2019 se jouera entre Amazon et Apple

Publié le 10/12/2018 à 12:00

2019 se jouera entre Amazon et Apple

Publié le 10/12/2018 à 12:00

La déculottée boursière des dernières semaines a ramené plus d’un secteur à l’ordre, incluant surtout celui des technologies. Le titre d’Apple est plus bas qu’au début de l’année, sur fond de craintes liées aux piètres ventes de son iPhone.


Pour Apple, de toute façon, le mot d’ordre a été lancé : ce sont les services qui assureront la croissance. Et par services, on réfère à Apple Music, à l'App Store et à ce qu’il reste d’iTunes, du côté de la vidéo. Le lancement anticipé d’un forfait tout-inclus musique-et-vidéo quelque part avant l’été 2019 pourrait remettre Apple sur les rails, aux yeux des analystes.


Mais Apple a un joueur de taille dans les pattes. Et non, il ne s’agit pas de Netflix. Ni même de Disney, qui cible aussi le créneau de la vidéo sur demande pour la fin 2019. Son rival le plus important en 2019 est déjà bien connu de tout le monde, et s’avère celui qui, des GAFA, se tire le mieux d’affaires, dans une année boursière pour le moment médiocre. En un mot : Amazon.


Il n’est pas difficile d’imaginer Amazon prendre la tête du Nasdaq, qu’écrivais-je, de la Bourse américaine toute entière, avant la fin de l’année prochaine.


Une Fire TV qui ne vous ruinera pas


Ce n’est que depuis octobre que les consommateurs québécois peuvent découvrir les vertus de la Fire TV d’Amazon qu’on peut acheter aux États-Unis depuis quelques années déjà. Celle-ci est avant tout une version lourdement révisée d’Android pour satisfaire les besoins et contraintes d’un écran de télévision connecté. En un mot, c’est la réplique venue de Seattle aux Roku, Apple TV et Chromecast de ce monde.


Concrètement, ça prend la forme d’une gamme de téléviseurs Toshiba allant de 32 à 55 pouces de diagonale, à affichage HD ou HD, selon le cas. Notez le prix de détail dérisoire de ces produits : moyennant entre 300 et 700 dollars, vous pouvez mettre la main sur un téléviseur connecté dernier cri, accomplissant les tâches de la plupart de ses rivaux pouvant coûter le double, voire le triple.


Pour bien faire, Amazon propose aussi son Stick Fire TV 4K, une clé HDMI qui transforme le téléviseur de votre choix en appareil connecté à commande vocale. On a pu essayer les deux au fil de la dernière semaine.


Dans les deux cas, on a droit à une télécommande typique de ce type d’interfaces, intégrant une commande vocale dérivée d’Alexa, l’assistance numérique d’Amazon. Et ici, Alexa parle français, ce qui n’est pas encore le cas sur les enceintes connectées Echo et ailleurs dans l’écosystème d’applis liées à celle qu’on pourrait bien surnommer de grand-mère des services vocaux, étant donné sa présence dominante dans ce créneau encore tout émergent.


Contrairement à l’interface Roku, celle d’Amazon a été soigneusement francisée mur-à-mur, jusque dans le contenu de Prime Video et Prime Music, même si ça ne se voit pas à leur nom anglophone. Et contrairement à Roku et l’Apple TV, on peut ajouter des applis tierces à la Fire TV sans tracas, puisqu’elle accepte tout ce qui est compatible avec le système Android (ce qui ne garantit en rien leur compatibilité avec l’interface d’un écran de télévision…).


Pour le marché canadien, Bell a rapidement compris l’attrait de cette nouveauté, et intègre en partant CTV, Crave TV, et d’autres services tirés de son propre catalogue multimédia. Il ne manque que ses chaînes sportives (RDS et TSN) pour compléter l’offre, car le sport en direct est la seule réelle lacune de ces téléviseurs.


Pour le direct en général, il suffit de brancher une antenne à ces téléviseurs pour capter les ondes numériques locales, et en faire des entrées vidéo s’ajoutant aux services web. On peut même pauser la diffusion, au besoin (mais on ne peut rien enregistrer).


Prime : le bouquet de services connectés de référence


Les téléviseurs Toshiba édition Fire TV sont évidemment livrés avec les services couverts par Amazon Prime. Ce même Prime qui permet d’acheter et de se faire livrer des produits en deux jours, à même le site du cyberdétaillant de la côte ouest.


Et c’est là où Amazon compense pour les autres lacunes de sa télé connectée. Car Prime, aux États-Unis sinon en Amérique du Nord, représente une force inouïe dans le commerce en ligne. Amazon représente la moitié des achats sur Internet aux États-Unis, et probablement une part similaire chez nous. Et en avril dernier, on apprenait que 100 millions de ses meilleurs clients sont membres de Prime, qui démarre à 8$CA par mois.


Au Canada et au Québec, ils sont déjà très nombreux les abonnés. Et la majorité n’a pas encore tâté de la musique et des vidéos exclusives d’Amazon, pourtant incluses dans cette mensualité, la plus basse dans ce marché, et la plus généreuse, englobant tout sauf les livres numériques d’Audible et Kindle.


En ce moment, Amazon n’est pas le plus gros joueur dans ce marché, mais c’est un de ceux qui a le plus le vent dans les voiles. Surtout, il peut s’appuyer sur l’énorme succès de ses ventes en ligne pour pousser des millions de gens vers ses contenus, chose que ne peut faire ni Roku, ni Sonos, ni même Google.


Et sa stratégie d’offrir des prix sous ceux de la concurrence lui procurera toujours un avantage sur Apple, qui rechigne douloureusement à procéder de la sorte, même quand la demande est au ralenti.


En un mot, Amazon a un avantage concurrentiel majeur pour percer ce marché du divertissement numérique qui s’en vient de plus en plus chaud : un abonnement unique donnant accès à une gamme de services qui ne se trouve nulle part ailleurs.


En attendant une offre musclée résultant d’un éventuel partenariat entre Apple et Disney, vu leurs atomes crochus, ce sera l’offre à battre pour les mois à venir. Et les téléviseurs Fire TV n’en sont que la pointe qui émerge…


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À propos de ce blogue

Autrefois, on appelait ça de l'électronique mais de nos jours, les nouvelles technologies vont bien au-delà des transistors et des circuits imprimés. Des transactions bancaires à l'écoute en rafale d'émissions de télé les plus populaires, la technologie est omniprésente. Et elle comporte son lot de questionnements. Journaliste spécialiste des technologies depuis bien avant l'avénement du premier téléphone intelligent, Alain McKenna a observé cette évolution sous tous ses angles et livre ici ses impressions sur le sujet.

Alain McKenna
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