Amazon est-elle une entreprise de vente pyramidale?

Publié le 21/03/2018 à 11:31

Amazon est-elle une entreprise de vente pyramidale?

Publié le 21/03/2018 à 11:31

(Image: saisie d'écran)

Ça commence par un courriel tout simple. «Bonjour, je bosse pour Amazon et leur Programme d’influenceurs. J’ai vu votre compte sur Twitter (ou Facebook, ou…) et je crois que vous feriez une superbe addition à ce programme.»


«Le concept est simple : vous héritez de votre propre page sur Amazon.com (ou Amazon.ca) où vous pouvez recommander vos produits favoris et faire de l’argent sur les achats admissibles faits à partir de cette page. Des milliers d’influenceurs sur Youtube, Facebook et Instagram en font déjà partie. Cliquez ici!»


Est-ce que ça rapporte?


S’ensuit une courte liste de ces influenceurs, qui font des sous en ploguant littéralement des produits vendus par des tiers sur Amazon. Combien gagnent-ils? C’est extrêmement variable, mais ça peut devenir tentant de s’investir dans le programme : la prime varie : 1% sur les jeux vidéo, de 2, à 4% sur les produits électroniques divers, 5% sur les produits numériques (musique, épicerie en ligne, etc.) et jusqu’à 10% sur tout ce qui est mode, vêtements et décoration.


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Ceci, notez bien, n’est pas un programme marginal : des portails en manque de revenus comme Mashable et The Wirecutter sont des exemples souvent cités de «parfaite intégration du contenu et des revenus dans la stratégie de mise en ligne», pour citer un stratège web qui s’est penché sur la question. Le populaire blogue vidéo What’s Up Mom est également de la liste.


Dans un monde où la pub en ligne génère des revenus en baisse, ce «call-to-action» qui consiste à inciter à l'achat contre rémunération est tentant pour plus d’un site web ayant une difficulté croissante à boucler les fins de mois.


Au Canada, plusieurs de vos personnalités Youtube préférées ont une page sur Amazon, et y réfèrent à des produits qu’il fera peut-être votre affaire d’acheter.


Naturellement, quand on a un rôle «d’influenceur», c’est qu’on a la capacité d’inciter les gens à agir dans un sens souhaité. Dans les technos, c’est souvent en mettant la main en premier sur les plus récents gadgets qu’on gagne en influence, puisqu’on peut ainsi publier une première critique à leur égard.


Qu’en est-il de la qualité de cette critique si, en bout de ligne, Amazon nous paie juste assez pour nous inciter à vendre ses produits à notre audience?


Je vous laisse former votre propre opinion là-dessus.


Attendez! Ce n’est pas tout!


Entre le journalisme de consommation et la plus pure plogue, il y a définitivement une énorme zone grise qui s’est formée, ou du moins grandement élargie, ces dernières années, et où vivotent toutes les formes possibles de communication destinée aux consommateurs.


Le gris de cette zone est très opaque. Tellement, en fait, qu’il est difficile, et probablement impossible d’harmoniser une quelconque forme d’éthique, encore moins de déontologie, d’un internaute à l’autre.


Amazon profite de cette opacité en ciblant des gens qui y nagent comme poisson dans l’eau : en bas d’un certain nombre d’abonnés, aucune chance d’avoir accès à son programme d’influenceurs, on s’entend. À l’inverse, le détaillant en ligne y va de belles grandes flatteries auprès de ceux qu’elle considère comme dignes d’entrer dans ce cénacle de la vente en ligne.


Mais, comme dirait l’autre, il y a un mais : car l’influenceur qui n’est pas assez actif au goût d’Amazon aura droit à des remontrances.


«Nous vous contactons aujourd’hui car nous n’avons pas observé de ventes admissibles sur votre compte. Nous vous rappelons qu’en tant qu’Associé, vous devez générer au moins trois ventes admissibles durant les 180 premiers jours de votre inscription, sans quoi celle-ci sera rejetée. À ce stade-ci, il vous reste 90 jours pour produire des ventes et éviter la fermeture de votre compte.»


De là à parler de vente pyramidale…


Il y a certainement un pas à franchir, mais il semble étonnamment logique, sinon de faire ce pas, à tout le moins, de faire un pas vers une définition de la vente en ligne qui a toutes les apparences d’une forme pyramidale.


D’abord, Amazon vous apprend que vous faites partie d’un groupe sélect d’individus ayant l’ascendant sur vos (nombreux) pairs. Ensuite, le site vous recrute, à grands coups de très petits caractères meublant une très longue page de conditions en tout genre (dont celle du seuil minimum de ventes, bien cachée au moment de l’inscription).


Enfin, on exige au moins trois ventes en six mois, sinon on vous expulse. Ce n’est pas du recrutement à proprement parler, mais en même temps, c’en est : on «recrute» des acheteurs, et sans doute dans le lot y en a-t-il qui voudront vous imiter, et devenir à leur tour des Influenceurs d’Amazon.


La seule différence entre ça et une vente réellement pyramidale, c’est que le modèle d’affaires ne repose pas sur le produit vendu lui-même, mais sur le recrutement de nouveaux membres.


Ironie du sort, Amazon ne vend pas directement ses produits via ce programme, mais ne sert que de plateforme pour des tiers, qui eux usent de tous les subterfuges possibles pour vendre pas cher des produits souvent très bon marché faits en Chine.


Alors, quelle est la motivation d’Amazon dans tout ça, sinon recruter des gens qui inciteront d’autres gens à s’inscrire à la plateforme Amazon? Cette entreprise, championne de l'évitement fiscal, dont la valeur a dépassé celle d'Alphabet, hier, pour en faire la deuxième plus grosse société cotée en Bourse, n'en est pas à une entourloupette près... Les GAFA n'ont clairement aucun respect pour l'honnêteté, la justice et encore moins la transparence.


Quant aux gens et aux entreprises utilisant cet outil pour faire de l’argent, souhaitons au moins qu’ils soient entièrement transparents quant à leur objectivité dans tout cela…


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À propos de ce blogue

Autrefois, on appelait ça de l'électronique mais de nos jours, les nouvelles technologies vont bien au-delà des transistors et des circuits imprimés. Des transactions bancaires à l'écoute en rafale d'émissions de télé les plus populaires, la technologie est omniprésente. Et elle comporte son lot de questionnements. Journaliste spécialiste des technologies depuis bien avant l'avénement du premier téléphone intelligent, Alain McKenna a observé cette évolution sous tous ses angles et livre ici ses impressions sur le sujet.

Alain McKenna
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