iPad : La Hutte suscite de vives critiques, les éditeurs québécois se tournent vers iBooks

Publié le 11/06/2010 à 10:58

iPad : La Hutte suscite de vives critiques, les éditeurs québécois se tournent vers iBooks

Publié le 11/06/2010 à 10:58

Par Alain McKenna

Blogue. La Hutte, l'application pour iPad où les libraires québécois peuvent vendre leurs produits imprimés et numériques, vient d'arriver dans l'App Store, et déjà, les critiques fusent. Pendant ce temps, les éditeurs se préparent pour la boutique iBooks d'Apple, sur iPad et aussi bientôt sur iPhone 4.

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Si quelqu'un cherche dans l'histoire du livre québécois un moment où il y a eu autant d'action, on lui souhaite bonne chance… Car il y a véritablement effervescence dans le numérique, à l'heure actuelle. On peut probablement en imputer la faute au clivage qui existe entre les exigences commerciales et politiques de l'industrie du livre, et les attentes très élevées des internautes et des propriétaires d'appareils numériques comme l'iPad.

Très attendue d'une majorité de propriétaires québécois d'iPad, l'application La Hutte devait répondre à la fois à ces exigences et à ces attentes. Disons que pour une première impression, c'est un peu raté.

La Hutte vs iBooks Store

Les critiques se sont rapidement fait entendre : acheter un livre sur La Hutte est un processus inutilement complexe, qui exige de créer au moins deux comptes différents, et de partager son numéro de carte de crédit un peu trop souvent au goût de plusieurs. Déjà, des menaces d'internautes préférant se tourner vers des livres étrangers ont été proférées à gauche et à droite.

Remarquez, c'est le genre de menaces à ne pas trop prendre au pied de la lettre. La littérature, ce n'est pas du beurre d'arachides : les produits ne sont pas interchangeables aussi facilement (on pourrait entrer dans le débat entre culture et industrie culturelle, mais il n'y aura jamais suffisamment d'espace disponible, même sur Internet, pour faire le tour de cette épineuse question).

Dans le cas de La Hutte, disons pour résumer que ça se compare mal au processus d'achat de la boutique virtuelle iBooks, d'Apple, où tout se règle d'un seul clic. L'avantage d'Apple : la chaîne lui appartient au complet, c'est un peu normal que le processus soit plus simple.

La navigation est aussi différente, mais ça encore, c'est au libraire d'y voir, La Hutte n'étant en fin de compte qu'une vitrine pour les libraires désireux d'investir l'univers du iPad.

Clément Laberge, de la société De Marque (qui a conçu La Hutte), s'attendait à une certaine critique. L'application est pour le moment incomplète, puisqu'à terme, on y trouvera plus qu'une seule et unique librairie (livrequebecois.com est seul en ce moment), ce qui rehaussera la qualité de l'offre et, espérons-le, de la navigation.

Aussi, le processus d'inscription afin d'y faire des achats sera simplifié. Probablement que De Marque invitera les libraires inscrits à n'offrir sur La Hutte que des livres au format numérique, ce qui simplifiera d'autant plus le magasinage des éventuels clients.

iBooks : pas très profitable

Ça, c'est pour l'aspect technique de l'affaire. L'aspect politique, lui, est encore plus complexe. Après tout, De Marque aurait pu créer une application où auraient été vendus les livres numériques stockés par les éditeurs québécois sur l'Agrégateur de leur association, l'ANEL.

Au téléphone, M. Laberge explique que ce n'est pas si simple. Les éditeurs et les libraires ont une relation particulière, au Québec, et il ne faut pas éliminer ces derniers du processus d'achat, même dans le monde numérique, croit-il. Après tout, l'imprimé représente encore 99-et-quelques pour cent du marché du livre. Un éditeur qui se met les libraires à dos ne survivra pas longtemps grâce à ses seules ventes numériques…

Et de toute façon, ceux qui préféreraient acheter leurs livres en français sur l'iBooks Store pourront bientôt le faire : De Marque est à quelques jours près d'officialiser la passerelle qui permettra aux éditeurs qui le veulent bien de livrer leurs livres à Apple et à son iBooks Store, sur iPad mais aussi bientôt sur le nouveau iPhone 4.

Seul hic : ils doivent consentir à un prix de vente pratiquement fixé par Apple : sur iBooks, un livre doit se vendre 30 à 40 % moins cher qu'en librairie. Et un autre 30 % de ce prix de vente réduit s'en va directement à Cupertino.

Si on inclut dans l'équation les frais associés à la numérisation au format de fichiers ePub, utilisé par Apple, mais pas par les éditeurs québécois (ils utilisent un format PDF), ces derniers n'ont pas beaucoup d'argent à faire sur l'iBooks Store au-delà des best sellers.

Pour le moment, l'entrepôt numérique de l'ANEL comprend plus de 2800 titres, mais seulement une quarantaine d'entre eux sont présentement en format ePub.

Le livre québécois à la croisée des chemins

Ça place le livre québécois à la croisée des chemins. Sur iBooks, il sera noyé dans un océan de livres numériques provenant d'ailleurs dans le monde. Sur La Hutte, il est relativement protégé.

Dans l'imprimé, la Loi 51, datant de 1979, a protégé la diffusion de la littérature québécoise, en donnant naissance aux librairies agréées, lesquelles doivent respecter un certain niveau de ventes de livres provenant d'éditeurs locaux. Plusieurs estiment qu'on doit la vitalité de l'industrie québécoise du livre à cette seule loi.

Sans doute que des dizaines d'auteurs d'ici n'auraient tout simplement jamais percé sans la Loi 51, au Québec comme à l'étranger. Évidemment, il n'existe pas de telle loi dans l'univers numérique, encore moins dans celui dominé par Apple…

Alors le calcul est le suivant : le livre numérique québécois survivra-t-il dans un marché mondial, sans une protection similaire à celle de la Loi 51? Et est-ce que La Hutte peut offrir une telle protection? Selon M. Laberge, La Hutte est une des premières applications téléchargées par les propriétaires québécois d'iPad. C'est donc dire qu'il y a place à une telle vitrine, aussi imparfaite soit-elle.

De toute façon, vaut mieux faire des erreurs en vase clos, comme c'est le cas présentement, que quand il sera trop tard. De Marque promet une Hutte nettement améliorée d'ici la rentrée, moment crucial pour le livre au Québec. Il sera plus facile de juger de l'importance du numérique dans le monde de l'édition à ce moment-là…

 

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