Cette (autre) start-up québécoise propulsée par le virage connecté d'Hydro-Québec

Publié le 01/11/2019 à 07:00

Cette (autre) start-up québécoise propulsée par le virage connecté d'Hydro-Québec

Publié le 01/11/2019 à 07:00

(Photo: courtoisie)

On ne le réalise pas trop au Québec, où l’accès à une source d’énergie n’est à peu près jamais un enjeu – dans les grands centres, du moins. On trouve des prises de courant partout, tout le temps, et au bureau ou à la maison, on reçoit une facture mensuelle modulée selon une consommation qui est probablement parmi les plus élevées sur le continent (sinon au monde). Et pourtant, le montant à payer au bas de la facture est le plus bas en Amérique du Nord.

D’où l’étonnement, et peut-être même la consternation, d’une frange du public quand Hydro-Québec a annoncé la création de Hilo, une division qui misera sur la maison intelligente pour améliorer l’efficacité énergétique des ménages et des entreprises partout dans la province.

Ça doit certainement cacher une hausse des tarifs, disent les uns. C’est un excellent moyen pour les (trop) nombreux dirigeants de la société d’État de s’en mettre encore plus dans les poches, disent les autres. Le Québec n’a pas le monopole du cynisme, mais a toujours autant de mal à voir que le verre, parfois, est plus plein que vide. Image forte pour le producteur d’électricité national qui aimerait bien mieux contrôler la demande locale, afin d’exporter davantage ailleurs au Canada et aux États-Unis (ou même plus loin, la technologie aidant).

Si on retourne cette question à l’envers, on peut la poser ainsi : et si Hydro-Québec venait de donner un coup de pouce aux entreprises d’ici qui souhaitent percer l’industrie toute naissante des appareils connectés pour la maison? Pas seulement que les entreprises partenaires du projet, comme Stelpro...

La maison connectée québécoise

On en compte quelques-unes, et parmi celles-ci se trouve Sinopé Technologie, une entreprise de Saint-Jean-sur-Richelieu qui conçoit et fabrique des thermostats, des interrupteurs, des contrôleurs de charge, et divers autres accessoires connectés permettant de mieux gérer sa consommation d’énergie à la maison. Ou au bureau. Ou à distance. Ou pas du tout (en automatisant le tout).

Sinopé se présente comme «le plus important fabricant au Canada» dans son créneau, mais l’entreprise n’a certainement pas encore atteint son plein potentiel, ce marché étant encore à ses premiers balbutiements. «L’adoption au Québec est peut-être un peu tardive, car les gens ne réalisent pas que la technologie est accessible et abordable, aujourd’hui. Ce n’est pas une technologie de domotique du futur», explique Maxime Caron-Labonté, directeur commercial de Sinopé, qui était de passage la semaine dernière à notre balado Une Tasse de Tech.

Le consommateur peut espérer amortir cette dépense en réduisant sa facture d’électricité. C’est moins apparent que dans les endroits où le prix de l’électricité varie selon l’heure de la journée, mais c’est quand même possible, assure M. Caron-Labonté.

Sinopé et sa cinquantaine d’employés font un peu bande à part, à l’heure actuelle, face à des rivaux étrangers aux poches profondes comme Nest (la filiale d’Alphabet-Google), Amazon, Philips et quelques autres. Une application native digne de ce nom vient à peine d’être lancée, sur Android. Il y a certainement du rattrapage à faire, mais on ne sent pas l’urgence, du côté de Sinopé, qui vient d’ouvrir des bureaux à Vancouver, notamment, pour hausser ses ventes.

«Ce serait à nous de nous connecter à toutes ces diverses plateformes», admet son porte-parole. «On pourrait communiquer avec toutes ces interfaces-là, que ce soit celles de Bell ou Vidéotron, ou de Google et Amazon. Mais à terme, on devra être compatibles avec elles.»


Élargir l’écosystème

Les appareils de Sinopé sont pour le moment cantonnés dans les accessoires électriques pour la maison, et n’incluent pas ces caméras de surveillance, ces serrures, et ces autres produits qui sont au moins aussi, sinon plus populaires auprès d’une certaine clientèle très branchée. À quand une ampoule WiFi?

«Une serrure connectée, ou un store mécanisé? On fait beaucoup de R-D là-dessus. Est-ce que l’intégration de certains accessoires de sécurité est une option? On regarde ça. On teste et on développe. C’est certain que c’est un marché extrêmement fascinant. Éventuellement, tous ces appareils pour la maison vont se connecter.»

Développant ses produits localement, la PME johannaise voit bien évoluer les besoins des maisons québécoises. Ça donne des produits mieux adaptés à la réalité d’ici que ce que proposent des rivaux étrangers, comme Nest, justement, qui met du temps à comprendre que 90% du chauffage chez nous se fait via des plinthes murales commandées par un thermostat qui n’a pratiquement pas changé depuis 40 ans.

Sinopé a aussi des solutions pour centraliser la commande de plusieurs unités séparées, pour les gestionnaires d’immeubles à logement qui veulent suivre de près la consommation des locataires. Et à mesure que la demande évolue, le fabricant pourra ajuster son offre en conséquence.

Ce qui risque de se produire plus tôt que tard. Bell et Vidéotron font déjà une promotion à grande échelle de la maison connectée, qui se contrôle via leurs applis mobiles (ou commande vocale). Maintenant qu’Hydro-Québec s’intéresse à ce créneau, parions que ça va stimuler la demande pour des appareils optimisant notre consommation d’énergie…

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À propos de ce blogue

Autrefois, on appelait ça de l'électronique mais de nos jours, les nouvelles technologies vont bien au-delà des transistors et des circuits imprimés. Des transactions bancaires à l'écoute en rafale d'émissions de télé les plus populaires, la technologie est omniprésente. Et elle comporte son lot de questionnements. Journaliste spécialiste des technologies depuis bien avant l'avénement du premier téléphone intelligent, Alain McKenna a observé cette évolution sous tous ses angles et livre ici ses impressions sur le sujet.

Alain McKenna
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