Le vrai problème des livres, c'est le manque de lecteurs

Publié le 24/08/2013 à 00:00, mis à jour le 22/08/2013 à 09:17

Le vrai problème des livres, c'est le manque de lecteurs

Publié le 24/08/2013 à 00:00, mis à jour le 22/08/2013 à 09:17

Vous êtes-vous déjà rendu chez Walmart ou Costco expressément pour acheter un livre ? Connaissez-vous quelqu'un qui l'ait déjà fait ?

C'est peu probable. Les consommateurs qui se rendent dans les grandes surfaces placent souvent des livres dans leur panier sous l'impulsion du moment, entre autres parce qu'ils coûtent moins cher qu'ailleurs. Si les prix étaient partout semblables, il est loin d'être certain que les consommateurs décideraient alors d'en acheter à la librairie du quartier. Au bout du compte, personne n'y gagnerait.

Ce n'est qu'un des arguments à retenir dans le débat en cours sur le prix des livres neufs et sur la mise en place d'un prix minimum pour empêcher les grands magasins d'en vendre au rabais. Les discussions à ce sujet ont commencé le lundi 19 août à la Commission des finances publiques de l'Assemblée nationale. Un rapport final devrait être présenté au début de l'automne.

On verra, mais déjà, le gouvernement semble être d'accord pour agir et resserrer les critères de vente de livres au Québec. Ce serait dommage. L'idée n'est pas juste mauvaise : à la limite, elle est dangereuse.

C'est vrai qu'au Québec les gouvernements cèdent régulièrement devant les incantations des groupes de pression. On se retrouve alors avec des prix prédéterminés sur lesquels le jeu de la concurrence ne peut pas s'exercer pleinement. Il y a un prix minimum pour l'essence. Pour la bière. Pour le lait. Même pour les pommes !

Question de stabilité de l'offre, nous dit-on. C'est aussi une question de stabilité des revenus des vendeurs, évidemment. Mais qui prend d'abord le parti des consommateurs ? De toute façon, le débat est «parti tout croche». La dispute sur le prix des livres occulte la véritable menace : on lit de moins en moins, dans nos sociétés. La tarte se rétrécit. Au lieu de se disputer pour savoir qui peut avoir de plus gros morceaux, il faudrait travailler à raviver le réflexe de lecture, particulièrement auprès des plus jeunes. Une plus grosse tarte pourrait en bonne partie apaiser les jalousies commerciales.

Clientèle en déclin

Remarquez, ils lisent, les jeunes, mais pas nécessairement comme le faisaient leurs aînés. Les versions électroniques sont de plus en plus populaires, et ce n'est ni chez Walmart ni chez le libraire du coin qu'ils s'en procurent.

La clientèle potentielle décline inexorablement. De là le caractère dangereux d'une réglementation qui aurait pour effet de rendre les livres moins abordables. La stratégie peut fonctionner en situation de forte demande. Or, nous vivons exactement l'inverse. Il ne faut donc pas sous-estimer le risque de voir s'accélérer la désaffectation envers les livres.

Qui plus est, on mesure encore mal l'influence grandissante des Amazon de ce monde. Leur part de marché augmente, qu'il s'agisse d'acheter un livre traditionnel en ligne ou d'en télécharger une version électronique. Dans un texte publié plus tôt dans Le Devoir, l'éditeur Jacques Fortin (Québec Amérique) signalait qu'au Canada un livre sur quatre est maintenant vendu par la poste. «Comment empêcher Amazon de vendre chez nous, à partir de son entrepôt en Ontario, les nouveautés à 20 ou 25 % de remise sur le marché québécois ?» écrivait-il, en ajoutant que la question était encore plus embêtante pour les versions numériques. À ses yeux, instaurer un prix unique pour les livres vendus ici serait «inutile et nuisible».

Prendre exemple sur les petits marchés d'alimentation

Qu'on me comprenne bien : j'aime les librairies traditionnelles, où on peut bouquiner à loisir, se faire conseiller par des connaisseurs et où s'organisent toutes sortes d'événements littéraires. Encore faut-il ne pas tomber sur un libraire bougon qui soupire en vous voyant prendre votre temps, ou qui gronde les enfants qui prennent un peu trop leurs aises à son goût. Mais bon, c'est l'exception...

Les amoureux des livres ne sacrifieront pas leurs habitudes pour quelques dollars s'ils obtiennent en retour un excellent service. De la valeur ajoutée. En cette ère où il s'imprime un nombre incalculable de livres, c'est précieux. Et c'est en appliquant ce principe que prospèrent les petits marchés d'alimentation spécialisés, par exemple, malgré l'omniprésence des supermarchés. Un roman n'est pas un fromage, mais tous deux sont encore plus digestibles après de judicieux conseils !

Il y a de la place pour tout le monde si on mise sur les forces plutôt que d'insister sur les faiblesses. C'est certainement là le meilleur scénario.

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Vos réactions

«J'ai annoncé une bonne et deux mauvaises nouvelles à mes enfants récemment. La bonne, c'est que j'ai l'intention de vivre au-delà de 100 ans. La première mauvaise nouvelle, c'est qu'une partie des cotisations qu'ils vont payer servira à payer ma rente durant les 25 ans supplémentaires que n'a pas prévus la RRQ. L'autre mauvaise nouvelle, c'est qu'ils ne devraient pas comptabiliser une rente de la RRQ dans leur propre planification de retraite.»

- jpthoma1

«Le gouvernement l'annoncera [la hausse] en même temps qu'il dira qu'il ne met pas en place les recommandations du rapport D'Amours.»

- SB

rene.vezina@tc.tc

blogue > www.lesaffaires.com/rene-vezina

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