image accompagnant ce billet, où on voit le détail d’un des forfaits illimités de données mobiles proposés au Canada depuis quelques semaines, et un forfait tout à fait banal proposé par un fournisseur australien, et dites-moi lequel vous semble le plus attrayant.

Pour fins de comparaison, on a opté pour un forfait à 50 go de données mobiles «pleine vitesse», s’apparentant le plus au forfait de 40 go par mois australien présenté ici. Notez que 40 dollars australiens équivalent à 36,65 dollars canadiens. Donc, pour sensiblement le même prix, on pourrait empiler presque cinq forfaits à 40 go, si on vivait en Australie. Pas loin de 200 gigaoctets de données mobiles.

Ah, d’accord, ce n’est pas illimité à proprement parler. Mais les forfaits illimités offerts au Canada comportent une clause qui mène à se demander s’ils sont réellement illimités eux aussi. Car une fois la limite de «pleine vitesse» atteinte, le réseau réduit de façon plus que radicale le débit disponible, entre 256 et 512 kilobits par seconde, selon le réseau.

À titre comparatif, en haute qualité, un flux musical de Spotify accapare 320 kb/s. En d’autres mots, peut-être que recevoir des courriels ou visiter quelques sites web continuera d’être possible, mais le contenu «riche» (films, télé, jeux vidéo, musique) sera à peu près inaccessible.

Le forfait illimité de données mobiles le moins cher au Canada est à 75$ par mois, et plafonne la vitesse optimale à partir de 10 gigaoctets consommés.

Partager ces forfaits illimités avec le reste de la famille semblera donc une bonne idée jusqu’à ce qu’on réalise qu’on ne fait que diviser la part du forfait qui a réellement de la valeur, celle se trouvant sous la limite des 10, 20 ou 50 go passant par le réseau LTE de son fournisseur.

L’effet du CRTC

Évidemment, ce geste de la part des grands fournisseurs est un pas dans la bonne direction. Un petit pas, pourrait-on dire, mais un pas quand même. Et s’il faut en retirer une leçon, c’est que malgré tout, le CRTC a une influence dans l’industrie qui demeure encore sous-estimée.

Car la raison pour laquelle ces forfaits sont soudainement apparus cet été est simple : l’organisme fédéral a révélé avoir l’intention d’étudier l’état du marché du sans-fil, au fil des prochaines semaines, afin de s’assurer que la compétition y est saine. Dans les mots du CRTC : «doit-on poser de nouveaux gestes pour améliorer le choix et l’abordabilité pour les Canadiens?»

Plus tôt cette année, la critique a été vive face à la mise en place de «petits forfaits» de données mobiles par ces mêmes fournisseurs. La raison? Pour une mensualité de 20 à 25 dollars, il était possible d’obtenir un très maigre volume mensuel de données.

Il y a deux ans, ces mêmes fournisseurs ont été forcés par le CRTC à lancer de nouveaux forfaits de télé de base abordables, qui se sont eux aussi avérés peu avantageux pour les consommateurs canadiens.

En d’autres mots, on joue au chat et à la souris, dans les télécommunications canadiennes. Et ce qui s’est produit dans la télé câblée est en train de se reproduire dans l’Internet mobile.

Le seul cas où cette pratique a réellement profité aux consommateurs, c’est du côté de l’Internet résidentiel, où le CRTC a tranché, il y a quelques années là encore, en faveur d’une plus grande ouverture envers les fournisseurs régionaux indépendants.

Est-ce que ces nouveaux forfaits illimités suffiront à convaincre le CRTC que tout est au beau fixe dans le sans-fil? L’organisme fédéral pourrait aussi décider de pousser plus loin sa réflexion. À moins que lui aussi, après un certain volume de données, il se mette soudainement à fonctionner au ralenti…

 

À propos de ce blogue

Autrefois, on appelait ça de l'électronique mais de nos jours, les nouvelles technologies vont bien au-delà des transistors et des circuits imprimés. Des transactions bancaires à l'écoute en rafale d'émissions de télé les plus populaires, la technologie est omniprésente. Et elle comporte son lot de questionnements. Journaliste spécialiste des technologies depuis bien avant l'avénement du premier téléphone intelligent, Alain McKenna a observé cette évolution sous tous ses angles et livre ici ses impressions sur le sujet.

Alain McKenna
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