L'avenir de l'Internet canadien se jouera-t-il dans l'espace?

Publié le 29/07/2019 à 09:29

L'avenir de l'Internet canadien se jouera-t-il dans l'espace?

Publié le 29/07/2019 à 09:29

(Image: Airbus/OneWeb)

La semaine dernière, le gouvernement fédéral a annoncé un investissement de 85 millions de dollars dans la technologie Leo, de Telesat. L’entreprise d’Ottawa spécialisée dans les technologies satellites rêve d’une constellation de 300 satellites couvrant l’ensemble de la planète, pouvant fournir un accès à Internet égal peu importe où on se trouve, en ville ou en région.

Pour Ottawa, l’investissement pourrait grimper jusqu’à 600 millions $ d’ici dix ans, si le gouvernement exerce son intention de réserver une partie de la bande passante ainsi créée afin de brancher les régions. Annoncé il y a quelques années déjà, l’objectif ici est d’offrir un accès à Internet «haute vitesse» à tout le monde au pays au plus tard en 2030.

Normalement, l’entrée en service de Leo est prévue pour 2022 au Canada, le réseau prenant de l’expansion à l’international par la suite.

Pour les régions, l'Internet haute vitesse est au moins aussi important pour le développement économique et social que dans les zones urbaines. Dans le nord du Québec et du Canada, cette nouveauté débarquera à peu près en même temps qu’un réseau cellulaire 4G qui sera déployé par l’équipementier Huawei. Malgré la controverse entourant sa présence dans le secteur nord-américain des télécommunications, Huawei a fait cette annonce au début de la semaine dernière.

L’objectif est de connecter pas tout à fait 100 communautés rurales du nord du pays à l’aide d’un réseau dont la bande passante théorique pourrait atteindre des pointes de 300 mégabits par seconde (Mb/s), en téléchargement, et de 50 Mb/s en téléversement.

De son côté, le réseau Leo de Telesat aura un débit plancher de 50 Mb/s en réception et de 10 Mb/s en envoi, ce qui est sensiblement moins rapide. Mais sa couverture sera plus étendue.

Quand Telesat se frotte à SpaceX et Airbus…

Le futur réseau de Telesat se frottera à une rude concurrence dès son premier jour d’opération, puisqu’au moins deux autres gros joueurs lorgnent du côté des étoiles pour offrir un accès mondial à Internet. Un de ceux-là compte activer une partie de son réseau pas plus tard que l’an prochain, et c’est un joueur bien connu du monde des technos : il s’agit de SpaceX, la société dirigée par Elon Musk.

Un autre réseau appelé OneWeb (en partenariat avec Airbus) est aussi en train de se mettre en place. Celui-là comptera 600 satellites en orbite à 1200 km du sol avant la fin 2020, si l’entreprise remplit ses promesses. À terme, ce sont 1980 satellites qui vont composer ce réseau, ce qui est particulièrement ambitieux, mais plus modeste que les 4425 satellites de Starlink, le réseau que SpaceX compte mettre en place également.

La situation se corse pour Telesat car des tests effectués avec une demi-douzaine de satellites par OneWeb indiquent que son réseau peut atteindre un débit de 400 Mb/s vers le sol, avec une latence (un décalage de transmission) de 32 millisecondes. C’est plus que suffisant pour visionner de la vidéo en pleine HD de fournisseurs comme Netflix, ou même du direct, en fait.

Mais c’est un peu plus compliqué que ça, en fait. Des simulations effectuées par une équipe du MIT en début d’année tendent à indiquer que Telesat pourrait offrir un meilleur accès à Internet en raison d’un angle d’élévation de 20 degrés, comparativement à 55 degrés pour OneWeb et 40 degrés pour SpaceX. Cette différence rend les satellites de Telesat plus facilement «visibles» du sol.

L’équipe du MIT ajoute que même si SpaceX se positionne comme la meilleure offre dans ce créneau, une concentration de satellites à la latitude de Seattle et du centre de la Terre laisse les pôles dégagés. La stratégie de Telesat de cibler les régions au nord du Canada n’est donc pas si bête…

Peu importe, l’enjeu est gros : on anticipe un marché des services internet par satellites générant des revenus annuels de 40 milliards $US au bas mot, quelque part à partir de 2025.

Les satellites, la 5G et l’avenir des télécoms

Le secteur des télécommunications est protégé dans plusieurs pays. Au Canada, on défend la propriété canadienne des opérateurs. En Chine, ça va beaucoup plus loin. Déjà, le gouvernement chinois a déclaré vouloir interdire la présence de ces services étrangers sur son territoire.

L’intention des trois fournisseurs n’est pas d’entrer de force dans ces marchés. Telesat a déjà l’oreille d’Ottawa, tandis que SpaceX a confirmé qu’elle offrirait son service seulement là où elle aura des ententes formelles avec les autorités.

Au Canada, les premiers signes pointent vers une technologie qui agira comme complément à l’infrastructure déjà en place (ou à venir), comme la fibre optique et même la technologie 5G. En d’autres mots, elle sera confinée aux régions plus éloignées et à des applications commerciales comme l’Internet en avion, ou même en voiture.

En d’autres mots, ce n’est pas tout à fait une révolution. À moins d’une surprise de taille, les géants établis ne seront pas mis à mal par l’arrivée de ces nouveaux joueurs. Au mieux, ça les stimulera à étendre la portée de leurs propres réseaux un peu plus loin en région, ce qui profitera à l’économie régionale de façon générale.

Mais là encore, rien n’est moins sûr. Ce sont les joueurs régionaux plus modestes qui risquent de souffrir de cette nouvelle concurrence.

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À propos de ce blogue

Autrefois, on appelait ça de l'électronique mais de nos jours, les nouvelles technologies vont bien au-delà des transistors et des circuits imprimés. Des transactions bancaires à l'écoute en rafale d'émissions de télé les plus populaires, la technologie est omniprésente. Et elle comporte son lot de questionnements. Journaliste spécialiste des technologies depuis bien avant l'avénement du premier téléphone intelligent, Alain McKenna a observé cette évolution sous tous ses angles et livre ici ses impressions sur le sujet.

Alain McKenna
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